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Kenya : au pays des champions de l’énergie verte

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À trois heures de Nairobi, une forêt reprend vie, grâce au travail de toute une communauté. | © Abigail Gérard

Environnement

À trois heures de Nairobi, une forêt reprend vie, grâce au travail de toute une communauté. Reportage.

D’après un article de Paris Match France par leur envoyée spéciale au Kenya, Abigail Gérard

Le matatu (minibus kényan) avance poussivement sur la piste crevassée, sous le regard des habitants qui remontent leurs feuilles de thé, récoltées dans les champs à flanc de colline. Au cœur de la vallée du Rift qui traverse le pays du nord au sud, la forêt de Zaina est jalousement surveillée par les rangers de la Kenya Defence Force. Et gare à celui qui s’aventurerait à couper une seule branche de cet écrin de verdure sauvé par le travail de toute une communauté !

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Dans le district de Nyeri, le parc national des Aberdare, un des poumons du Kenya, n’a pas toujours été aussi verdoyant. En pénétrant l’épaisse végétation, difficile de croire qu’avant 2008 près de 2 000 familles vivaient encore ici, dans autant de maisons. Las de subir des glissements de terrain, la raréfaction de la faune et l’assèchement de la Gura et de la Chania, les deux cours d’eau en contrebas de ce mont, les habitants se sont mobilisés. Entre 2008 et 2013, plus d’un demi-million d’arbres y ont été plantés et progressivement les singes, les oiseaux, les léopards et tous les premiers occupants de cette terre sont revenus. Hommage aux familles kényanes qui ont travaillé à la renaissance de ce havre de paix, la forêt divisée en secteurs porte les noms de ses sauveurs.

Derrière ce combat collectif pour la nature rudement mené se cache Wangari Maathai, militante écologiste de la première heure, qui, avec le mouvement Green Belt (Ceinture verte) lancé dès les années 1970, s’est battue pour la protection des arbres au Kenya, parfois au péril de sa vie. En 2004, « la maman des arbres » (ou « mama miti ») recevait le prix Nobel de la paix, devenant ainsi la première femme lauréate du continent. Wangari Maathai est morte en 2011, mais son oeuvre se poursuit bien au-delà du comté de Nyeri, sa terre natale où l’aventure a commencé, pour essaimer dans tout le pays. « Il n’y a pas de secret : pour sauver les forêts, il faut inclure les communautés, les éduquer à l’importance de la sauvegarde des ressources naturelles, et jamais le Kenya est autant allé dans ce sens », explique Wanjira Mathai, fille de l’icône kenyane. La quadragénaire dynamique et élégante a repris le combat de sa mère et dirige aujourd’hui, depuis Nairobi, la Fondation Wangari Maathai qui continue le travail de mobilisation dans les écoles de tout le pays, « pour perpétuer l’héritage de la lutte écologiste ».

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 Marion Kamau (à g.), compagne de lutte de Wangari Maathai. © Abigail Gérard

À quelques kilomètres de la forêt, un petit groupe composé de onze femmes et cinq hommes s’occupe de Gatitu Nursery, une des pépinières qui a contribué à la sauvegarde de la forêt Zaina. Depuis le début de leur activité, en 2014, ils disent avoir vendu près de 40 000 arbres au gouvernement ou aux agriculteurs de la région. Membres de la Green Belt, tous ont suivi des formations pour acquérir les compétences qui leur ont permis d’accroître leur niveau de vie. Sur deux ans, chacun a perçu 100 000 shillings kényans (850 euros) de bénéfice.

« J’ai pu payer les frais de scolarité de mes enfants, accéder à un crédit et acheter un collecteur d’eau », confie fièrement Mary Wanjira, la trésorière du groupe, en montrant les dernières installations dans la pépinière flambant neuve. Pour Shipirah Mugure, la secrétaire, « cette activité a permis aux femmes de se faire écouter et de participer aux échanges dans la communauté ». « Un exemple de résilience verte grâce à la mobilisation des femmes », se réjouit Ghislain de Valon, directeur de l’AFD, qui a soutenu le mouvement de la Ceinture verte avec une subvention à hauteur de 1,3 million d’euros pendant six ans.

Une paysanne dans les champs de thé. © Abigail Gérard

Au-delà de la reforestation d’une zone en péril, de la relance économique et de l’autonomisation des femmes dont les hommes se réjouissent, le mouvement Green Belt a incité les agriculteurs à planter leurs propres arbres sur leurs parcelles afin d’assurer leurs besoins en bois pour la cuisine et le chauffage, indispensable dans cette région montagneuse. Au Kenya, plus de trois quarts de la population est rurale. Pour la plupart d’entre eux, la biomasse par la combustion du bois reste l’unique source d’énergie, mais leur situation pourrait bientôt changer vu le rythme auquel le pays est en train de se transformer. En dix ans, la part des foyers reliés au réseau électrique est passée de 20 % à 60 %. Le progrès est d’autant plus remarquable que le mix énergétique est composé à 70 % d’énergie renouvelable. Champion africain de géothermie et septième producteur mondial, le Kenya était en 2016, avec le Climate Change Act, le premier Etat du continent à se doter d’un cadre légal contraignant et garantissant une préparation aux changements climatiques et une limitation des gaz carbone.

Avec 46 % de son PIB lié à ses ressources naturelles (agriculture, tourisme, énergie), la « Silicon Savannah » comme on surnomme le Kenya mise désormais sur la protection de son environnement et les énergies vertes. Aujourd’hui couvert de canopée sur 2 % de son territoire, le pays s’est ainsi donné pour objectif d’atteindre 10 % dans le cadre de son plan de développement « Kenya Vision 2030 ».

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