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Esmeralda et le climat : « Il faut une révolution »

Princesse Esmaralda

Esmeralda reçoit Paris Match dans son appartement bruxellois. | © Ronald Dersin

Environnement

Dans un entretien exclusif, Esmeralda de Belgique, auteur, journaliste, féministe et environnementaliste nous parle de Friendship, une ONG qui vient en aide aux réfugiés climatiques au Bangladesh et aux Rohingya. Sur fond de Cop24, elle organise le lancement de l’antenne belge, qu’elle préside, le 12 décembre à Bruxelles, en présence de Yann Arthus-Bertrand et de Runa Khan, fondatrice de l’ONG.  

« J’ai été bouleversée par le message du film Human de Yann Arthus-Bertrand », dit-elle. Esmeralda nous accueille dans son appartement bruxellois. Une baie vitrée maximale, un décor dépouillé. Sur la table basse des revues scientifiques, culturelles, et une brochure de l’association Friendship. Longiligne dans un pantalon cigarette noir et un pull en mohair rouge anglais, elle prépare un thé vert tout en compilant ses notes pour la soirée.

Elle revient de Londres, où elle vit, pour participer à Bruxelles, au Palais d’Egmont, à une conférence sur le climat, en présence de ministres africains et du Premier ministre belge. C’est le 18e Meeting of Partners (MOP) du Congo Basin Forest Partnership (CBFP). L’occasion de refaire le point sur l’activisme foisonnant qui semble définir chaque jour davantage la demi-sœur d’Albert II. Elle se pose sur l’accoudoir d’une chaise zébrée et nous raconte comment son engagement s’est renforcé.

Déjà membre du conseil d’administration de Friendship UK, elle en préside désormais l’antenne belge. Friendship vient en aide aux plus vulnérables dans les zones critiques du Bangladesh. Au confluent de trois grands fleuves (le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna), strié de rivières, le pays d’eau est régulièrement ravagé par des inondations et autres catastrophes naturelles. Friendship gère les disparités liées au réchauffement et la crise des réfugiés qui fuient ces territoires meurtris, leur apporte une aide globale et l’accès aux soins. L’ONG soutient également depuis quelques années et de façon accrue les Rohingya qui fuient la persécution au Myanmar. Et assiste les communautés marginalisées en leur apportant des soins de santé.

Esmeralda attend Yann Arthus-Bertrand le 12 décembre. Elle le guidera dans Bruxelles avant de débattre de l’avenir de la planète au cinéma Palace de Bruxelles. Elle y organise, pour le lancement de Friendship Belgium, une table ronde à laquelle elle a convié le réalisateur français ainsi que Runa Khan, la fondatrice de l’ONG.

Arthus-Bertrand sur sa péniche

Ce sont deux « belles rencontres professionnelles et personnelles » que la princesse nous décrit en primeur : un coup de foudre pour le film Human, déjà évoqué, un courrier manuscrit et un entretien sur la Seine plus tard et les voici associés dans une cause commune. « Un ami, John Sauven, directeur de Greenpeace Royaume-Uni m’a donné le DVD de Human. J’ai toujours admiré Yann. D’abord bien entendu, pour son immense talent de photographe et de cinéaste et puis pour son engagement mais je ne l’avais jamais rencontré. J’ai été tellement bouleversée par la force de son film que je lui ai écrit. Il m’a ensuite téléphoné en me disant qu’il n’avait pas reçu de lettre manuscrite depuis de longues années et que cela l’avait touché. Nous nous sommes alors rencontrés sur sa péniche-bureau à Paris. En parlant de ses actions et de ses projets, il a évoqué Runa Khan et m’a recommandé de la rencontrer. Voilà comment je me suis retrouvée engagée dans cette ONG. Tous deux sont de véritables champions de notre planète, passionnés, charismatiques et surtout, ils font bouger les choses. »

Yann Arthus-Bertrand en pleine présentation de son projet de film « Sept milliards d’autres » lors de la COP15, le 11 décembre 2009 à Copenhague. © EPA/NIELS AHLMANN OLESEN DENMARK OUT.

