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Ce 3 novembre à 11h44, les femmes ont arrêté de travailler pour un salaire en 2017

si les études se multiplient, l'écart salarial, lui, augmente. | © Flickr/katrinaelsi

Economie

Alors que l’écart salarial moyen permettrait aux femmes d’arrêter de travailler ce vendredi pour le reste de l’année, le Forum économique mondial assume que l’égalité des genres ne sera atteinte qu’en 2234.

 

11h44. Des millions de femmes sortent de leurs bureaux, cabinets, magasins, restaurants, classes et rédactions. Il est 11h44 et cela signifie qu’elles n’ont plus à travailler pour le reste de l’année, puisqu’en moyenne, elles ne seront payées que jusqu’au 3 novembre pour assurer les mêmes fonctions que les hommes. Alors, autant en profiter.

Sauf qu’en réalité, elles ne quitteront par leur travail, ne bosseront pas moins, ne rejoindront pas leurs foyers ou la rue pour se reposer ou combattre ces inégalités salariales liées au genre. Elles bûcheront, comme tout le monde, mais pour 16,3% de moins que les hommes, si l’on en croit le rapport 2017 d’Eurostat (basé sur l’année 2015), « The life of women and men in Europe : a statistical portait ». Le collectif féministe Les Glorieuses, a ainsi calculé que les femmes travailleraient « gratuitement » 40 jours ouvrés pour le même salaire que leurs homologues masculins – même si d’autres modes de calcul existent.

La Belgique, pas si mauvaise, mais pas autant que l’Islande ou la Norvège

Les Glorieuses ont tenté d’analyser et de synthétiser les causes de cet écart dans une étude, qui reprend notamment l’influence de la sphère privée sur la sphère publique, la concentration des femmes dans toute une série de métiers « genrés », la présence de stéréotypes qui sous-évaluent certaines professions, ou encore une inégalité devant la négociation salariale. Pourtant, la profession où l’on trouve le plus de différences en termes de rémunération par heure est celle de manager, où les femmes gagnent en moyenne 23% de moins que les hommes, pour les exactes mêmes tâches. Tous métiers confondus, les plus mauvais élèves européens sont l’Estonie, la République Tchèque et l’Autriche. La Belgique, elle, se classe plutôt bien selon Eurostat, puisqu’elle figure parmi les pays mis à l’honneur, avec une différence de 6,5% en moyenne de salaire.

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Pour lutter contre son écart salarial sur base de genre, la Belgique a voté en 2012 une loi qui s’est donnée pour objectif d’agir au niveau de la formation des salaires et de la visibilité de cette disparité, qui devrait devenir « un thème permanent de la concertation sociale aux trois niveaux de négociation, interprofessionnel, sectoriel et de l’entreprise ». « Pour que l’écart salarial puisse faire l’objet de négociations, il est nécessaire de rendre cet écart visible [soit transparent, NDLR] et négociable », pointe le Service public fédéral pour l’emploi, le travail et la concertation sociale.

Le travail des Glorieuses reprend ausi les bonnes pratiques et prend en exemple l’Islande, qui impose l’égalité salariale à toute entreprise comptant plus de 25 salariés – une obligation soutenue par une certificat -, ou l’Allemagne, où la ministre Katarina Barley a posé un ultimatum d’un an aux compagnies allemandes pour nommer davantage de femmes dans leurs conseils d’administration. « Malgré l’imposition d’un quota de 30 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises depuis deux ans, les comités exécutifs allemands sont encore à 93,5 % masculins », rappelle l’organisation féministe.

La Norvège est également mise à l’honneur, comme le premier pays ayant instauré un congé parental, plutôt qu’un congé de maternité. Et ça change tout. Lorsque les deux parents ont la possibilité – voire l’obligation – de passer autant de temps l’un que l’autre avec leur nouveau-né, les discriminations à l’embauche diminuent, étant donné que les femmes ne sont plus les seules susceptibles de s’absenter de leur fonction durant plusieurs mois pour cause de grossesse et de naissance. Elles ne partiraient donc plus avec un « handicap » à l’embauche, sur seule base de leur genre – et d’une éventuelle envie de maternité -, comme l’expliquait l’économiste Hélène Périvier dans l’émission estivale « Les Savantes« , sur France Inter.

Un recul manifeste de l’égalité hommes-femmes

Mais le plus inquiétant dans cette salve de chiffres reste que l’égalité entre les salariale est en recul à travers le monde : la dernière étude d’Eurostat, datant de 2010, posait la date du 7 novembre à 16h34, soit quatre jours plus tard. D’après une communication du Forum économique mondial encore, l’écart entre les femmes et les hommes ne pourra être comblé… qu’en 2234. Contrairement à ce que pourrait laisser penser un engagement militant et féministe de plus en plus visible, la tendance globale est à un retour en arrière manifeste. Ainsi, 2017 « marque un coup d’arrêt après une décennie de progrès lents mais constants en termes d’amélioration de l’égalité des sexes, puisque l’écart entre les genres à l’échelle du monde s’est creusé pour la première fois depuis la publication du premier rapport en 2006 », décrypte le Forum économique mondial.

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D’un point de vue global, plus que le travail, ce sont les domaines de l’économie et de la santé qui restent ceux où il est le plus difficile de surmonter les disparités. « Le fossé politique est celui où les disparités entre les sexes sont les plus criantes et il pourrait mettre 99 ans à se résorber », lance également le WEF. L’éducation, elle, pourrait aller vers un mieux, puisque l’écart entre les genres dans ce domaine pourrait être comblé d’ici 13 ans, à en croire les tendance actuelles.

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