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Comment la Terre pourrait se transformer en une étuve incontrôlable (et comment l’en empêcher)

réchauffement climatique

Un basculement qui pourrait intervenir "dans quelques décennies seulement". | © Unsplash/Wilco Van Meppelen

Environnement

Selon une étude publiée lundi, la Terre pourrait elle-même basculer dans un état durable d’étuve. Et ce, même si l’humanité réduit les émissions de gaz à effet de serre comme prévu par l’accord de Paris.

Un scénario catastrophe et irréversible. D’ici quelques décennies seulement, la pollution risque de pousser la Terre dans un état durable « d’étuve », avertissent des chercheurs internationaux dans une nouvelle étude sur le climat, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) et rapportée par nos confrères de La Libre« Si les calottes polaires continuent de fondre, les forêts d’être décimées et les émissions de gaz à effet de serre de battre chaque année des records, la Terre va franchir un point de rupture », préviennent les scientifiques. Et ce, même si l’humanité parvient à limiter la hausse des températures à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels, comme prévu par l’accord de Paris. Après ce seuil, la planète bleue pourrait obtenir une hausse de températures de 4 ou 5°C et « un niveau de la mer 10 à 60 mètres plus haut qu’aujourd’hui ».

Aujourd’hui neutres ou bénéfiques, certains aspects du « système Terre » pourraient devenir néfastes. Les chercheurs en comptent dix, qui provoqueraient plus de rejets de CO2 et de méthane dans l’atmosphère que toutes les activités humaines combinées.

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Unsplash/Agustín Lautaro

Permafrost et fonte des glaces

« Quand un seuil critique est atteint, le processus de réactions s’auto-entretient », note l’étude, qui s’inquiète que la Terre puisse être condamnée à devenir une étuve. Avec des « puits de carbone » affaiblis – les forêts rétrécissent et les océans montrent des signes de saturation en CO2 – et une hausse des températures comprises entre 1 et 3°C, la calotte glaciaire recouvrant la Terre de l’Antarctique ouest et du Groenland fondra. Les conséquences seront dévastatrices : cette fonte conduirait à une hausse du niveau de la mer de 13 mètres. Problème : deux-tiers des mégalopoles sont installées moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, tout comme les plaines agricoles qui les nourrissent. La calotte de l’Antarctique Est, plus sensible au réchauffement qu’estimé précédemment, représente 12 mètres potentiels supplémentaires, précise l’étude.

L’autre menace vient du permafrost en Russie et au Canada. Le méthane et le CO2 emprisonnés dans ce sol censé être gelé en permanence correspond à environ 15 années d’émissions humaines. En cas de dégel, ces gaz relâchés – pour l’instant en quantité négligeable – accélèreraient le réchauffement, libérant encore plus de gaz.

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Effet domino

« Des endroits sur Terre deviendront inhabitables si la ‘Terre étuve’ devient une réalité », avertit Johan Rockström, directeur du Stockholm Resilience Centre. Selon les scientifiques, le point de rupture pourrait être atteint lorsque la température de la Terre sera supérieure de 2 degrés à celle de l’ère préindustrielle. Aujourd’hui, les émissions de gaz à effet de serre ont déjà provoqué une hausse de 1°C de la température moyenne de la Terre, qui continue d’augmenter à un rythme de 0,17 degré par décennie.

Tous ces mécanismes sont interconnectés, selon les auteurs de l’étude. Alors qu’un réchauffement de 2°C pourrait activer d’importants éléments de rupture, ces derniers augmenteraient davantage la température, ce qui pourrait activer d’autres éléments de rupture. Un effet domino qui multiplierait également les feux de forêts, à mesure que la Terre s’assèche et se réchauffe.

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Unsplash/Micaela Parente

Solutions immédiates

Réduire les émissions ne suffira pas. Il est nécessaire de changer immédiatement de mode de vie pour protéger la Terre, ont averti les chercheurs, expliquant que les énergies fossiles devaient être remplacées par des sources à faibles, voire sans, émissions de CO2. Ils préconisent également une meilleure gestion des sols, de meilleures pratiques agricoles, la protection des terres et des côtes ou encore le développement de techniques de capture du CO2, planter des arbres et arrêter la déforestation.

Hans Joachim Schellnhuber, co-auteur et directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research, avait précédemment estimé qu’une Terre à +4 ou +5°C ne pourrait pas abriter plus d’un milliard de personnes.

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