Esmeralda est par ailleurs présidente d’honneur de l’association Care Belgique qui lutte contre l’extrême pauvreté, met l’accent sur l’aide à l’adaptation aux changements climatiques et sur l’autonomie des femmes. Elle participe aux activités de la Fondation Prince Albert de Monaco pour l’environnement et le développement durable et soutient les campagnes de Greenpeace, « notamment en Angleterre, contre la déforestation en Indonésie, pour la sauvegarde de l’Antarctique, pour l’arrêt de la production de plastiques à usage unique, etc. En dehors de leurs actions d’éclat qui dénoncent les mauvaises pratiques de certaines compagnies et qui ont un réel impact, ils font un formidable travail dans les coulisses pour changer les habitudes et comportements et influencer les décideurs. Nous avons vraiment besoin du plaidoyer d’organisations comme Greenpeace, le WWF ou Friends of the Earth pour motiver les citoyens et forcer les gouvernements à l’action. »

En 2015, la princesse avait interviewé pour Paris Match Kumi Naidoo, alors CEO de Greenpeace, aujourd’hui secrétaire général d’Amnesty International. En introduction à cet entretien, elle nous avait parlé du phénomène croissant des migrants climatiques, de ce volet qui « ne pouvait que s’exacerber ». « Nous qui sommes confortablement installés dans notre verte Europe nous rendons de plus en plus compte de l’importance de ces afflux à venir ». Quelles actions positives ont été entreprises depuis lors et quels sont au contraire les fossés qui se sont creusés à ses yeux ? « Les choses se sont aggravées depuis trois ans. L’avènement de certains dirigeants populistes a rendu le discours plus violent, jouant sur la peur des « envahisseurs » et il n’y a pas encore de politique européenne migratoire. En revanche, les citoyens ont mis en place un peu partout des initiatives pour accueillir les migrants. En Belgique, la plate-forme de soutien aux réfugiés, créée en 2015, fonctionne avec un réseau de plus de 40 000 hébergeurs et chauffeurs. C’est un magnifique exemple de solidarité. »

Runa Khan, la grande dame de Friendship

Humaniste aux allures flamboyantes mais constamment sur le terrain, « social entrepreneur » issue d’une lignée aristocratique du Bangladesh, Runa Khan, fondatrice de Friendship, officie sur tous les fronts. Elle défend régulièrement les causes qui la portent en haut lieu, a fréquenté tous les palais du monde, rencontré les plus grands. Esmeralda a fait sa connaissance il y a deux ans.  « J’ai été à la fois séduite par cette femme hors du commun, entrepreneure, auteure, visionnaire, et par cette organisation qui a véritablement une approche holistique. Elle oeuvre dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’adaptation aux changements climatiques, de l’autonomie des femmes et de l’aide aux réfugiés. De plus en plus aujourd’hui, on se rend compte qu’il est nécessaire d’avoir une approche multi-sectorielle. Friendship a entamé ses activités en apportant des soins de santé gratuits aux communautés les plus démunies et les plus difficilement joignables grâce à un hôpital bateau. »

Pour l’anecdote, elle nous raconte cette passerelle entre Friendship et Greenpeace il y a quelques années. « Kumi Naidoo, lorsqu’il présidait Greenpeace, avait cédé à Runa Khan le fameux Rainbow Warrior. C’était en 2011. Elle l’a rebaptisé Rongdhonu Friendship Hospital. 160 000 patients ont été soignés à bord jusqu’en 2018 et 8 500 opérations chirurgicales y ont été effectuées. Ils avaient eu ce contact indirect mais Kumi Naidoo et Runa Khan ne s’étaient jamais vus. J’ai organisé tout récemment leur rencontre ».

Le cas Aung San Suu Kyi

Les réfugiés Rohingya sont les premiers concernés par l’action de Friendship, souligne Esmeralda. En 2014, elle s’était longuement entretenue avec Aung San Suu Kyi pour la préparation de son livre Femmes prix Nobel de la Paix (éd. Avant-Propos). Quelle a été sa réaction en apprenant la mise au bûcher de l’égérie mondiale, privée du prix qu’Amnesty International lui avait décerné ? « C’était, je pense, inévitable. Le ‘silence assourdissant’, comme l’ont qualifié certains, de Aung San Sui Kyi face à la persécution de la minorité Rohingya au Myanmar est impardonnable. Le monde entier ou presque l’a soutenue lorsqu’elle était assignée à résidence et s’opposait courageusement à la dictature de son pays. Personne ne peut admettre qu’elle soit complice par son silence de ce véritable drame humanitaire. »

Aung San Suu Kyi avant le lancement du sommet de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) à Singapour le 14 novembre 2018. © Lillian SUWANRUMPHA / AFP

