Yann Arthus-Bertrand : « Pourquoi poursuivons-nous notre saccage, comme si de rien n’était ? »

Yann Arthus-Bertrand : « Pourquoi poursuivons-nous notre saccage, comme si de rien n’était ? »

Vidéo Environnement & Animaux

En exclusivité pour Paris Match Belgique, Yann Arthus-Bertrand a accordé une interview à la princesse Esmeralda. Pour lui c’est clair, c’est « l’appel de la dernière chance. »

 

Par la princesse 
Esmeralda de Belgique

On le qualifie tour à tour d’aventurier, d’Al Gore français, d’idéaliste plein de naïveté, ou d’« hélicologiste » en raison de ses tournages aériens. A gauche, on lui reproche ses accointances avec les grandes compagnies et certains groupes pétroliers ; à droite, on dénonce ses attaques contre le système capitaliste. Yann Arthus-Bertrand ne laisse personne indifférent. Photographe, réalisateur et activiste,  ’YAB’ professe un immense amour de la nature et de tous ses habitants. Mais il se désespère des immenses dégâts infligés à la planète par ces derniers. Aujourd’hui, il lance un appel passionné à tous les citoyens du monde. Celui de la dernière chance.

L’appel de la dernière chance

Yann Arthus-Bertrand aime la Belgique. Il se plaît à Bruxelles où il se rend régulièrement. Il trouve les Belges accueillants et apprécie leur bonne dose d’autodérision. Dans le restaurant du musée des Instruments de musique (MIM) où se déroulent la séance de photos et cette interview, il répond toujours avec simplicité et gentillesse aux visiteurs qui le reconnaissent et viennent le saluer.

Aucune arrogance chez ce grand monsieur aux faux airs de Jean Ferrat et au regard bleu empreint de douceur. Emerveillé par les collections du musée, il insiste pour parcourir quelques salles au pas de course. Excité comme un enfant, il prend de nombreuses photos avec son iPhone, à la grande surprise des surveillants. « C’est pour un de mes associés dans la Fondation Good Planet » précise-t-il. « Il a lui-même une collection de trois mille instruments de musique. »

A 72 ans, Yann Arthus-Bertrand ne ralentit pas son rythme. Hier à Tahiti pour tourner des séquences pour son film Woman qui sortira sur les écrans fin 2019, aujourd’hui à Bruxelles pour le lancement de Friendship Belgium, demain en Suisse pour une exposition de ses œuvres, et après-demain à Paris lors d’une soirée avec Jane Goodall pour sa fondation (Sharon Stone a renoncé à y assister par crainte des gilets jaunes), Yann vient aussi de publier, avec le Pape comme co-auteur, un recueil de photos au sujet de l’encyclique Laudato si.

 

Paris, 2006. « YAB » avec Al Gore à l’Assemblée nationale. « J’étais convaincu que nous allions changer le monde. Et nous n’avons rien changé… » ©DR

Fort d’un agenda de chef d’Etat et d’un carnet d’adresses impressionnant, il affiche l’engagement d’un jeune homme. Mais aujourd’hui, on le sent angoissé et, confesse-t-il, perdu… « Nous sommes en plein paradoxe. Nous savons que nous sommes en train de détruire notre planète. Cette année, les événements climatiques extrêmes se sont succédé : cyclones, inondations, incendies. Le rapport de l’IPCC nous a donné douze ans pour limiter la catastrophe annoncée, le WWF nous a alertés sur la probable sixième extinction des espèces. Nous savons que nous savons… et nous poursuivons pourtant notre saccage, comme si de rien n’était. L’avenir de nos enfants et petits-enfants est en jeu, mais nous continuons à prendre l’avion, à mettre de l’essence dans nos voitures, à manger de la viande, à consommer de manière effrenée ! Il n’y a pas d’autre exemple dans l’Histoire où – en pleine conscience de l’issue fatale ! – toute une civilisation risque ainsi de disparaître, à l’instar des Mayas ou des habitants de l’île de Pâques. Quand je me rends dans des écoles en France (il y en a douze qui portent mon nom), j’en ressors les larmes aux yeux. Les enfants sont incroyables, passionnés, engagés pour la planète, mais comment leur parler de cette fin du monde dont ils ne sont pas responsables ? On ne peut pas leur demander de le sauver si nous ne faisons rien ! »


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« A Tahiti, un restaurant proposait du saumon de Norvège. A-t-on vraiment besoin de cela ? »

Esmeralda de Belgique. Beaucoup de gens se mobilisent et s’engagent : marches pour le climat un peu partout, initiatives citoyennes, etc. Cela ne vous rassure pas ?
Yann Arthus-Bertrand. Bien sûr, mais ce n’est pas suffisant. Quand on sera un million ou dix millions dans la rue, alors on aura un impact ! Un million et demi de gens ont fêté à Paris la victoire de la France lors de la dernière Coupe du monde de football et un million de personnes ont rendu hommage à Johnny Hallyday. C’est de cette ampleur dont nous avons besoin pour une vraie révolution pour le climat.

