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Dubaï Papers : l’exil doré du prince de Croÿ en Colombie

Le prince de Croÿ en exil en Colombie

Henri de Croÿ s’abrite du soleil tropical sur la terrasse de la Casa Estrella, depuis laquelle on peut contempler les toits de la vieille ville de Carthagène et, au-delà, la côte de la mer des Caraïbes. | © D.R.

Economie

Toujours pas inquiété quatre ans après l’éclatement de l’affaire des « Dubaï Papers », le prince de Croÿ coule des jours paisibles à Carthagène, le joyau de la côte Caraïbe colombienne où il a investi dans le business hôtelier de luxe. Une enquête de Paris Match Belgique en partenariat avec le site d’information « 070 », le consortium de journalistes OCCRP et le magazine L’Obs.

 

Une enquête de Charlotte de Beauvoir, Lorenzo Morales, Frédéric Loore et Sophia Gomez

Carthagène déploie ses quartiers coloniaux et ses rues colorées le long de la côte caribéenne de la Colombie. Un homme en mocassins et long pantalon déambule tranquillement, anonyme au milieu de la foule des touristes étrangers qui savourent l’atmosphère tropicale de l’ancien fort espagnol. Son allure paisible et plutôt engageante ne laisse pas deviner qu’il fut un jour surnommé « le prince noir ».

Henri de Croÿ-Solre (HdC) a 63 ans. Prince de son état, il est issu d’une illustre lignée aristocratique franco-belge qui se désole de voir son patronyme entaché par un scandale financier : les « Dubaï Papers ». Dévoilée en partie par Paris Match Belgique dès 2019, l’affaire repose sur la fuite de quelque 200 000 documents internes à la société Helin, fondée par Henri de Croÿ en Suisse, puis transférée en 2009 dans l’un des trous noirs de la finance internationale : l’émirat de Ras al-Khaïmah.

La même année, il a commencé à faire les gros titres en Belgique, s’étant retrouvé au centre d’un procès fleuve ouvert pour fraude fiscale à grande échelle. Il en est finalement sorti blanchi en 2015, au terme de bien des péripéties et après avoir tenté de torpiller – avec la complicité de cabinets d’intelligence économique et de détectives privés – l’enquête qui le visait à l’époque.

Les « Dubaï Papers » révèlent qu’avec le concours d’avocats, d’experts-comptables, de banquiers et d’hommes de paille, le prince, via la nébuleuse Helin, a mis en place un vaste réseau de fraude fiscale et de blanchiment de capitaux réparti principalement entre le Luxembourg, la Suisse et les Emirats, grâce auquel les fortunes de centaines de clients ont échappé au fisc.

Parmi ces derniers, outre des oligarques russes et quelques célébrités, on croise surtout des chefs d’entreprise, de riches héritiers et des détenteurs de gros patrimoines, dont une soixantaine de Belges. C’est en tout cas ce qui ressort clairement de la masse de données qui ont fuité et sur lesquelles portent les procédures judiciaires et administratives conduites actuellement en Belgique, en France et en Suisse.

 

L’hôte de la Casa Estrella au milieu des livres anciens qui trônent sur les étagères de la somptueuse bibliothèque. La maison, richement décorée, évoque davantage le style des anciennes demeures européennes que l’esprit caribéen. D.R.

Sociétés écrans et paradis fiscaux

Grâce aux investigations menées en Colombie par le site d’information colombien « 070 » en partenariat avec le consortium de journalistes OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project), Paris Match Belgique a pu accéder à des documents inédits. Il s’agit entre autres d’actes notariaux que nous avons croisés avec les « Dubaï Papers ». Ils font apparaître qu’Henri de Croÿ, qui n’est officiellement propriétaire de rien, a investi très discrètement des millions dans le secteur de l’immobilier et de l’hôtellerie de luxe sur le rivage de la mer des Caraïbes.

L’enquête identifie cinq propriétés situées dans la vieille ville de Carthagène et dans la péninsule de Barú. Leur valeur marchande, selon l’évaluation faite par une agence immobilière locale, équivaut au minimum à 60 milliards de pesos, soit près de 15 millions d’euros. Toutes ont été acquises grâce à un montage complexe qui entremêle des intermédiaires, des sociétés écrans et des paradis fiscaux. Plusieurs de ces opérations ont été réalisées tandis qu’Henri de Croÿ développait en Europe, puis aux Emirats, le business découvert par les « Dubaï Papers ».

Ce qui pose inévitablement la question de savoir si des fonds liés à ce scandale ont été dissimulés en Colombie. Interrogé à ce propos, Me Grégoire Rey, l’avocat genevois du prince nous a répondu que « Les fonds ayant servi aux achats immobiliers proviennent de la fortune familiale de Monsieur de Croÿ. En 2000, ils s’élevaient à six millions d’euros ». Cet argent était bien déposé chez Helin, reconnaît cependant Me Rey, sur un compte omnibus au nom de Helin Capital Risk Ltd, dans lequel se trouvaient également les avoirs de plusieurs clients du prince.

Retrouvez l’intégralité de notre enquête exclusive dans Paris Match Belgique ce jeudi 9 mai.

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