Paris Match Belgique

Cimetières naturels : écolos jusqu’à la tombe

Il n'y a pas que les cimetières communaux pour rendre visite à ses morts. | © Unsplash

Environnement

Crémation et inhumation telles que nous les connaissons polluent considérablement nos sols. Mais chez nos voisins européens, des cimetières respectueux de la nature se multiplient.

 

Entre deux pots de fleurs artificielles, d’étroites allées d’herbe ou de dolomie longent les rangées de pierres tombales qui s’étendent à perte de vue. Bienvenue au cimetière. Au premier abord, pas de raison de se méfier de ces lieux. Pourtant, silencieusement, ces sépultures contaminent la terre.

Coincés sous les monuments funéraires, les cercueils prospèrent. Lourdes boîtes vernies, capitonnées de tissus souvent synthétiques, colmatées au plomb, ornées de poignées et autres détails en métal, sous terre, elles sont souvent immortelles. À l’intérieur, gît le corps du défunt vêtu de suaires rarement biodégradables. En général, la dépouille a été embaumée. Au cours de ces soins de préparation et de conservation interviennent des produits corrosifs, comme le formol, qui, au bout du processus de décomposition, s’infiltreront dans les sols.

Un peu plus loin, dans les cases du columbarium, les urnes cinéraires, elles aussi, semblent éternelles. En métal ou en pierre, elles ne retourneront pas de si tôt à la terre. Au détour du chemin, des espaces verts qu’il faut entretenir, un peu de nature que des pesticides et autres engrais chimiques peuvent parfois contaminer.

Lire aussi > Quand la technologie envahit les cimetières

©Unsplash/Rhodi Alers de Lopez

Six pieds sous terre, ces matières peuvent à long terme rendre les sols stérils, à tel point qu’ils ne sont plus capables d’absorber la matière organique de corps qui ne décomposent plus. Pire encore, cette pollution menace de contaminer les nappes phréatiques : lors de pluies diluviennes, l’eau traverse les sols et emporte avec elle des molécules de terre et donc d’éléments toxiques jusque dans les nappes aquifères.

Les morts se mettent au vert

Mais petit à petit, une alternative plus écologique se popularise un peu partout en occident : les cimetières naturels. Ici, les pierres tombales ont fait place à des monticules de terre rectangulaires, les fleurs artificielles à des parterres colorés et les caveaux ont disparu.

Le principe est assez simple : dans cette parcelle de terre déterminée, il est légalement autorisé de répandre des cendres, d’enterrer une urne biodégradable ou un corps qui n’aurait subi aucun embaumement, habillé de vêtements en fibres naturelles, dans un cercueil en bois non-traité. Toujours dans l’idée d’importuner l’environnement au minimum, aucun monument, à l’exception de petits écriteaux en bois dans certains cas. Ces lieux de recueillements discrets, voire invisibles, sont entretenus par les propriétaires du terrain, qu’il s’agisse de l’État ou d’entités privées.

Déjà bien répandus en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, en Belgique il n’existe qu’une dizaine de cimetières et de lieux privés où il est possible d’enterrer des urnes biodégradables et de répandre des cendres légalement. Toutefois, la première nécropole bio belge où il sera possible d’inhumer des corps ouvrira à Lanaken à l’automne prochain.

Lire aussi > Voyage d’outre-tombe dans l’univers de ces Belges amateurs de cimetières

©Unsplash/Mr Marco

Dispersions toxiques ?

Mais tout n’est pas tout vert au pays de la sépulture bio. En Janvier 2017, l’INBO, l’institut flamand de recherche sur la nature et les forêts, publiait un rapport pour mettre en garde sur les effets de la dispersion des cendres dans la nature : “L’impact le plus important des cendres de crémation dans les réserves naturelles et les forêts est dû à la teneur extrêmement élevée en phosphate de calcium et au pH élevé associé aux métaux lourds ».

La concentration de ces éléments pourrait être particulièrement dangereuse pour les champignons qui se chargeraient en métaux lourds. Ces mêmes métaux lourds qui, en teneur excessive, mettraient en péril l’écosystème d’espèces fonctionnelles comme les vers de terre. Les sels de sodium, quant à eux, pourraient nuire aux bactéries du sol responsables de la minéralisation et du processus de nitrification. Pour rester le plus respectueux de la planète possible, l’INBO conseille donc de privilégier l’enterrement du corps ou de l’urne à la dispersion des cendres.

Phénomène de société ou aspect nouveau de la mode du bio, ces cimetières naturels apparaissent toutefois comme une alternative plus durable à nos cimetières, toujours plus remplis, toujours moins fréquenté et dont l’état tend à se détériorer.

CIM Internet