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Henderson : l’île la plus polluée par le plastique au monde

Pollution Henderson

Privée de toute barrière de corail, l’île Henderson est située au cœur du gyre du Pacifique Sud, l’un des cinq grands courants océaniques de la Terre. | © Capture d'écran blog Bestbrains

Environnement

Loin de tout, inhabité, éloigné de toute route maritime, cet atoll perdu au beau milieu du Pacifique Sud, à plus de 5 000 kilomètres du premier grand centre urbain, devrait être un paradis. Il n’en est rien : Henderson est envahi par le plastique.

 

Chaque jour, l’océan charrie de nouveaux déchets venus des quatre coins de la planète. Ils s’amoncellent sur les plages, s’enfouissent dans les sols et sont devenus l’ADN de cette île du bout du monde.

Plages de sable, cocotiers, côtes sauvages, eaux turquoise… La carte postale est un lointain souvenir, qui remonte peut-être au temps où l’Unesco avait classé le site au patrimoine mondial, en 1988. Le plastique envahissait déjà la planète, la production mondiale était en plein boom. Elle n’a cessé de monter en flèche : + 620 % depuis 1975. Quand on se promène aujourd’hui à Henderson, comme l’a fait pendant plusieurs mois l’équipe de la chercheuse Jennifer Lavers de l’université de Tasmanie, en Australie, on marche au milieu des restes de bouteilles, de PVC en tout genre, d’emballages, de polystyrène, de sacs plastiques, de filets de pêche…

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Chaque mètre carré de plage compte jusqu’à 671 morceaux de plastique

Trente-huit millions de déchets – 17 tonnes au total – recouvrent l’île, d’après l’étude de terrain que l’écotoxicologue en milieu marin a menée. Chaque mètre carré de plage compte jusqu’à 671 morceaux de plastique. On en dénombre entre 50 et 4 500 dans les premiers 10 centimètres de sable. Chaque jour, 3 570 nouveaux déchets s’accumulent en moyenne sur la plage située au nord, soit 100 000 fois plus que dans tous les autres sites étudiés dans le monde. Ils mettront plusieurs centaines d’années à se décomposer et à devenir des microplastiques (particules de moins de 5 millimètres), pollution invisible qui se retrouve dans l’écosystème marin. Mais le cas Henderson est peu de chose, si l’on considère que la masse des déchets plastiques de l’île ne représente que deux secondes de la production annuelle mondiale, estimée à 335 millions de tonnes (2016). L’île n’est pas près de retrouver ses plages de rêve.

Les chiffres affolants de la pollution plastique

La biologiste Jenna Jambeck, de l’université de Géorgie, aux Etats-Unis, a dirigé la première étude mesurant la pollution plastique dans les océans (revue « Science », 2015).

Les 192 pays côtiers (93 % de la population mondiale) rejettent, chaque année, jusqu’à 13 millions de tonnes de plastique dans les océans, soit 1 benne chaque minute.

95 % des emballages en plastique sont perdus après une seule utilisation.

5 000 milliards de sacs en plastique sont consommés, soit 10 millions de sacs par minute.

En 2050, les océans contiendront, en poids, davantage de plastique
que de poissons.

Si les 10 pays les plus impactants en matière de pollution plastique recyclaient 100 % de leurs déchets, la pollution des océans diminuerait de 77 %
d’ici à 2025.

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Des pays en guerre contre le plastique

En 2021, le Costa Rica sera le premier pays au monde à bannir tout plastique à usage unique. Vingt-cinq des 29 Etats de l’Inde – qui produit 10 fois moins de plastique par an et par habitant que les Américains – interdisent déjà le plastique à usage unique. Depuis le 23 juin 2018, Bombay est la première grande ville indienne à appliquer des sanctions sur la fabrication, l’utilisation, la vente, la distribution et le stockage des objets en plastique à usage unique. D’ici à 2021, la proposition de directive européenne du 28 mai 2018 vise à interdire 10 produits en plastique à usage unique : Coton-Tiges, couverts, assiettes, pailles, agitateurs à boisson, tiges pour ballons en plastique, etc.

Dans l’œil du gyre

Henderson pollution
Henderson en 2008 © Unesco

Privée de toute barrière de corail, l’île Henderson est située au cœur du gyre du Pacifique Sud, l’un des cinq grands courants océaniques de la Terre. Entraînées par les vents et les alizés, les énormes masses d’eau de ce vortex (1 000 à 2 000 mètres d’épaisseur) piègent des millions de déchets plastiques (80 000 tonnes). Plus au nord se forme le 7e continent : une immense décharge flottante, grande comme trois fois la France (1,6 million de kilomètres carrés) et exponentielle.

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