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Mukhande Singh, le gourou américain de l’eau non filtrée

Depuis un an et demi, cet homme à la longue crinière de feu et aux muscles noueux n’hésite pas à se mettre en scène pour vendre son produit. | © Zajímavosti

Environnement

L’homme mystérieux a créé « Live Water », une société qui commercialise de l’eau non traitée, nouvelle lubie de la côte ouest des États-Unis.

On l’appelle raw water. Le terme désigne une eau non traitée et non filtrée. Autrement dit, elle n’est pas modifiée par la main de l’Homme. Et c’est une nouvelle tendance qui fait des vagues aux États-Unis, et plus particulièrement en Californie. Alors qu’un véritable « Raw Water Movement » soucieux de notre consommation actuelle de l’eau se dessine outre-Atlantique, la Silicon Valley salive déjà. Le marché est aussi prometteur que juteux et de nombreuses start-ups – comme Zero Mass Water – se jettent déjà à l’eau. Mais un homme en est la véritable figure de proue : Mukhande Singh de « Live Water ».

La nature dans une jarre en verre

« Naturellement probiotique. Perfectionnée par la nature », clame la marque sur son compte Instagram qui réunit quelque 5000 abonnés. « Live Water » a été l’une des premières entreprises à commercialiser cette eau « brute ». Elle la puise en Oregon, puis elle la propose dans de grands récipients en verre pouvant contenir plusieurs litres – « à réutiliser pour sa propre collection » ajoute-t-elle dans sa biographie sur le réseau social. « La Terre nous offre constamment de l’eau de source, la substance la plus pure qui existe. Nous célébrons cette denrée qui a fait prospérer l’humanité depuis ses débuts. Nous croyons qu’elle est parfaite, telle qu’elle est », avance aussi « Live Water » selon Mashable. Tout un programme.

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Lifestyle sans « eau morte »

« Live Water », c’est de l’eau, mais c’est aussi un visage. Celui de Christopher Sandborn mieux connu sous le nom plus exotique de Mukhande Singh. Depuis un an et demi, cet homme à la longue crinière de feu et aux muscles noueux n’hésite pas à se mettre en scène pour vendre son produit. Tantôt au bord de la plage, tantôt à l’ombre d’une cascade dans les environs d’Opal Springs, il se pose comme le gourou de la raw water et d’un retour aux sources un tantinet New Age, garant d’un mode de vie healthy 100% sans « eau morte ».

Le prince de la raw water se met en scène – Live Water/Instagram

37 dollars les 9,5 litres de raw water

Tout commence lorsque Singh découvre que l’eau – à l’instar des jus de fruits et du lait – est traitée pour des raisons économiques. Il décide alors de se tourner vers l’eau « dans son état naturel ». Et là, c’est le déclic.

Une vague d’énergie et de tranquillité s’est emparée de mon être 

C’est ainsi qu’il décrit son expérience dans une vidéo postée sur YouTube et visionnée 45 000 fois. Il décide donc de prêcher la bonne parole autour lui. Il prétend qu’une amie souffrant d’une carence en minéraux a pu allaiter son enfant grâce à de l’eau non filtrée. « Live Water » est né. Désormais, les 9,5 litres de cette eau sont facturés 37 dollars et le New York Times explique que les ruptures de stock sont fréquentes, notamment à San Francisco.

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Complotisme et risques de maladies

Le Point, qui a publié un article sur le phénomène de la raw water jeudi 11 janvier, explique que son succès prend en partie sa source dans le complotisme. En effet, on estime que plus de deux tiers des Américains consomment de l’eau potable traitée au fluor. Depuis les années 1940, dit Le Point, les États en ont ajouté afin de limiter le développement des caries dentaires. Mais le fluor, pensent certains, est un produit qui permettrait de « contrôler notre esprit », façon MK Ultra. De son côté, « Live Water » explique que son eau « conserve sa fraîcheur optimale pendant un cycle lunaire. Si elle est conservée trop longtemps, elle devient verte ». Pas de fluor, donc, mais de sérieux risques pour la santé. Les autorités sanitaires mettent en garde les amateurs de raw water : ils pourraient contracter de nombreuses maladies comme le choléra ou la dysenterie.

Mais jusqu’ici, les clients de « Live Water » n’en ont cure. Et depuis l’exposition médiatique liée à la publication de l’article du New York Times le 29 décembre dernier, les ventes se portent, elles, mieux que jamais.

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