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Les réfugiés climatiques, toujours invisibles aux yeux de la loi

En 2007 déjà, l'artiste allemand Hermann Josef Hack voulait attirer l'attention des Nations Unies sur les futurs migrants climatiques. | © EPA/TIM BRAKENMEIER

Environnement

Selon la Banque mondiale, plus de 140 millions de personnes pourraient migrer d’ici 2050 dans trois régions du monde en développement pour fuir les effets du changement climatique tels que la baisse de la production agricole, la pénurie d’eau et la hausse du niveau de la mer.

Le réchauffement climatique, qui se fait déjà sentir partout, est responsable de la montée des eaux, des sécheresses, des cyclones, de la baisse de la production agricole… Parmi les 60 millions de réfugiés ou de déplacés dans le monde, il est difficile d’estimer la part de migrants climatiques actuels. Ce qui est certain, en revanche, c’est que leur nombre ne cesse de croître. Si rien ne change d’ici 2050, la Banque mondiale prévoit que 86 millions de personnes en Afrique subsaharienne, 40 millions en Asie du Sud et 17 millions en Amérique latine seront des migrants climatiques. Selon les chercheurs de l’institution, le nombre de déplacements pourrait être réduit jusqu’à 80% si les politiques agissaient « sur plusieurs fronts » en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, en intégrant les déplacements de populations dans les plans de développement ou en investissant pour mieux comprendre les processus de migration climatique interne.

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L’asile climatique, ce vide juridique

En réalité, les réfugiés climatiques n’ont de réfugiés que le nom. En effet, légalement, ils ne sont pas considérés comme des réfugiés, terme codifié dans la Convention de Genève de 1951. Selon ce texte, la définition du réfugié repose sur une crainte, justifiée, d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. L’environnement n’est pas considéré comme un persécuteur.

Même l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) semble réticente à parler de réfugiés climatiques. « Le terme ‘réfugié climatique’ est trompeur parce que, en droit international, le terme réfugié désigne les personnes qui fuient la guerre ou la persécution et qui franchissent une frontière internationale. Le changement climatique affecte les personnes dans leur propre pays ; en règle générale, il provoque des déplacements internes avant de pousser les gens au‑delà des frontières. Il est donc préférable de parler de ‘personnes déplacées dans le contexte du changement climatique’ », lit-on sur son site Internet.

Étant donné que l’UNHCR éprouve déjà d’énormes difficultés à soutenir les réfugiés du monde – et vu les réticences du monde développé, qui estime en faire déjà suffisament -, les chances que la Convention de Genève soit élargie à cette dernière catégorie sont plutôt maigres. Et il est loin d’être acquis que les climatosceptiques comme Donald Trump ou Vladimir Poutine soit sensibles à la cause de ces nouveaux migrants.

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Fin 2017, la COP23 s’ouvrait avec le discours du Premier ministre des Fidji. Cet archipel du Pacifique, dont les habitants sont menacés par la montée des eaux,avait alors appellé le reste du monde à protéger les états insulaires face aux risques d’inondations et de cyclones. Berg/DPA

Une crise plus importante que la guerre en Syrie

Si nos contrées sont encore relativement protégées face au changement climatique, d’autres sont déjà frappées de plein fouet. Dans le Pacifique, les îles Fidji, Marshall, Tuvalu, Kiribat ou Vanuatu sont menacées. De nombreuses régions en Asie du Sud Est, notamment au Bangladesh, sont déjà touchées par ce phénomène qui, selon l’Environmental Justice Foundation (EJF), pourrait s’avérer plus important que la crise migratoire qu’a traversé l’Europe fin 2015 et début 2016. En réaction à un rapport publié par l’EJF fin de l’année dernière, un général américain affirmait au Guardian que « si l’Europe pense avoir un problème avec la migration… Attendez 20 ans. »

 

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