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Les écosexuels aiment la Terre plus que tout

De la promenade dans la forêt à "l'orgasme naturel", pour les écosexuels, il n'y a qu'un pas. | © performance.eu

Environnement

Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens sont deux Américaines folles de la nature. Elles trainent dans leur sillage une communauté d’écosexuels complètement en phase avec la Terre, qui revendiquent la reconnaissance d’un nouveau type d’orientation sexuelle.

Les doigts de pieds enfoncés dans la mousse verte, les mains agrippées à un tronc d’arbre, et c’est presque l’extase. Les écosexuels vivent une connexion avec la Terre si forte qu’une relation de type sexuelle en pleine forêt, avec rien d’autre que l’énergie chlorophylée des lieux, n’est plus à exclure. Et ce plus ou moins officiellement depuis les premiers retours à la nature des hippies. Mais ce n’est que depuis 2008 que la « sexualité écologique » a entamé sa campagne en tant que véritable mouvement social – et orientation sexuelle.

Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens, amoureuses militantes

S’il on retrouve ses premières mentions sur des sites de rencontre du début des années 2000, impossible de parler d’écosexualité sans mentionner deux Américaines, Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens. Ce couple d’activistes est à l’origine du site sexecology.org et à la pointe des revendications des amants de la nature. « Nous sommes les écosexuels. La Terre est notre amante. Nous en sommes passionnément amoureux et sommes reconnaissants tous les jours pour cette relation. Nous faisons l’amour avec la Terre. Nous enlaçons sans honte les arbres, massons la Terre avec nos pieds et parlons aux plantes érotiquement », peut-on lire dans leur « ecosex manifesto ».

©sexecology.org

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Car selon ces deux originales natives de la baie de San Francisco, il s’agit d’une véritable tendance sexuelle, qui mérite tout à fait sa reconnaissance, notamment par les milieux militants. « E » – pour « écologie » – pourrait ainsi rejoindre l’acronyme LGBTQI, si on les laissait faire. Annie et Elizabeth sont ainsi à l’origine de « stages », dont le point culminant est une grande messe naturelle, au cours de laquelle on peut même se marier avec les éléments. Qu’il s’agisse davantage de performances artistiques ou qu’elles soient véritablement engagées, ces cérémonies sont empreintes d’un certain mysticisme qu’on pourrait presque envier aux écosexuels. Baignades nus dans la rivière, discussions autour de la sexualité et promenades dans la forêt jalonnent également ces « stages-nature » d’un genre inédit. Selon les organisatrices, ils seraient désormais 100 000 à partager un amour exacerbé pour Dame Nature.

Le sexe comme moteur de l’écologie

Mais il n’y a pas que les relations sexuelles qui définissent l’écosexualité. Pour VICE, Neil McArthur, le directeur du Centre for Professional and Applied Ethics à l’Université de Manitoba (Canada), a enquêté au sein de la communauté pour définir ce à quoi elle s’accrochait au juste. D’après une interview avec Amanda Morgan, membre à la UNLV School of Community Health Sciences, il explique : « D’un côté, [la sexualité écologique] inclut aussi bien les personnes qui souhaitent utiliser des objets ou produits sexuels ‘durables’ que ceux qui aiment se baigner ou faire de la randonnée entièrement nus. De l’autre côté, se trouvent ‘ceux qui ont un orgasme dès qu’ils se roulent dans la boue le corps couvert de gadoue’ ».

©Pexels

Quant à Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens, elles poussent leur relation avec la Terre bien au-delà d’un éveil aux éléments ou de l’achat de préservatifs écolos, comme le prouve leur documentaire sur leur rapprochement amoureux avec la chaîne de montagnes des Appalaches.

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Selon VICE et la chercheuse Jennifer Reed, l’écosexualité diffère des autres mouvements sociaux, dès lors qu’elle préfère le plaisir personnel à des « considérations d’ordre politique ». À cette conclusion abrupte, d’autres partisans ou observateurs opposent au contraire un engagement plus sain à la défense de la nature que les appels alarmistes de personnalités telles qu’Al Gore. Le sexe serait ainsi un excellent motivateur pour faire enfin de l’écologie une priorité.

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