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La condamnation historique de Monsanto face à Dewayne Johnson

Monsanto a été condamné à payer 250 millions d’euros de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup, à l'origine du cancer incurable de Dewayne Johnson. | © Flickr : it is elisa

Environnement

Atteint d’un cancer, le jardinier californien Dewayne Johnson a fait condamner Monsanto pour ses produits à base de glyphosate, dont l’herbicide controversé Roundup.

C’est une bataille historique que vient de gagner Dewayne Lee Johnson. Après des mois de lutte acharnée, ce jardinier de 46 ans atteint d’un cancer en phase terminal a fini par faire condamner Monsanto, pointé du doigt pour la nocivité de ses produits au glyphosate.

« Les années de tromperie sur le Roundup sont derrière nous »

Ce samedi 11 août, le géant de l’agrochimie a été condamné à payer une amende de 290 millions de dollars (soit plus de 250 millions d’euros) de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup, à l’origine du cancer incurable de Dewayne Johnson. Les jurés d’un tribunal de San Francisco ont estimé que Monsanto avait agi avec « malveillance » et que son herbicide Roundup, ainsi que sa version professionnelle RangerPro, avaient « considérablement » contribué à la maladie du plaignant.

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« Nous avons enfin pu présenter au jury les documents internes tenus secrets par Monsanto prouvant que la société savait depuis des décennies que le glyphosate, et en particulier le Roundup, pouvait être une cause de cancer », a déclaré Brent Wisner, l’un des avocats de M. Johnson, comme pouvait-on lire ce samedi dans les colonnes du Monde. « Nous sommes fiers qu’un jury indépendant, en dépit de l’échec de l’Agence de protection de l’environnement à exiger un étiquetage adéquat de ces produits, ait suivi les éléments de preuve présentés, et use de sa voix pour dire à Monsanto que les années de tromperie sur le Roundup sont derrière nous. »

« J’ai reçu beaucoup de soutien depuis le début de cette affaire, beaucoup de prières et d’énergie de la part de gens que je connais même pas. Je suis content de pouvoir aider une cause qui me dépasse largement. Et j’espère que cette décision commencera à lui apporter l’attention dont elle a besoin », a de son côté réagi le jardinier californien.

Dewayne Johnson réagit avec émotions, une fois que les jurés ont soumis leur verdict. / AFP PHOTO / POOL / JOSH EDELSON

La riposte du géant

Si Dewayne, tout comme d’autres agriculteurs et victimes, espèrent un effet boule de neige suite à ce jugement historique, le géant des pesticides (récemment racheté par Bayer) n’a pas hésité à contester la décision. « Le jury a eu tort », a ainsi déclaré le vice-président de Monsanto, Scott Partridge, devant le tribunal, avant d’annoncer que la firme ferait appel à la décision. Pour elle, le principe actif du Roundup (et du RangerPro) n’est décidément pas cancérigène et encore moins responsable du cancer de Dewayne Johnson. Elle continue ainsi de défendre le glyphosate qui « bénéficie de 40 ans d’histoire d’une utilisation sans danger et qui continue à être un outil essentiel, efficace et sans danger pour les agriculteurs et autres usagers ».

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Entre 2012 et 2014, Dewayne Johnson a utilisé abondamment le Roundup et le RangerPro pour éliminer les mauvaises herbes des terrains scolaires de la ville californienne de Benicia. Père de deux enfants, il est diagnostiqué en 2014 d’un lymphome non hodgkinien, un cancer incurable du système lymphatique. Les médecins lui donnent moins de deux ans à vivre.

Dewayne Johnson étreint ses avocats après la condamnation de Monsanto à payer une amende de 250 millions d’euros de dommages. AFP PHOTO / POOL / JOSH EDELSON

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C’est la première fois qu’un tribunal est amené à se prononcer sur le caractère possiblement cancérigène du glyphosate. Alors qu’il existent des milliers de procédures similaires aux États-Unis et ailleurs dans le monde, celle-ci risque de déclencher « une cascade de nouvelles affaires » et pourrait bouleverser l’avenir de l’agriculture mondiale.

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