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Ces gamins veulent aspirer 1% de la pollution mondiale

centrale géothermique co2

L'objectif de Climeworks est de retirer 1% du dioxyde de carbone émis dans le monde d’ici à 2025. | © Sam Bark / Unsplash

Environnement

Sur les immenses plaines vertes de Hellisheidi, en Islande, au pied d’un relief accidenté, se niche un énorme complexe capable d’emprisonner du dioxyde de carbone à 700 mètres de profondeur. Une aubaine pour notre Terre qui suffoque.

D’après un article Paris Match France de Camille Hazard

La Californie brûle, Venise se noie, l’Indonésie tremble. En l’espace de quelques semaines, la Terre nous montre de quoi elle est capable. Et ça pourrait être pire si l’on ne fait rien. Dans un rapport de 400 pages, publié en octobre, le Groupe d’experts sur le climat (Giec) a prévenu que toute augmentation des températures au-delà de 1,5 °C aggraverait l’impact de phénomènes climatiques sur l’environnement. Comment éviter un scénario catastrophe ? Réduire les émissions de CO2 de 45 % d’ici à 2030 et instaurer une « neutralité carbone » en 2050, d’après les scientifiques. Autrement dit, il faut cesser de mettre dans l’atmosphère plus de CO2 qu’on ne peut en retirer.

Ce dispositif permet d’aspirer le CO2 pour l’enfouir dans le sol

C’est le combat de Climeworks, une start-up suisse fondée par Christoph Gebald et Jan Wurzbacher à l’âge de 20 ans. Il y a dix ans, alertés par le rythme de fonte du glacier de Chamonix, non loin duquel ils étudiaient, ces ingénieurs ont trouvé le moyen d’inverser la courbe du réchauffement climatique. Ils ont alors imaginé un dispositif qui peut aspirer le CO2 pour l’enfouir à tout jamais dans le sol, à 700 mètres de profondeur. Mieux : ils sont capables de réutiliser ce dioxyde de carbone pour le revendre à des entreprises ou des collectivités.

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« Beaucoup de serres utilisent du CO2 pour stimuler la croissance de leurs cultures. Ce gaz est habituellement livré par camion. Mais notre machine peut être installée n’importe où, éliminant ainsi tout transport et les émissions qui vont avec », arguent les fondateurs. L’entreprise Gebrüder Meier Primanatura aurait augmenté ses rendements de récolte de 20 %. Ce CO2 a aussi d’autres usages comme la fabrication de matières plastique telles que les polycarbonates (montures de lunettes) ou les polyuréthanes (mousses isolantes), ou des produits comme le méthanol ou l’acide formique qui servent, entre autres, à créer des solvants.

Paris Match. Pourquoi avez-vous choisi Hellisheidi, en Islande, pour installer votre usine qui transforme le CO2 en roche ?
Christoph Gebald. L’Islande est dotée de formations rocheuses qui sont idéales pour stocker du dioxyde de carbone de manière sûre et permanente. Et nous avons eu l’opportunité d’installer notre technologie au sein de la centrale géothermique d’Hellisheidi, qui est pilotée par une filiale de la compagnie d’électricité islandaise Reykjavik Energy. Cela nous permet d’utiliser la chaleur dégagée par l’infrastructure sans consommer d’énergie.

Nous pourrons éliminer 1 tonne de COpour 200 dollars.

N’est-il pas plus judicieux de se concentrer sur la réduction d’émissions de CO2 avant de penser à les éliminer ?
Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour cesser d’émettre du CO2, comme nous devons agir pour le supprimer de l’atmosphère. Ce n’est pas en multipliant indéfiniment notre concept que nous allons atteindre la neutralité carbone. Nous devons recourir à toutes les technologies propres mais aussi planter des arbres et surtout respecter la nature pour limiter le réchauffement climatique.

Le coût élevé de transformation du CO2 ne pose-t-il pas problème ?
Il est vrai qu’il est cher aujourd’hui (600 à 800 dollars la tonne). Mais je suis persuadé que d’ici trois à cinq ans, grâce à notre pôle de recherche et développement, nous pourrons éliminer 1 tonne de CO2 pour 200 dollars. L’objectif final est d’abaisser ce coût à 100 dollars.
Cela nous prendra cinq à dix ans au plus.

Acheter des émissions dites « négatives »

Le complexe d’Islande a un rôle déterminant à jouer pour Climeworks. « Cette usine pilote est la seule qui puisse aspirer puis transformer le dioxyde de carbone en roche. Elle est pour l’heure capable d’éliminer 50 tonnes de CO2 par an. » L’objectif est fixé : capturer 1 % des émissions mondiales d’ici à 2025, soit environ 300 millions de tonnes. Quand on sait que les entreprises au bilan carbone élevé devront payer des compensations pour prospérer, l’idée est un coup de génie.

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