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Allemansrätten : En Scandinavie, partir se perdre dans la nature est un droit inaliénable

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Environnement

En Suède, profiter de la nature est un droit inscrit dans la loi. Un concept partagé par ses voisins nordiques et qui relève d’une véritable prise de position.

Il y a probablement peu de choses que Stefan Löfven, le Premier ministre de la Suède, aime davantage faire que s’asseoir avec sa femme et un verre de vin devant le panorama de Höga kusten, près de sa ville natale. Ou faire des ricochets dans l’eau – « Kasta macka » – soit littéralement « jeter un sandwich ». À moins que ce ne soit le fait de marcher dans l’une des gigantesques forêts de son pays ? Toujours est-il qu’il partage probablement cet amour pour les instants de simplicité « naturelle » avec bon nombre de ses concitoyens : en Suède, comme dans le reste de la Scandinavie, on chérit les grands espaces. À tel point que s’y promener, y camper ou y skier est un droit inscrit dans la Constitution.

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En Suède, on l’appelle l’« allemansrätten », littéralement « la liberté d’errer » – mais c’est aussi le nom donné aux boulettes de chez Ikea. À travers tout le pays, qu’on soit un citoyen du pays ou un simple touriste, on a ainsi le droit d’accéder à n’importe quel bout de nature – à condition qu’il ne s’agisse pas d’une propriété privée -, d’y planter une tente, voire de ramasser quelques fleurs, baies et champignons pour se sentir comme chez soi, avant d’aller faire un plongeon dans un lac ou d’y pêcher sa pitance du soir. En toute légalité.

Depuis la nuit des temps ? Pas vraiment

La pratique ne remonte pas aux traditions vikings, comme on pourrait assez justement le rêver : l’allemansrätten est même relativement récent, nous apprend l’office du tourisme suédoise. Ce n’est qu’en 1940 que le concept a été introduit par le juge Gunnar Carlesjö, qui estimait que jusque là, la loi allait à l’encontre du droit à se déplacer librement. Auparavant, et depuis le Moyen-Âge, il était en effet par exemple strictement interdit de glâner dans la nature suédoise, sous peine d’être sévèrement puni.

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Mais rien de concret n’a protégé ce fameux « droit d’errer » jusqu’en 1974, où le parlement suédois a gravé dans sa Constitution une loi en faveur du « allemansrätten ». Aujourd’hui encore, on peut y lire que « chacun devrait avoir accès à la nature en accord avec les droits de tout homme, indépendamment de tout ce qui est prescrit auparavant ». Un précepte qu’ont également adopté la Norvège – l’« allemannsretten » – et la Finlande – le « jokamiehenoikeus ». Après le hygge, décidément, les pays nordiques ont vraiment tout compris.

 

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