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Biocarburants : Les ravages de la ruée vers l’or vert

Image d'illustration. | © Flickr : alistairas

Environnement

Alors qu’il promettait une révolution écologique, le développement des biocarburants en Europe a engendré un véritable désastre humain et environnemental dans les pays du Sud. Face à l’urgence de « décarboner » le transport, quelles solutions reste-t-il ?

 

Au départ, on a cru à la solution idéale pour ralentir la consommation tous azimuts du pétrole dans les transports. Alternative green par excellence, les biocarburants fabriqués à partir de céréales comme le blé, le maïs, le colza, l’huile de palme ou encore le soja ont été mélangés à l’essence pour atterrir à la pompe. Promouvoir l’inclusion sociale, réduire la pauvreté dans le monde, diminuer les émissions de CO² ; les promesses du carburant écolo annoncées au début des années 2000 finiront par partir en fumée. Déforestations, expropriations, augmentation des prix des denrées alimentaires, toute puissance des multinationales… Le développement des biocarburants en Europe a engendré un véritable désastre humain et environnemental dans les pays du Sud.

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Du noir au vert

Ces constats, le réalisateur belge Sergio Ghizzardi a voulu le mettre en lumière dans son documentaire L’Or Vert, projeté dans le cadre du festival Millenium. Parce que des biocarburants, « on en a parlé un peu, pendant un temps, puis le sujet est retombé », nous raconte-t-il. Aussi parce que tout le monde continue d’en consommer, parfois sans le savoir ni mesurer les conséquences de cette ruée vers l’or, passé du noir au vert. « L’idée de ce film est de permettre aux spectateurs de se rendre compte de l’impact des biocarburants de la première génération et de la nécessité de s’intéresser à ceux de la deuxième génération, ainsi qu’aux multiples autres solutions pour réduire la consommation d’hydrocarbures », explique-t-il.

Capture d’écran. L’Or Vert, de Sergio Ghizzardi. © Domino Production

Le remède pire que le mal ?

Les beaux discours qui promettaient du rendement aux agriculteurs, du chiffre aux multinationales et du respect à l’environnement « ne sont que la pointe de l’iceberg ». La partie cachée, Sergio Ghizzardi est parti la voir de plus près. De la Belgique en passant par l’Argentine et l’Indonésie, le documentariste liégeois a enquêté sur les politiques européennes mises en place pour réduire les émissions de CO² et sur les grands acteurs du marché énergétique. « L’espoir d’une solution pour ‘décarboner’ le transport se serait-il évanoui ? Les biocarburants ne seraient-ils qu’une vaste blague ? Le remède serait-il pire que le mal ? » Habitué aux thématiques complexes notamment autour de la crise économique et financière et des enjeux géopolitiques du réchauffement climatique, Sergio Ghizzardi pose les questions les unes après les autres en tentant d’y répondre.

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Capture d’écran. L’Or Vert, Sergio Ghizzardi. © Domino Production

« Le temps presse »

Au cœur des vastes étendues de soja, à la rencontre des agriculteurs locaux dont les terres sont ratiboisées, témoin des débats parlementaires et du combat de certains pour proposer d’autres alternatives, L’Or Vert décrypte la chimère industrielle des biocarburants, dont la concurrence avec le pétrole est sans merci. Avec une conclusion qui fait renaître l’espoir : « Contre l’or noir, ce n’est pas un or vert qu’il faut exploiter. Mais une multiplicité de solutions vertes », avance le réalisateur. Car si tout est mis en place pour ralentir, voire empêcher leur développement, les solutions durables et éco-responsables existent.

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Huile de pin, canne de provence (Arundo donax), déchets végétaux et organiques, nouvelles technologies (véhicules électriques, transports écologiques)… Les idées ne manquent pas, mais le temps pour les mettre en oeuvre demande autant de patience que de persévérance. « Il est important de conscientiser les gens par rapport à cette problématique car elle est de moins en moins une priorité, même pour les ONGs », déplore-t-on. Face à la « rigidité politique » et la puissance des lobbyistes conservateurs, il faudra donc faire preuve de combativité. « Le temps presse. »

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