Pouquoi n’y parvient-on pas, selon vous?
Parce que, quelque part, les gens préfèrent ne pas y penser. C’est comme la mort. L’être humain sait qu’il va mourir et, pourtant, il vit sa vie comme si elle n’allait jamais s’achever. C’est tout simplement inimaginable de ne plus être là un jour! Donc on écarte l’idée. J’ai lu un livre formidable à ce propos : « Le Syndrome de l’autruche » de George Marshall, qui explique comment notre cerveau veut ignorer le changement climatique. J’observe cela régulièrement dans des dîners : dès qu’on commence à aborder ce sujet, les gens passent à autre chose. ça les emmerde, ils préfèrent discuter de leur dernier bon repas. Et pourtant, quoi de plus important que l’avenir de l’univers ?

Aux conférences de l’ONU pour le climat, on a aussi l’impression d’un détachement par rapport aux réalités et à l’urgence.
J’ai assisté à presque toutes les COP depuis vingt ans. Il ne se passe rien de vraiment significatif. On vit dans le leurre. Je suis certain que c’est un combat diplomatique sincère mais, sur le fond, on ne progresse pas. C’est comme une grande mise en scène destinée à prouver aux citoyens que les hommes politiques agissent. Je me souviens encore des embrassades, des larmes de joie à l’issue de l’Accord de Paris, en 2015. Ils y croyaient certainement, mais rien n’a fondamentalement changé. Il n’y a que cinq pays qui remplissent leurs engagements aujourd’hui ! On est dans le déni. Quand je pense que dans le texte de cet accord, il n’y a aucune mention des énergies fossiles ! C’est comme si on voulait combattre le trafic de drogue sans parler des champs de pavot. On consomme tous les jours 95 millions de barils de pétrole. Si on ne se résout pas à limiter la production, on va tout simplement continuer à se servir. C’est open bar ! On vit dans l’inconscience totale. J’avais suggeré au patron de Total de former une coalition des compagnies pétrolières et de proposer à l’ONU une limitation de l’exploitation. Il a invoqué le droit des pays à la croissance. Celui-ci est légitime, bien sûr, mais il y a un choix à faire, un choix de survie.

Mais pourquoi les fournisseurs d’énergie fossile feraient-ils ce choix, alors qu’ils mènent un lobbying permanent auprès des gouvernements pour vendre plus ?
Ils le feraient pour leurs enfants, pour la vie, pour l’éthique !

Nicolas Hulot ? Je comprends qu’il n’ait pas pu accepter les compromis. Il portait beaucoup trop d’espoirs.

 

©Paul Barlet / Le Pictorium/MAXPPP

On vous a reproché d’être financé par des « pollueurs ». Ne pensez-vous pas qu’en les associant à un projet de conservation et de défense de l’environnement, on leur permet de faire bonne figure et on les acquitte de leurs crimes ?
Alors là, je dis haut et fort : il faut arrêter de rejeter la faute sur Total, les groupes pétroliers ou Trump ! Nous-mêmes ne valons pas mieux ! Nous sommes tous complices. Tant que nous ne serons pas prêts à changer notre mode de vie – si tous ne peuvent se permettre ce luxe, nous sommes tout de même nombreux à pouvoir le faire –, il ne faut pas espérer des producteurs qu’ils arrêtent de vendre. Ce qui est important, c’est la responsabilité individuelle. Personne ne nous force à consommer ainsi. Il ne faut pas non plus attendre que les hommes politiques modifient le système. Ils sont prisonniers de leurs promesses électorales et du « Graal » de la croissance. Nous avons mis en route une machine infernale, la croissance, le capitalisme, qui dévorent la planète. Nous savons que notre survie est en danger mais les chiffres n’ont plus d’écho, ne provoquent plus d’émotion, les mots sont morts. Tous, nous voulons gagner plus pour consommer plus. Nous avons les hommes politiques que nous méritons. Ce qui manque actuellement, à tous les niveaux, c’est le courage.

