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Et si la Belgique interdisait le gavage des animaux ? La Région bruxelloise montre la voie

La secrétaire d’Etat Bianca Debaets (CD&V) déplore un système d’élevage portant gravement atteinte au bien-être animal. | © Belga

Environnement & Animaux

Même si Bruxelles ne compte à ce jour aucun élevage destiné à la production de foie gras, l’interdiction de gavage pourrait avoir des répercussions pour les producteurs de foie gras wallons. Producteurs qui se défendent de toute maltraitance.

Le gouvernement bruxellois a approuvé ce vendredi, en première lecture, un avant-projet d’ordonnance, proposée par la secrétaire d’État en charge du Bien Être des animaux, Bianca Debaets (CD&V), qui vise l’interdiction du gavage des animaux.

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Des « méthodes insupportables »

La décision du gouvernement bruxellois s’appuie sur base de différentes analyses d’experts qui démontrent que ce système d’élevage porte gravement atteinte au bien-être animal. Pour Bianca Debaets, il s’agit d’une « sorte de torture » que l’on impose aux canards en utilisant des « méthodes insupportables » qui doivent être interdites.

On impose des quantités de nourriture telles que cela perturbe fortement leur système respiratoire et qu’un stress énorme est généré. Le foie des animaux engraissés peut atteindre un poids supérieur à un kilo pour à peine 100 grammes en temps normal. Nous devons interdire ces méthodes insupportables, même au détriment d’intérêts économiques ou d’habitudes de consommation que certains mettent régulièrement en avant.

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Pour Gaïa, l’association de défense de la cause animale, la conclusion est claire : le gavage implique la souffrance des animaux. « Toute une série de techniques sont utilisées pour optimiser la production, notamment le recours à des canards hybrides (les mulards) susceptibles d’offrir un meilleur rendement », explique l’association. Des canards qui ne sont pas censés pouvoir stocker la quantité massive de nourriture qu’on leur impose. Chez Gaïa, on applaudit donc la nouvelle. L’association se dit ravie et satisfaite devant l’initiative de la secrétaire d’État. « La société rejette de plus en plus ce genre de méthodes et même les plus grands amateurs de foie gras commencent à favoriser des techniques plus douces », constate-t-elle.

Le sort des producteurs de foie gras

Si chez les défenseurs du bien-être animal on se félicite de la décision, du côté des producteurs, la réaction est toute autre. Pour l’instant, l’interdiction ne s’applique que sur le territoire bruxellois et ne menace donc aucun producteur. Mais à terme, elle pourrait concerner toute la Belgique. Le plat pays, l’un des rares pays d’Europe (avec la France, l’Espagne, la Hongrie et la Bulgarie) à produire encore du foie gras, devrait-il un jour renoncer à sa production locale ? Si tel était le cas, les producteurs belges de foie gras s’attendent à « une situation problématique »« Cela mettrait à mal tous les producteurs et gaveurs de Belgique », déclare-t-on à la Ferme Louis Legrand, à Templeuve. « Le gavage, c’est mon gagne-pain. Si on venait à l’interdire, je perdrais directement mon travail », déplore la patronne de la Ferme de la Sauvenière, à Florennes.

Les producteurs déplorent les critiques amalgamées et les idées toute faites autour du gavage. © Belga

Voués à un sort incertain, les producteurs ne cessent de nuancer les critiques « amalgamées » autour du gavage. « On ne fait souvent qu’écouter la voix des détracteurs du gavage mais on ne vient jamais voir ce qu’il se passe réellement chez les producteurs de foie gras », déclare un producteur. Assurant la non-maltraitance de leurs bêtes, les gaveurs disent n’avoir rien à cacher et invitent les dirigeants à s’entretenir avec eux et effectuer un réel état des lieux. « Avec les images de barbarie qui sont diffusées partout, les gens ont des idées toute faites sur le gavage. En réalité, toutes les techniques ne sont pas les mêmes et tous les éleveurs ne sont pas les mêmes », regrette M. Legrand.

Quelles alternatives au gavage ?

S’il est utilisé depuis 2500 ans avant J-C, le gavage est de moins en moins toléré dans nos sociétés. Plusieurs pays ont déjà interdit cette méthode jugée « insupportable » pour les animaux. Douze pays européens ont rendu le gavage illégal, dont l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg. Israël, l’Argentine et les États-Unis ont également pris des mesures contre cette technique, soit explicitement, soit par décret limitant son utilisation.

« Ce n’est pas tant le foie gras en soi mais la méthode de production qui pose problème », précise-t-on chez Gaïa qui invite les producteurs à voir cette décision comme un défi plutôt qu’une menace. « L’idée, c’est aussi d’inciter les producteurs à trouver des alternatives au gavage ». Plusieurs recherches scientifiques ont d’ores et déjà été financées pour tester de nouvelles méthodes de production. Si la « méthode douce », à savoir un gavage moins cruel, demeure peu crédible, la production sans gavage est prometteuse. « Il est tout à fait possible de produire du foie gras sans engraisser les bêtes de manière forcée », ajoute l’association.

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Le foie gras de demain deviendrait donc le « Foie fin », rebaptisé car n’entrant pas dans les normes de poids fixées par les directives européennes. « Pour être appelé « foie gras », le canard doit peser un poids limite qui ne pourrait jamais être atteint sans le gavage », explique l’association. Impliquant des méthodes de production moins intensives, cette alternative à petite échelle risque néanmoins d’augmenter le prix d’un produit déjà dit « de luxe ». Dès lors, une dernière option, plus abordable, a déjà fait ses preuves : le « Faux Gras », une alternative 100% végétale fabriquée en Allemagne et commercialisée en Belgique depuis plusieurs années. Un substitut au produit gastronomique qui tente de bousculer les habitudes de consommation.

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