Esmeralda nous avait parlé, lors d’un entretien à spectre large sur le féminisme en 2016 (une interview croisée avec Assita Kanko), de ces femmes migrantes qui enduraient la double peine. L’obligation de fuir un territoire en conflit ou une débâcle climatique et le fait d’être fragiles sur les routes, violées, malmenées. « C’est un véritable drame. Au sein de la ‘caravane’ des migrants qui font route vers les États-Unis depuis l’Amérique Centrale, 70% des femmes se font violer sur leur parcours. Par d’autres migrants, par des policiers, par des trafiquants. C’est souvent leur seule monnaie d’échange pour survivre et la plupart se font injecter des produits contraceptifs pour éviter de tomber enceintes. C’est le sort des réfugiées africaines qui bravent la Méditerranée, c’est aussi celui des Rohingya qui fuient les persécutions au Myanmar et se retrouvent dans les camps au Bangladesh et, parmi elles, les LGBT aussi. Le danger est sans cesse présent lors de leur périple. Elles ont peu de recours et d’accès à la justice notamment pour celles qui se trouvent en situation irrégulière dans le pays où elles ont abouti. »

Patriarcat pas mort

Esmeralda poursuit son action féministe et prépare aujourd’hui un nouvel opus sur « les femmes et leurs actions pour l’environnement et les droits humains ». Son engagement semble aller crescendo. On peut désormais la présenter comme activiste dans ces domaines. Un beau label auquel elle donne une substance en multipliant les voyages à l’étranger, à la rencontre des populations autochtones et de femmes inspirées. La princesse qu’elle est a-t-elle l’impression d’avoir brisé quelques chaînes liées à son statut ? A-t-elle pu transformer ces contraintes en avantages ciblés ? « Sans doute. J’ai la chance d’être libre de mes paroles. Si mon nom et mon statut peuvent donner plus de visibilité aux causes qui me sont chères, c’est en effet un atout. »

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« Il y a encore tant à faire pour les droits des femmes ! Pour défendre ce qui est acquis et qui paraît souvent fragile même en Europe, par exemple au niveau des droits sexuels et reproductifs. Mais aussi pour combattre la violence domestique qui est en augmentation partout dans le monde, les mariages forcés, les crimes d’honneur, les mutilations génitales. Dans les pays à faible revenu, les femmes accomplissent la plus grande partie des travaux agricoles et contribuent à la sécurité alimentaire, elles travaillent en moyenne plus d’heures que les hommes mais elles ne peuvent légalement être propriétaires des terres ce qui les empêche d’avoir accès aux crédits et aux formations. Dans d’autre pays, elles ne peuvent pas voyager sans l’autorisation de leur père ou mari ni même sortir de la maison sans un gardien. Il n’y a toujours pas d’égalité des salaires… Il n’y a aucun doute, en dépit de progrès ces cinquante dernières années, le système patriarcal est toujours en place dans le monde. Sans masque dans certaines régions, plus insidieux en Occident. » 

 

"Entre les chefs d’Etat populistes, les emprisonnements ou meurtres de journalistes, l’usage abusif des données personnelles, les 'fake news', le constat est inquiétant. Il faut que les citoyens se mobilisent."
©Ronald Dersin

Droits indigènes et biodiversité

Esmeralda a souvent dépeint sa passion pour les matières environnementales et la grande question climatique. Présidente du Fonds Léopold III pour l’exploration et la conservation de la nature, elle est l’auteur de publications à la mémoire de ses parents, la princesse Lilian et Léopold III, et d’un documentaire en deux volets sur ses grands-parents, Sur les traces du roi Albert Ier et de la reine Elisabeth, réalisé avec Nicolas Delvaulx et diffusé à la Rtbf. Membre de la Fondation Virunga Belgique, elle tourne en 2016, avec Nicolas Delvaulx également, un documentaire sur le parc national des Virunga, ex-Parc Albert, le plus ancien parc national africain. En 2010, elle publie Terre. Agissons pour la planète, il n’est pas trop tard, aux éditions Racine. Dans ce recueil d’entretiens avec des personnalités aux profils variés – Mikhaïl Gorbatchev, Isabelle Autissier, Christine Ockrent, Youssou N’Dour, Christian de Duve… – elle aborde la biodiversité, le réchauffement, les crises alimentaires du Nord au Sud.

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Elle s’investit avec gravité dans la défense des droits humains, droits indigènes en particulier. « Les droits humains sont malmenés en ce moment alors même que l’on célèbre les 70 ans de leur déclaration. Entre les chefs d’Etat populistes, les emprisonnements ou meurtres de journalistes, l’usage abusif des données personnelles, les ‘fake news’, le constat est inquiétant. Il faut que les citoyens se mobilisent, il faut de plus en plus de militantisme social. Quant aux droits des peuples autochtones, je les soutiens depuis longtemps. Ils sont à peu près 400 millions répartis dans 70 pays, ils représentent 4% de la population mondiale et protègent 80% de notre biodiversité. Massacrés et spoliés durant l’époque coloniale en Afrique, en Asie et en Amérique, ils sont aujourd’hui déplacés, agressés ou tués pour la richesse du sous-sol de leurs terres par les grandes compagnies minières ou pétrolières, parfois même par des projets de conservation. Des centaines de défenseurs de l’environnement sont assassinés chaque année et la plupart sont indigènes. Ils veulent préserver les forêts et en sont les meilleurs gardiens. Notre futur dépend de la biodiversité qui assure notre approvisionnement en eau, nourriture, énergie, médicaments et la régulation du climat par l’absorbion du CO2. »