Y a-t-il cependant, selon vous, des leaders, des références morales ?
Pepe Mujica, l’ancien président de l’Uruguay. Un homme foncièrement honnête et qui prône l’arrêt de cette consommation effrenée. Il a passé dix ans en prison et, un peu comme Mandela, a réfléchi au sens de l’existence. Il m’a dit : « Tu passes ta vie à acheter encore et toujours, et à jeter… » Mais comment sortir de l’engrenage de la croissance ? Je pense aussi à Ban Ki-moon. Malheureusement, il avait une vision mais pas vraiment les moyens. Il était, selon son expression, « le secrétaire de tous les présidents du monde ». Il y a aussi le pape Francois, le pape des pauvres, altermondialiste. Bien sur, lui n’a pas de problèmes d’emploi ou de réélection à gérer. Du moins a-t-il compris toute l’importance de l’action pour le climat. Quand Gandhi parlait de la paix, on le croyait, car il vivait selon ses principes. Mais où sont les autres grands leaders supposés donner l’exemple ? Aujourd’hui, je n’en vois pas.

Vous avez quand même des héros ?
Oui, bien entendu, il y a des gens formidables sur le terrain, dans tous les pays. Ceux qui ont à peine de quoi nourrir leur famille et qui aident et partagent. Chez nous aussi, ceux qui, malgré de faibles moyens, essaient de vivre de manière écologique, mangeant peu de viande, consommant peu d’électricité, triant leurs déchets. Des chefs d’entreprise également, comme Yvon Chouinard, le créateur de la marque Patagonia. Quand il a réalisé en 1996 que la production du coton avait un impact désastreux sur l’environnement, nécessitant 25 % des pesticides toxiques, et que cela polluait les sols et l’eau, il a tout changé. Depuis, sa compagnie n’utilise que du coton organique. C’était un virage financièrement courageux que beaucoup lui ont déconseillé de prendre, mais il a tenu bon parce qu’il a une conscience.

Que pensez-vous de Nicolas Hulot ?
Je comprends qu’il n’ait pas pu accepter les compromis. Il portait beaucoup trop d’espoirs. Il n’y a pas d’homme providentiel. Comment peut-on modifier tout un système pour une catastrophe annoncée ?

Et les écologistes, peuvent-ils amener ce changement ?
Etre écolo, pour moi, c’est aimer les gens. Mais en politique, la méchanceté est une qualité. Il faut abattre l’autre de n’importe quelle manière. La haine s’est installée et même si le mec en face dit quelque chose de bien, de valable pour le pays, il faut s’opposer à lui. L’écologie a été confisquée par la politique.

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Qu’est-ce qui vous met en colère ? Des gens qui vous ont déçu, qui n’ont pas tenu leurs promesses ?
Je ne suis pas un homme en colère. Il y a des boîtes que je n’aime pas, évidemment, comme Monsanto. Il y a des choses qui me désespèrent également, comme le fait que mon pays, la France, terre des droits de l’homme, se revendique le troisième pays vendeur d’armes au monde ! J’ai été à Mossoul et j’ai découvert une ville en ruines, complètement détruite, comme Berlin après la Deuxième Guerre mondiale. Et cela en partie par la faute des missiles de mon pays ! Comment le mec qui fabrique des missiles peut-il rentrer le soir dîner avec sa femme et ses enfants et être détaché de cette autre facette de sa vie ? J’ai beaucoup aimé celui qui a demandé : « Pourquoi n’interdit-on pas la guerre ? »

Les guerres sont sans doute beaucoup trop lucratives pour les marchands d’armes du monde…
Pas seulement cela. Je pense que la haine et la volonté de se battre sont inscrites en nous. Il faudrait que les valeurs fondamentales d’empathie, de bienveillance, d’honnêteté et de compassion soient enseignées et distillées sans cesse à l’école et dans les familles. On me traîte parfois de nunuche, mais je suis persuadé que seul l’amour pourra changer le monde.

Que pensez-vous du mouvement des gilets jaunes ?
Je comprends la colère qui existe au sein des classes moyennes. Les instituteurs font un boulot essentiel et sont mal payés. Les personnels soignants donnent tellement plus que leur métier, en distillant amour et empathie. Je suis souvent dans les hôpitaux parce que ma femme est gravement atteinte de la maladie de Parkinson, et je vois le dévouement extraordinaire de ces hommes et de ces femmes. Nous sommes gouvernés par des gens intelligents et arrogants, qui manquent souvent de feeling et de contact avec leurs concitoyens. Et puis, les parlementaires réunis à Versailles dans la pompe et les ors donnent vraiment un mauvais signal. D’ailleurs, les gilets jaunes jouissent du soutien populaire. Je ne dis pas que c’est bien de saccager, mais je comprends ce malaise profond.

 

Devant l’une des images spectaculaires de son expo « La Terre vue du ciel ». « Il est trop tard pour être pessimiste… » Photo : Thierry THOREL / LA VOIX DU NORD.

