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Javier Bardem : « Il faut protéger l’Antarctique »

Javier Bardem Antarctique Greenpeace

Javier Bardem en Antarctique, au niveau du détroit de Gerlache, le 25 janvier 2018. | © © Christian Åslund / Greenpeace

Environnement

Engagé depuis longtemps pour la protection de l’environnement, l’acteur Javier Bardem se trouve actuellement en Antarctique, à bord d’une expédition de Greenpeace. Le but : sensibiliser pour appeler à la protection de cette zone, avant la réunion de la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique.

Paris Match. Comment êtes-vous arrivé sur l’expédition ?
Javier Bardem. Je suis membre de Greenpeace depuis longtemps. Ils sont venus me voir il y a deux ou trois mois à propos de cette campagne, ils n’avaient pas grand chose à faire pour me convaincre car j’étais déjà convaincu : je crois fortement en ce que Greenpeace représente, ce pour quoi l’organisation se bat. Dans ce cas particulier, la campagne a une date butoir bien fixée : octobre 2018, date à laquelle la Commission sur l’océan Antarctique va se réunir pour décider s’ils laissent cette zone protégée ou non. Et pour cela, nous avons besoin d’autant de soutien que nous pouvons réunir, de personnes à travers le monde entier. C’est pour cela qu’il y a une pétition en ligne pour protéger l’Antarctique. Le plus de signatures nous obtiendrons, le mieux ça sera. Cela a un véritable impact : il y a deux ans, dans l’Arctique, toutes les personnes qui ont signé ont pu faire la différence. Les pays ont décidé de véritablement aider et de protéger l’Arctique.

La pétition de Greenpeace pour la protection de l’océan Antarctique

Racontez-moi ce que vous avez pu voir durant ce parcours.
J’ai vu tellement de choses, c’est un privilège d’être ici. J’ai vu toutes sortes d’animaux : des manchots dans leur habitat naturel, sautant pour faire des aller-retour dans l’eau, des baleines, des baleines à bosse, des phoques, des oiseaux, des icebergs immenses. Jeudi, par exemple, nous avons pris un zodiaque pour accompagner les scientifiques et photographes de Greenpeace, qui ont documenté la vie sauvage dans la zone. Nous avons pu voir 13 baleines à bosse en train de se nourrir. À un moment, nous étions entourés de baleines. C’est au-delà des mots. C’est une expérience émouvante, quelque chose de frappant, très puissant émotionnellement. Quand vous assistez à ces scènes vous-mêmes, vous vivez une expérience, voir ces animaux gigantesques qui ont besoin de se nourrir de krill, elles en ont besoin pour survivre. C’est incroyable et c’est pour cela qu’il y a la campagne : pour protéger ces zones pour qu’elles puissent se nourrir, que les bateaux de pêche ne puissent plus ramasser tout le krill, en plus du changement climatique pour les raisons que nous connaissons tous.

Javier Bardem Antarctique Greenpeace
Javier Bardem sur le détroit de Gerlache, le 25 janvier 2018. © Christian Åslund / Greenpeace

Donald Trump est une image vide.

Parmi les gens que vous aimeriez sensibiliser, pensez-vous à Donald Trump, qui a annoncé la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris ?
Donald Trump est une image vide. De la même manière que je ne trouve pas d’adjectif positif pour décrire la beauté que je vois ici, je ne trouve pas d’adjectif bien moins beau pour décrire la relation entre Trump et l’environnement. Nous ne pouvons plus nier le changement climatique : cela se passe pour de bon. Je vis en Espagne, et en décembre et même en janvier, nous étions en t-shirt. J’ai 48 ans et je ne me souviens pas de situations telles quand j’étais enfant. Cela arrive, et très vite. Nous sommes tous lassés du changement climatique, on nous en parle tellement. Mais le nier ne va pas le résoudre. Que faire ? Nous pouvons agir individuellement ou en groupe. Seul, nous savons ce qu’il faut faire : recycler, faire attention à ce que nous achetons, ce que nous consommons, prendre soin de l’environnement et le respecter. Et globalement, nous pouvons nous réunir et, comme avec cette campagne, signer pour rappeler aux gouvernements et à ceux qui dirigent, les entreprises, qu’ils vont perdre beaucoup de soutiens, de milliers de personnes, s’ils continuent à agir de la sorte, c’est à dire de détruire l’environnement.
C’est ce qui s’est passé avec la campagne pour l’Arctique il y a deux ans : nous pouvons insuffler le changement, ensemble, mais aussi individuellement.

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Javier Bardem Antarctique Greenpeace
Javier Bardem face à des manchots, le 23 janvier 2018. © Christian Åslund / Greenpeace

Votre frère Carlos avait déjà participé à une première expédition avec Greenpeace. Vous a-t-il convaincu ?
Il a eu la chance d’aller dans l’Arctique, et m’a parlé de cette nouvelle expédition il y a six mois, m’a demandé si je pouvais en parler avec Greenpeace. J’ai dit oui, bien sûr. Mais comme je l’ai dit, il n’avait pas besoin de me convaincre, je l’étais déjà. C’est un grand plaisir d’être sur ce bateau car l’expérience personnelle, d’être entouré de personnes qui donnent tellement de temps, d’effort, qui se mettent en danger pour protéger notre foyer qu’est la Terre. Personne n’en est le propriétaire mais nous en sommes tous responsables. Voir ces scientifiques incroyables, experts environnementaux, photographes, navigateurs, donner le meilleur d’eux-mêmes… C’est épuisant pour eux car ils n’arrêtent jamais de prélever des échantillons, aller dans des endroits difficiles pour ramener des preuves pour que les personnes à la tête des gouvernements puissent prendre la décision de protéger cette zone. C’est une leçon d’humilité et c’est très gratifiant.

Avec les réseaux sociaux, on peut vraiment atteindre beaucoup de gens, partager cette expérience.

Vous avez créé un compte Twitter et un compte Instagram sur lequel vous partagez des images de votre parcours.
C’est la première fois que j’ouvre un compte sur un réseau social, je n’ai pas tant d’abonnés que ça car c’est encore récent, mais je suis ravi de voir que dès que nous avons publié des photos et des vidéos du voyage, de mon expérience, beaucoup ont commencé à nous suivre et nous soutenir. C’est très gratifiant de voir cela. C’est un nouvel outil pour moi, je ne compte pas l’utiliser après cette campagne, mais on peut vraiment atteindre beaucoup de gens, partager cette expérience sur le bateau, sur les côtes, avec les animaux, pour qu’ils puissent voir ce que vous avez vu.

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Quel est le programme pour le reste de l’expédition ?
Nous avons embarqué le 23 janvier et mon frère et moi repartons le 30, mais ils sont encore là pour trois mois. L’objectif le plus important est l’utilisation d’un sous-marin pour aller au fond de l’océan et prélever des échantillons pour montrer la richesse des profondeurs, ils pourraient trouver de nouvelles espèces, ce qui serait une très bonne nouvelle car ça créerait la base pour une protection légale de la zone. C’est le but de cette partie de l’expédition. Puis un hélicoptère va survoler des icebergs, des montagnes, pour prélever de nombreux échantillons et montrer aux décideurs que cela doit être protégé, ce que tout le monde ici à bord pense déjà.

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