Paris Match Belgique

La Belgique repousse de 10 ans sa sortie du nucléaire à cause de la guerre en Ukraine

Tihange

La Belgique souhaite évoluer vers une indépendance énergétique. | © Belga Image

Economie

La Belgique a décidé vendredi de repousser de 10 ans sa sortie du nucléaire prévue en 2025, inquiète de la flambée des prix de l’énergie due à l’invasion russe de l’Ukraine.

« Le gouvernement fédéral a décidé de prendre les mesures nécessaires pour prolonger de 10 ans la durée de vie des deux réacteurs nucléaires les plus récents », a écrit le Premier ministre Alexandre De Croo dans un communiqué. « Cette prolongation doit permettre de renforcer l’indépendance de notre pays vis-à-vis des énergies fossiles dans un contexte géopolitique chahuté », a-t-il commenté. Il a également annoncé dans le même temps « un coup d’accélérateur » dans les énergies renouvelables via des « investissements supplémentaires » dans l’éolien offshore, l’hydrogène, l’énergie solaire et la mobilité durable.

Lire aussi > Pourquoi le prix de l’énergie a augmenté deux fois plus vite en Belgique que chez nos voisins

La stratégie du gouvernement belge, arrêtée vendredi lors d’une réunion ministérielle marathon, consiste à « prolonger de 10 ans » la durée de vie des réacteurs nucléaires de Doel 4 (proche du port d’Anvers) et Tihange 3 (près de Liège), soit jusqu’en 2035. « Pendant trop longtemps, notre pays a manqué de vision », a déclaré M. De Croo lors d’une conférence de presse, jugeant que « cela a provoqué beaucoup d’incertitude ». Le gouvernement devra donc négocier avec l’exploitant de ses deux centrales nucléaires (qui comptent un total de sept réacteurs), le groupe français Engie. Engie a toutefois émis de fortes réserves sur ce changement d’avis tardif du gouvernement belge, dans un communiqué publié en soirée. Le groupe indique qu’il « apportera son concours à cette réflexion, en étudiant avec le gouvernement la faisabilité et les conditions de mise en oeuvre des solutions envisagées à ce stade ».

« La décision de prolonger les centrales de Doel 4 et Tihange 3 soulève en effet des contraintes importantes de sûreté, de régulation et de mise en oeuvre, d’autant que cette prolongation interviendrait alors même que les activités de démantèlement sur des unités voisines auront commencé », souligne Engie. « Elle présente ainsi un profil de risque qui dépasse, par son caractère imprévisible et par son ampleur, l’activité normale d’un opérateur privé. Le schéma retenu devra permettre un alignement structurel des intérêts des parties prenantes ainsi qu’un partage adéquat des risques et des opportunités », ajoute le communiqué du groupe énergétique français.

Vers une indépendance énergétique

La promesse d’une sortie progressive de l’énergie nucléaire est inscrite dans la loi belge depuis 2003. Les Verts avaient fait de la sortie du nucléaire en 2025 une condition pour rejoindre une coalition politiquement fragile de sept partis, péniblement trouvée en 2020, plus d’un an après des élections non concluantes. Mais depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, avec la flambée des prix de l’énergie, ce parti a indiqué qu’il accepterait d’envisager un scénario alternatif. Des manifestations massives ont eu lieu contre deux réacteurs plus anciens – Tihange 2 et Doel 3 – en Allemagne et dans d’autres pays voisins, depuis que des experts ont découvert des milliers de fissures minuscules dans les cuves sous pression des réacteurs en 2012.

L’Europe s’efforce de trouver des moyens de se sevrer de sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, qui fournit 40% des besoins en gaz de l’Europe, principalement à l’Allemagne, à l’Italie et à plusieurs pays d’Europe centrale. Les dirigeants européens se réuniront la semaine prochaine pour convenir de nouvelles mesures d’urgence destinées à atténuer le choc pour les consommateurs et les entreprises.

La N-VA à la fois « soulagée et furieuse »

La N-VA, dans l’opposition au fédéral, a réagi « à la fois soulagée et furieuse » à l’accord énergétique trouvé vendredi soir au sein du gouvernement fédéral. Selon le député Bert Wollants, spécialiste du dossier énergie dans les rangs des nationalistes flamands, la prolongation du nucléaire est une bonne chose mais cette prolongation n’aurait pas dû concerner que deux réacteurs (Doel 4 et Tihange 3) et aurait dû être de 20 ans et non de 10 ans. Bert Wollants dénonce également la « procrastination » du gouvernement fédéral qui permet à Engie, selon lui, de faire d’une pierre, deux coups. « Engie reçoit sa centrale au gaz subsidiée et peut maintenant prolonger les centrales nucléaires à un prix beaucoup plus cher », estime le nationaliste flamand. Le député reproche en outre à la ministre de l’Energie, Tinne Van der Straeten, de n’avoir travaillé que sur le plan A, à savoir une sortie totale du nucléaire en 2025.

Par Bega

CIM Internet