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Contre-terrorisme : une nouvelle race de guerriers

A près de 250 km/h, l'aigle plonge et intercepte le drone. | © Paris Match France

Environnement

Pour déjouer les attentats, les armes lourdes sont vaines. Face à ces agressions d’un autre type, l’armée enrôle et forme aigles, chiens, rats.  

D’après un article de Paris Match France de Alfred de Montesquiou

Presque un jouet d’enfant, acheté dans le commerce… Fabriqué en plastique, volant en rase-mottes, invisible à l’œil nu, pratiquement indétectable par les radars classiques de la défense antiaérienne, le mini-drone fonce vers les avions de chasse rangés sur le tarmac. Ils valent des millions d’euros et lui seulement quelques centaines, mais, chargé d’explosifs, il peut les anéantir en quelques instants. Un cauchemar d’état-major, qui s’est déjà réalisé sur une base aérienne russe en Syrie. Les djihadistes ont réussi à clouer au sol plusieurs jets et à ravager des hangars avec de simples grenades bricolées sur des drones télécommandés.

A près de 250 km/h, l’aigle plonge et intercepte le drone

Filets lâchés par des hélicoptères, snipers tirant leurs balles explosives depuis le sol, rien jusqu’ici ne protégeait définitivement centrales nucléaires ou bases classées secret-défense. Jusqu’à ce matin-là, dans le ciel de Gascogne. Au-dessus des Rafale et des Mirage de la base de Mont-de-Marsan surgit un aigle noir. En fait, il est plutôt brun foncé et mesure près de 2 mètres d’envergure, virevoltant sur les courants d’air pour prendre de l’altitude. A près de 70 km/h, il vole avec cette souveraine nonchalance qui lui a sans doute valu l’attribut de « royal ». Soudain, on l’aperçoit qui semble tomber du ciel. Il se recroqueville, paraît s’effondrer, comme si une main invisible venait de couper le fil qui le reliait à l’éther. C’est l’attaque en piqué, une plongée à près de 250 km/h qui s’achève sous nos yeux dans un craquement sec : les puissantes serres interceptent le drone avant de le broyer sur le gazon, en lisière de la piste.

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« Voilà plusieurs années qu’on expérimente diverses méthodes, explique le colonel Cédric Gaudillière, commandant la base. Aujourd’hui, on constate que l’aigle royal est non seulement le meilleur moyen d’interception connu, mais le seul véritablement efficace ». Un animal solitaire, sauvage, dressé grâce aux techniques des oiseleurs du Moyen Age, pour sauvegarder les plus puissantes machines de combat du XXIe siècle ! L’incarnation même de ce que les stratèges appellent « la guerre asymétrique » lorsque, paradoxalement, l’adversaire le plus faible prend l’ascendant sur le plus fort grâce à des moyens dérisoires. Que peuvent nos sous-marins nucléaires, nos porte-avions contre une poignée de terroristes prêts à bricoler une bombe artisanale pour se faire exploser avec ? Face à ce type de menace, il faut définir une réponse qui ne s’appuie pas sur la force mais sur l’adaptabilité. Enrôlés dans cette mission comme ils l’ont été autrefois dans le transport, la guerre, ou pour labourer les champs, les animaux sont à nouveau de précieux auxiliaires du genre humain.

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Le rapace détecte un drone en mouvement à 5 km de distance

Grâce au programme de recherche mené à Mont-de-Marsan, l’armée française a pris toute la mesure des talents de l’aigle. Plus que sa puissance ou sa vitesse, sa plus grande force est sa vision. Il peut détecter un drone en mouvement à près de 5 kilomètres de distance, mais il le repère à coup sûr dans les 2 kilomètres. En comparaison, la plupart des radars sont presque inefficaces. A tel point que les militaires ont pensé mettre leurs aigles en protection lors de grands événements, comme le défilé du 14 Juillet. Posté en haut de l’Arc de Triomphe, le rapace pourrait repérer un drone hostile lancé sur la Grande Arche de la Défense… En pratique, les aigles posent d’autres problèmes, qui ont obligé certains pays d’Europe à renoncer à leur utilisation. Ainsi, pendant un vol d’entraînement dans les Pyrénées, un des aigles militaires a griffé une fillette. Depuis, l’armée a dû revoir à la baisse ses ambitions : les grands rapaces seront déployés sur des sites classés secret mais à l’écart du public.

