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Pourquoi les ouragans les plus puissants ont-ils des noms de femmes ?

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L'ouragan "Florence" vu depuis la station spatiale internationale ce 14 septembre. | © AFP PHOTO / NASA / Ricky ARNOLD.

Environnement

Même rétrogradé en catégorie 1, « Florence » menace les deux États de Caroline outre-Atlantique et les scénarios catastrophe sont à craindre.

L’ouragan « Florence » est bien là. Rétrogradé en catégorie 1, ses vents maximums sont estimés à 150 km/h et il pourrait provoquer des inondations catastrophiques, selon les autorités américaines. Les deux États de Caroline sont les plus menacés. Des vagues, susceptibles d’atteindre quatre mètres, parcourront jusqu’à trois kilomètres à l’intérieur des terres.

Les prénoms féminins trois fois plus mortels

Fait étonnant : selon de nombreuses statistiques compilées entre 1950 et 2012, les ouragans aux prénoms féminins sont plus meurtriers que leurs pairs masculins. C’est une étude de 2014 qui le rappelle, publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Selon elle, « un ouragan avec un nom à consonance masculine cause en moyenne 15,15 morts tandis qu’un ouragan avec un nom féminin tue environ 41,84 personnes. » 

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Avec un tel ratio (les ouragans féminins tueraient donc trois fois plus que les masculins), on s’interroge évidemment sur les causes de ce phénomène. Et pour l’expliquer, les scientifiques sont remontés aux années 1970. À l’époque, les centres de météorologie décident, dans un souci de parité et pour éviter d’être taxés de sexisme, d’affubler les ouragans tantôt d’un prénom féminin, tantôt masculin. Avant cela, on baptisait ces dépressions avec un prénom féminin, selon la croyance populaire que les humeurs des femmes sont aussi imprévisibles que les tempêtes.

© AFP PHOTO / NOAA.

Les prénoms masculins plus craints

Selon l’étude, qui s’est basée sur les ouragans qui se sont abattus sur les États-Unis entre 1950 et 2012 (sauf Katrina en 2005 et Audrey en 1957, dont le nombre de victimes élevé aurait altéré les données), la masculinisation d’appellation a eu des conséquences dramatiques. « Quand il s’agit d’évaluer l’intensité d’une tempête, les gens ont tendance à reporter leurs a priori sur les hommes et les femmes », explique l’un des auteurs, Sharon Shavitt, professeur en marketing. Des personnes interrogées sur l’éventualité de tempêtes appelées Christina, Alexandra ou encore Victoria, affirmaient en effet que ces dernières leur auraient paru moins dangereuses que si elles avaient été baptisées Christopher, Alexander ou Victor.

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Pour eux, il ne fait aucun doute que ce système d’appellation influe sur le nombre de victime à chaque ouragan. L’étude conclut donc qu’il est nécessaire d’« inventer un nouveau système d’appellation pour réduire l’influence des préjugés sur l’évaluation des ouragans et permettre une amélioration de la préparation ». Et de ne plus sous-estimer la puissance de ces dames.

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