Londonienne d’adoption, Esmeralda a déjà évoqué la tendance écologique qui se développe depuis longtemps en Grande-Bretagne, même si Londres, rappelle-t-elle, n’est pas toujours totalement verte, évidemment. La passion de l’écologie s’est-elle encore renforcée davantage en Angleterre, et où se situe globalement selon elle la Belgique dans une perspective européenne ? « En Grande-Bretagne, c’est souvent le mouvement du balancier hélas ! Il y a beaucoup d’initiatives vertes et puis le gouvernement renouvelle ses subsides aux énergies fossiles et autorise la fracturation hydraulique. Quant à la Belgique, les électeurs semblent concernés par l’environnement puisqu’on a vu une ‘vague verte’ aux dernières élections communales. Mais notre pays a reculé par rapport aux objectifs de réduction des émissions et n’a malheureusement pas une bonne image dans le domaine de la politique environnementale. »

La Cop24 en toile de fond

La Cop24 se déroule jusqu’au 14 décembre en Pologne. Un contexte adéquat pour le lancement de Friendship Belgium. Négocié en 2015 dans le cadre de la Cop21, le texte de la prochaine conférence climatique de l’Onu, dont le constat est alarmant, prévoit de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique « en-dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels » et de viser à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C« . Quel est selon elle le point le plus crucial dans ce vaste programme ? « Notre dépendance aux énergies fossiles. Il est clair que si nous voulons limiter la hausse des températures et éviter la catastrophe, nous devons changer radicalement notre modèle de société et les fossiles doivent rester dans le sol. Tout simplement. Les énergies renouvelables doivent prendre le relais au moyen d’une transition juste et rapide. Mais les lobbys sont très puissants et au niveau mondial en 2017 les investissements dans les énergies fossiles ont représenté 59% des investissements pour l’approvisionnement énergétique. Aux États-Unis, l’argent consacré à l’exploration et la production de pétrole et de gaz a atteint 390 milliards de dollars l’an dernier… En même temps, la concentration de gaz à effet de serre a atteint un niveau record. Nous allons tout droit vers l’abîme ».

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Les quelque 200 États participants sont censés finaliser les règles de mise en oeuvre du pacte de 2015. Mais les tensions entre pays ont conduit à la paralysie cet été du Fonds vert pour le climat de l’ONU. Il y eut aussi l’arrêt de la contribution des États-Unis décidé par Donald Trump. Quel regard porte la princesse et activiste belge sur cette position – ou antiposition – américaine ? « C’est un reflet du poids et de l’influence des millionnaires au sein du gouvernement de Trump et des lobbys qui le soutiennent. Il a nommé à la tête de l’agence de la Protection de l’Environnement Andrew. R. Wheeler, un avocat, ancien lobbyiste pour une compagnie charbonnière, partisan d’une relaxation des protections environnementales et climato-sceptique ! Au moins, Trump ne cache pas son jeu ! Ceci dit aucun pays, si ce n’est le Costa Rica, n’a mis en place des mesures pour contenir le réchauffement climatique en-dessous des 2 degrés. »

Faut-il se montrer optimiste, avec une certaine dose d’aspirations romantiques, pour mener le combat et sauver le monde ou le réalisme pragmatique seul peut-il venir à bout des écueils ? En d’autres termes, faut-il garder les idéaux très haut ou s’adapter ? « Il faut garder les idéaux et surtout ne pas s’adapter ! La seule chose qui peut nous sauver aujourd’hui par rapport aux grands enjeux que ce soit le changement climatique, la pauvreté, les droits humains, l’égalité des genres, c’est la mobilisation des citoyens. Regardez les marches de protestation des femmes ou celle des étudiants aux États-Unis pour un contrôle plus strict de la vente des armes après la tuerie de Parkland en Floride. Ils se sont organisés tous seuls par le biais des réseaux sociaux. En Angleterre, Extinction Rebellion vient de naître. Son objectif : ‘Une révolte internationale non violente contre les gouvernements du monde en raison de leur inaction criminelle envers la crise écologique’. Il s’agit ni plus ni moins de notre survie. L’horloge tourne. Nous n’avons plus le temps d’attendre et de tergiverser. Je suis convaincue qu’il faut un mouvement global de désobéissance civile non violente pour faire agir les gouvernements. »

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