Cette association est un exemple de plus de l’« alliance interespèce » chère aux scientifiques. De la même manière qu’un hippopotame tolère la présence de moineaux sur son dos, parce qu’ils débarrassent sa peau des parasites, l’homme redécouvre tout ce que peut lui apporter l’association avec ces êtres vivants qu’il a tendance à oublier. Le chien, certes, élu depuis longtemps « meilleur ami de l’homme », mais aussi des espèces plus inattendues, sauvages, et qui n’ont parfois aucune sorte d’affection pour l’être humain. Les rats, par exemple.

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Le rat géant de Gambie détecte les mines antipersonnel

En Afrique, une ONG belge réussit des prodiges avec le cricétome, gros rat de plus de 1 kilo dit « rat géant de Gambie ». Il est dressé à détecter les mines antipersonnel ou antichar cachées dans le sol, une des plaies du continent africain, responsable de centaines de morts chaque année. Or, les rats de l’ONG Apopo se sont révélés dix fois plus efficaces que les démineurs pour les repérer. Ils accèdent aussi aux zones accidentées où les machines ne trouvent pas leur chemin. Ils possèdent un des meilleurs odorats du règne animal, juste derrière l’éléphant, « premier nez du monde » avec sa longue trompe, mais au gabarit peu approprié à ce type de travail… Léger, le rat, lui, ne fait pas détoner l’explosif, et son efficacité est tout aussi infaillible, avec un taux de succès certifié à 100 % par l’Unmas, le service de l’Onu qui coordonne les efforts de déminage. En Angola, au Mozambique, les rats d’Apopo ont ainsi, en quelques années, nettoyé 22 millions de mètres carrés contaminés.

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Comme pour les aigles, il ne s’agit pas de les dresser à quelque tour de cirque, mais de réorienter leur instinct naturel. Dès l’enfance, l’aigle est ainsi nourri sur un drone qu’il finit par assimiler à sa proie, et il se met à le chasser comme il le ferait d’un lapin de garenne. Dans le cas du rat, le rongeur apprend à reconnaître l’odeur de l’explosif. Lorsqu’il se met à gratter le sol pour marquer l’effluve suspecte, il sait qu’il recevra une récompense de banane et de beurre de cacahouète. Pour éviter qu’ils s’enfuient, les rongeurs travaillent encore en laisse, mais la neurobiologiste Cindy Fast, qui se présente comme une « amoureuse des rats », a lancé un programme qui devrait leur permettre d’aller beaucoup plus loin. L’odeur repérée, le rat actionnerait alors une sonnette fixée à son cou et déclencherait un signal GPS : « Un système qui pourrait être employé dans les aéroports, ou sur les zones trop dangereuses pour qu’un humain s’approche, comme dans le métro pour un colis piégé », explique la chercheuse américaine.

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Battu au flair, le chien, notre plus ancien compagnon de chasse et de jeu, reste indétrônable dans le domaine de la force, du courage et de la loyauté. Ces aptitudes, notamment chez les bergers belges malinois et les bergers allemands, expliquent leur présence de plus en plus massive dans les forces de police et de gendarmerie, tout particulièrement les services chargés de la lutte contre le terrorisme. « Actuellement, aucun moyen technologique moderne ne peut remplacer l’efficacité et la rapidité d’un chien d’assaut », affirme ainsi Nicolas, l’un des chefs du GIGN, en charge des moyens d’appui lors des opérations spéciales. Les gendarmes d’élite disposent d’une dizaine de chiens d’alerte, entraînés en permanence aux exercices les plus ardus : sauter d’un hélicoptère en rase-mottes, descendre une vingtaine de mètres de corde lisse avec leur maître, et même sauter en parachute. « Aujourd’hui plus que jamais, nos chiens sont des alliés indispensables », affirme Jean-Luc, chef de la cellule cynophile du GIGN, qui dit découvrir tous les jours l’étendue de leur intelligence et de leur potentiel. « Ils sont tout sauf ringards ! » A l’âge de l’intelligence artificielle, celle de l’animal, ce continent à explorer, est peut-être aussi l’avenir de l’homme.

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