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Uber  dans une perte de contrôle

Un utilisateur d'Uber à Londres en 2017. | © AFP PHOTO / Daniel LEAL-OLIVAS

Economie

Uber, la mythique start-up de San Francisco accumule les revers depuis des mois. Au point de susciter des interrogations sur sa viabilité.

C’est une « annus horribilis » qui n’en finit pas. Le leader mondial des VTC, emblème de la Silicon Valley, qui a donné son nom aux transformations de l’économie à l’ère du numérique, vacille. Parmi les derniers obstacles à se dresser sur sa route, la perte de sa licence à Londres – un marché qui concentre 5 % de la totalité de ses clients et 40 000 chauffeurs – et l’arrivée du concurrent estonien-chinois Taxify à Paris, autre bastion du concurrent des taxis. Mais depuis janvier 2017, l’entreprise, créée en 2009 par un trio de geeks, dont Travis Kalanick (qui en a pris la présidence), a subi une impressionnante succession de déboires.

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Dérapages en série

De la vidéo ravageuse de son P-DG invectivant violemment un chauffeur, en passant par de multiples plaintes en interne pour harcèlement sexuel, diverses actions en justice lancées sur plusieurs continents pour fraudes et agressions sexuelles, des interdictions à Taïwan, en Hongrie ou au Danemark, et l’exode massif de cadres dirigeants, Uber finit par faire douter investisseurs et experts de la pertinence de son modèle. « L’entreprise doit changer totalement de culture pour survivre. Mais je ne suis pas certain que ce sera suffisant  », avertit un banquier.

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La démission de Travis Kalanick en juin, jugée indispensable en interne comme à l’extérieur du groupe, n’a pas produit les effets bénéfiques escomptés. Si l’arrivée à la tête de la start-up de l’ex-patron d’Expedia, Dara Khosrowshahi (d’origine iranienne), a rassuré les marchés, les outrances de son prédécesseur – qui réclame plus de sièges au conseil d’administration et refuse de s’effacer – continuent d’inquiéter. D’autant qu’Uber n’est pas une start-up comme les autres. C’est une « licorne » (entreprise non cotée dont l’évaluation dépasse 1 milliard d’euros) – et même la première d’entre elles.

Uber sur tous les fronts

Avec une valorisation de 69 milliards de dollars, le numéro un des VTC a déjà levé plus de 15 milliards de fonds auprès d’investisseurs, dont Google. « Mais Uber a encore accusé plus de 700 millions de dollars de pertes au premier trimestre, après plus de 2,8 milliards en 2016 », souligne un analyste. « Et les premiers bénéfices ne semblent pas pour demain. Ce qui pousse à remettre en question sa valorisation réelle, finalement peut-être plus proche de 50 milliards ». Si le fonds d’investissement japonais Softbank concrétise son intention de devenir l’un des principaux actionnaires de l’entreprise, en misant dans un premier temps plus de 1 milliard d’euros, les incertitudes devraient s’apaiser. Mais le nouveau P-DG doit également éteindre plusieurs incendies : trouver un accord avec les autorités du transport à Londres, nommer un nouveau directeur financier, unifier le conseil d’administration et neutraliser Travis Kalanick… Dara Khosrowshahi a aussi pour mission de prouver qu’Uber peut devenir rentable. En développant entre autres sa filiale de distribution de repas UberEats, qui connaît une croissance planétaire supérieure à celle de son activité d’origine, dans un marché mondialement estimé à plus de 100 milliards d’euros. « Car son activité dans les VTC est à la fois menacée par les régulations locales et par les accusations de travail dissimulé, estime le dirigeant d’un concurrent français. Pour se développer, Uber perd de l’argent sur chaque trajet. Mais personne ne sait combien  ».

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