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Comment de la peau de poisson a sauvé des ours après les incendies de Californie

Le "bandage" des ours, avant d'être recouvert par du papier de riz.

Environnement

Deux ours bruns californiens ont été sauvés grâce à un procédé jamais utilisé auparavant aux États-Unis : des bandages en peau de tilapia.

Traversant même le drapeau de l’État, en Californie, l’ours est un emblème. Pourtant, peu sont ceux qui pensé à ces immenses bêtes hirsutes, tandis que la vallée était en proie aux flammes en octobre, puis en décembre dernier. Quand Jamie Peyton, une vétérinaire de l’Université de Californie inspecte pour la première fois les pattes de deux ours secourus, son verdict est sans appel : ces blessures sont terribles et les deux femelles ours soignées dans des cages mettront au moins six mois à s’en remettre, raconte le Washington Post. Elles souffrent de brûlures au troisième degré et peuvent à peine se lever, à cause de la douleur.

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Mais l’initiative de Jamie Peyton aura finalement réduit le calvaire des animaux à quelques semaines seulement, à la fin desquelles ils ont été relâchés dans la nature pour poursuivre leur vie, libres.

©California Department of Fish and Wildlife – La vétérinaire Jamie Peyton.

Des rivières brésiliennes aux forêts californiennes

Il fallait y penser. Au début, explique le Washington Post, la médecin tente d’abord les méthodes traditionnelles : nettoyer les plaies, enlever les tissus morts et appliquer des onguents. Mais cela ne suffit pas pour deux bêtes sauvages, dont l’une est alors prête à mettre bas – ce qui inquiète les soigneurs : dans l’état de stress dans laquelle elle se trouve, la femelle pourrait bien rejeter son ourson. Consciente qu’il faut à tout prix couvrir les brûlures et réduire la douleur des animaux, elle se souvient d’une folle histoire brésilienne.

Et s’il suffisait de faire confiance à la nature ? Des chercheurs brésiliens ont déjà par le passé guéri des blessures dûes au feu grâce à de la peau de tilapia, un poisson populaire dans les assiettes sud-américaines. La peau du poisson a la capacité d’être très résistante, de rester humide et de transférer du collagène, une protéine essentielle pour la peau, surtout en phase de guérison. Qui plus est, ce « bandage » naturel est économique, puisqu’il est un résidu de la pêche et de sa commercialisation. Il permettrait aussi de réduire la douleur et, le plus important, d’accélérer la repousse des tissus.

Mais le procédé n’a jamais été utilisé aux États-Unis sur des animaux, encore moins sur des humains. La vétérinaire saisit l’occasion et, après les avoir endormi, couvre les plaies des deux ours de peaux de tilapia récupérées dans un marché de poisson local.

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©California Department of Fish and Wildlife – L’un des ours en pleine sieste, après l’application des premiers bandages.

À leur réveil, les animaux semblent souffrir moins. Plus impressionnant encore, ils ne cherchent pas à manger ou ôter leurs bandages : le procédé soulage les ours et ils font immédiatement le rapport avec ce qu’ils portent désormais aux pattes.

Le 17 janvier, après plusieurs applications de peaux de tilapia, les ours sont à nouveau endormis et déplacés dans un parc californien où on leur a aménagé une tannière – dans une version « Cadillac » pour la femelle enceinte. L’Association de préservation de la nature californienne espère bientôt assister à la naissance d’un petit ourson, par l’entremise d’une caméra discrète postée dans la forêt.

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