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Les banques nationales face à la folie Bitcoin, de l’inquiétude à l’ignorance

Une crypto-monnaie aux implications réelles pour la finance

Economie

Inventée en 2008 par Satoshi Nakamoto, le bitcoin est une monnaie cryptographique limitée à 21 millions d’unités qui atteignent aujourd’hui des sommets. Un phénomène qui suscite fascination, inquiétude et incompréhension, tant dans le chef des citoyens que dans celui des grandes banques, qui avaient sous-estimé cette monnaie.

Il faut bien reconnaître que ça avait commencé comme un énième caprice de geek, lancée par le biais d’un logiciel open-source et destinée à l’origine aux paiements peer-to-peer. Jusqu’en 2013 et la fermeture par les autorités américaines de Silk Road, le marché noir du Darknet, le bitcoin était d’ailleurs majoritairement utilisé comme moyen d’échange par les réseaux criminels pour l’achat de substances illicites, d’armes illégales ou de bases de données piratées. Et si la fermeture de la plateforme aura fait chuter le cours du bitcoin pendant quelques heures, la reprise aura été immédiate et fulgurante, la nouvelle légitimité de la monnaie ayant rassuré les investisseurs.

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Selon les économistes, 2013 marque d’ailleurs le passage des bitcoins du monde virtuel au réel, avec l’installation de distributeurs automatiques au Canada et la décision de la plus grande université privée de Chypre d’accepter le paiement des frais d’inscription en bitcoins.  Pendant ce temps, alors même que la Réserve fédérale américaine qualifie le bitcoin de monnaie « légitime » ayant du « potentiel », en Europe, la Banque de France publie un focus sur « les dangers liés au développement des monnaies virtuelles ». De son côté, la Banque centrale chinoise rappelle que « ce n’est en aucun cas une authentique devise ».

Ascension infinie

C’était en décembre 2013, l’ancien président de la Fed Alan Greenspan qualifiait le bitcoin de « bulle spéculative » et Apple interdisait son utilisation via ses applications. Et aujourd’hui ? En date du 28 novembre 2017, le bitcoin s’apprête à pulvériser le record des 10 000 dollars par unité, après un bond de 45% ces deux dernières semaines. Une flambée d’autant plus spectaculaire qu’elle ne semble pas en passe de s’arrêter, ainsi que l’a expliqué Shane Chanel, du cabinet ASR Wealth Advisers, à l’AFP : « on ne voit à l’horizon aucun facteur susceptible de le faire redescendre ». Et sachant qu’à son lancement, un bitcoin ne valait que quelques centimes, l’économie est désormais divisée entre les gagnants et les perdants de la monnaie cryptographique, ceux qui ont fait le pari d’investir ayant dans certains cas amassé une véritable fortune à partir de quelques piécettes. Parmi ceux qui ont su tirer leur épingle du jeu, Lionel Pereira et Bruno Fontenla, fondateurs de LP Consulting, une société bruxelloise experte dans les crypto-monnaies.

Transferts infaillibles

Leur promesse : proposer des formations adaptées aux différents publics concernés, soit un smart investor workshop à destination des investisseurs qui souhaitent gérer leurs crypto-monnaies eux-mêmes, et un crypto booster à l’attention des commerçants acceptant les paiements en magasin ou en ligne. Et quand il s’agit des bitcoins, Lionel Pereira et Bruno Fontenla ne tarissent pas d’enthousiasme. Au-delà de la rareté de cette monnaie, son cours élevé s’explique en effet également selon eux par le fait que « les crypto-monnaies sont contrôlées par un système informatique incassable : la blockchain. Il faudrait que tous les ordinateurs du monde actuel travaillent de concert pendant plus d’1 milliard d’années pour le corrompre. Elles peuvent donc être transférées de manière infaillible ». D’ailleurs c’est bien simple, pour Bruno Fontenla, « le génie est sorti de la bouteille. Et à part fermer Internet au niveau mondial, il n’y a aucun moyen d’enrayer la progression et donc l’acceptation de bitcoin par un nombre toujours plus grand d’investisseurs ».

Vase communiquant

Le futur des bitcoins ? Lionel Pereira l’imagine radieux. « Il y a plusieurs mouvements sous-jacents qui vont faire que le cours va continuer de monter. Les facteurs extérieurs jouent un rôle primordial : investir dans l’immobilier n’est pas tentant dans le contexte actuel et la bourse est au plus haut depuis dix ans donc il y a de fortes chances de descente, sans compter que suite à la crise de 2008, les garanties bancaires au-dessus de 100 000 euros n’existent plus. Tous ces facteurs font que les investisseurs cherchent un autre canal et les crypto monnaies offrent la solution idéale ». En effet, « le bitcoin est liquide, il est échangeable dans la seconde suivante, et l’effet de vase communicant fait que les anciens investissements perdent de la valeur et propulsent la valeur du bitcoin. Il faut le voir comme de l’art digital : c’est une valeur refuge. Contrairement à l’or, il est échangeable et stockable de manière bien plus optimale, tout est instantané et digital et cela plaît ».

Belga / AFP PHOTO / PHILIPPE LOPEZ

Jeu spéculatif

Mais pas à tout le monde. En janvier dernier, Jerome Powell, chairman de la Fed, soulignait ainsi que des problèmes techniques persistent au sein des crypto-monnaies, et que « la bonne gouvernance et la management des risques seront critiques dans le futur ». La Banque centrale européenne est quant à elle plus virulente, comparant la bulle spéculative qui entoure les bitcoins à la crise des tulipes qui avait frappé les Pays-Bas aux 17e siècle et définissant d’ailleurs le bitcoin comme une « tulipe » plutôt qu’une véritable monnaie. En Allemagne, la Bundesbank va plus loin, qualifiant cette crypto-monnaie de « jeu spéculatif plutôt qu’un véritable moyen de paiement », tandis que le gouverneur de la Banque de France appelle à la plus grande prudence envers le bitcoin.

Reformatage de la psychologie

Il faut se mettre à la place des banques, elles ont dû gérer le système pendant plusieurs centaines d’années en se basant sur l’autorité que leur a donné le gouvernement pour gérer la monnaie. Toute notre histoire a été bâtie sur cette économie, donc ce n’est pas facile d’effacer subitement l’ancien système, souligne Lionel Pereira. En plus, il faut savoir que quand on comprend comment la blockchain fonctionne, on comprend que le système banquier va se simplifier, et tous les intermédiaires ne sont plus nécessaires ». Une révolution économique qu’il est encore possible de prendre en marche. « On ne peut pas comprendre quelque chose de nouveau en utilisant d’anciens principes. Les changements vont être tels que les anciens refuges de valeur ne vont plus tenir très longtemps. Acheter des bitcoins est assez facile, mais en acheter beaucoup demande un reformatage de la psychologie ».

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Et Lionel Pereira de mettre les investisseurs potentiels en garde : « si on achète des bitcoins aujourd’hui, on ne peut pas les laisser chez les brokers parce qu’ils sont surchargés. Il existe des petits boitiers de cryptographie qui permettent de garder ses bitcoins chez soi, hors marché ». Un marché dont la croissance ne montre aucun signe de ralentissement : « il est probable qu’on atteigne les 12 000 d’ici à la fin 2017, et pour 2018, on parle de l’année du bitcoin. C’est maintenant qu’il faut se positionner : les 2/3 des 21 millions de bitcoins ont déjà été émis, et comme les gens ont compris que c’était l’investissement du siècle, ils vont se battre pour le dernier tiers ». Avec raison : selon Lionel Pereira, le bitcoin atteindra 100 000 euros d’ici 3 à 5 ans.

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