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Pour honorer un éléphant, les temples indiens s’attaquent au plastique

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Image d'illustration. | © Unsplash/Thomas Young

Environnement

Dans l’État de Kerala, dans le sud de l’Inde, plus de mille temples ont déclaré la guerre au plastique. Une initiative qui pourrait aider le pays à réaliser son projet d’éliminer totalement le plastique d’ici quatre ans.

« À l’intérieur du temple, les téléphones portables, les appareils photo et les sacs en plastique à usage unique sont interdits ». Les nouvelles notes, collées tout autour du sanctuaire du temple Aranmula Parthasarathy, ne sont pas passées inaperçues. Mais Aranmula n’est pas le seul temple qui entend s’attaquer au plastique : ils sont 1 058 rien que dans l’État de Kerala, au sud de l’Inde, à s’être engagés pour éliminer cette matière polluante cette année, rapporte The National Geographic.

Face à ce fléau qui touche la Terre entière, la nécessité d’imaginer et de réaliser un monde sans plastique devient de plus en plus urgente, soutient Thirumeni Rajeevararu, prêtre principal de Sabarimala, un sanctuaire dédié au dieu hindou Ayyapan. Le déclic aura été, pour lui, la mort en janvier dernier d’un éléphant âgé de 20 ans dans le parc national de Periyar, après avoir consommé une large quantité de plastique qui aurait bloqué ses intestins. « La mort de l’éléphant à Periyar m’a beaucoup perturbé », a-t-il confié au magazine. Lié à Ganesh, le Dieu de la sagesse et de l’éducation dans l’hindouisme, l’éléphant est un animal important pour les temples. « Mais ce ne sont pas que des éléphants. D’autres animaux sont également morts après avoir mangé du plastique », ajoute Thirumeni Rajeevararu. « Dieu est dans la nature. Donc, je considère comme notre dharma, notre devoir, de cesser d’utiliser du plastique ».

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Reconnaissable à sa tête d’éléphant, Ganesh est sans doute le dieu le plus vénéré en Inde. © AFP PHOTO / SANJAY KANOJIA

Interdiction dans tout le pays

« Nous essayons de remonter à l’époque où il n’y avait aucune menace de plastique », explique A. Padmakumar, président du conseil d’administration de Travancore Devaswom, un organe administratif qui supervise les 1 058 temples, et résidant dans le village d’Aranmula. C’était son idée d’éliminer le plastique dans les temples du Kerala, bien qu’il affirme que les chefs religieux préconisaient une interdiction depuis des années. Cette initiative coïncide avec un projet national : en juin, le Premier ministre indien Narendra Modi a annoncé son intention de bannir tout le plastique à usage unique du pays d’ici 2022. Depuis lors, la guerre au plastique bat son plein. Dans l’État du Maharashtra, selon Europe 1, le plastique est totalement interdit depuis le 23 juin dernier. Ainsi, les habitants de cet État ne peuvent plus utiliser de sacs de courses, d’emballages de nourriture, de pailles, de vaisselle et de petites bouteilles en plastique, sous peine d’être sanctionnés.

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Mais convaincre 1,3 milliards d’Indiens d’abandonner le plastique dans un pays qui produit plus de 5,5 millions de tonnes de déchets plastique par an s’avère être une tâche plutôt difficile. À New Delhi, par exemple, l’interdiction du plastique existe depuis 2009 mais elle est rarement appliquée. « Bien faire est difficile », avoue Padmakumar. « Mais c’est pourquoi ce travail doit commencer dans les temples – ce sont nos centres de culture ». Si une chose peut convaincre les Indiens d’éliminer le plastique de leur quotidien, il parie que ce sera leur amour pour Dieu, et leur peur de ce dernier.

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