Quel a été le déclic qui vous a fait passer de photographe à activiste ?
J’ai toujours été amoureux de la nature et imprégné par la beauté du monde. J’ai eu la chance, à l’âge de 30 ans, de vivre trois ans au Kenya pour réaliser une thèse sur les lions avec Anne, mon épouse. Elle écrivait et moi, je prenais les photos. C’était le paradis ; un rêve de gamin, j’étais amoureux, je vivais dans un endroit magnifique. Ce fut sans doute le moment le plus heureux de ma vie. Mais je n’en ai pas assez profité, je m’en rends compte aujourd’hui. Je dis souvent que les lions m’ont appris la photo et la patience. Je suis rentré en France et j’ai fait toutes sortes de reportages et de la photo aérienne pour gagner ma vie. Je publiais dans Paris Match, dans Life, etc. En 1992, j’ai décidé de réaliser « La Terre vue du ciel » suite au sommet de Rio, pour expliquer la biodiversité, la déforestation, l’impact de l’homme sur la planète. Cela a transformé ma vie.

Ce livre a été un succès mondial…
On ne s’y attendait pas ! Personne n’y croyait vraiment. Tiré à 35 000 exemplaires, l’ouvrage a très vite été en rupture de stock. Aujourd’hui, il se vend encore et a atteint les 4 millions d’exemplaires. Pour moi, c’était comme gagner au loto ! J’ai décidé de faire des expositions gratuites de mes photos, mais les musées n’en ont pas voulu car elles n’étaient pas en noir et blanc et cela faisait trop « carte postale », me disait-on. Alors, on a inventé les expos dans la rue. Des millions de gens les ont vues, venaient me parler, c’étaient des rencontres formidables. J’ai exposé dans 200 villes à travers le monde. Et je vendais toujours mes livres. J’ai bien gagné ma vie et j’ai créé ma fondation, Good Planet. Je me souviens avoir fait venir Al Gore à Paris pour présenter son film qui m’avait tant impressionné. J’étais convaincu que nous allions changer le monde. Et nous n’avons rien changé…

« Je ne mange plus de viande depuis 2012, après avoir vu le film “Alma”. Je sais que je devrais être vegan, mais je n’y suis pas encore »

Vous-même, avez-vous changé ?
Oui, bien sûr, mais pas assez ! Je roule en voiture électrique, j’en suis à ma troisième, je me chauffe au bois et je compense le carbone de tous mes voyages, de tous mes vols, en offrant des fours à gaz bio en Inde. On en a fabriqué des milliers, qui donnent de l’énergie à partir de déchets végétaux et de déjections animales aux familles de nombreux villages. Je ne mange plus de viande depuis 2012, après avoir vu le film « Alma ». Encore une fois la force des images ! J’ai été vraiment frappé par la grâce, je ne voulais plus être complice de la cruauté envers les animaux. Mais je mange encore un peu de poisson et des œufs de mon poulailler. Je sais que je devrais être vegan, mais je n’y suis pas encore ! J’essaie surtout de ne pas gaspiller et de ne pas surconsommer, de vivre mieux avec moins. Mon fils, lui, est maraîcher et parfaitement heureux de vivre du smic et de faire un métier utile. Je trouve cela admirable. Si on voulait vraiment respecter nos principes, Al Gore comme moi devrions arrêter de prendre l’avion, faire du vélo et manger vegan !

Etes-vous croyant ?
Non, je suis un chrétien non croyant. Je crois au Bien et au Mal et je pense que dans toutes les religions, on retrouve les valeurs de l’amour et de la compassion. Je connais des bonnes sœurs extraordinaires qui se dévouent pour les réfugiés en France. Je les aide un peu et cette année, elles m’ont dit qu’elles étaient submergées de vêtements et de cadeaux. Une solidarité formidable de la part des citoyens.

Vous terminez le film « Woman ». Pourquoi avez-vous eu envie de réaliser ce document sur les femmes, et quel regard portez-vous sur le combat féministe ?
Nous avons commencé à tourner avant que se déclenche le mouvement MeToo. Je voulais montrer ce que signifie être une femme dans le monde d’aujourd’hui, un monde difficile, perturbé. Nous avons besoin des femmes et de leur instinct de protection envers les enfants et envers la Terre. Elles ont cela dans leurs gènes. Ce sera un film très intime et émouvant. Je pense que la parole des femmes a été libérée et que nous avons beaucoup à apprendre. D’ailleurs, parmi les plus grands défenseurs des animaux et des humains, il y a eu de tout temps des femmes extraordinaires: Diane Fossey, Jane Goodall, Vandana Shiva, Mary Robinson…

Quel regard portez-vous sur la crise des réfugiés ?
Pour moi, la véritable crise migratoire n’a pas commencé. Ils seront des millions de déplacés, en conséquence des événements climatiques mais pas seulement… Aujourd’hui, tout le monde est connecté à internet. Ceux qui vivent dans la pauvreté, sans travail, sans accès aux soins de santé, sans espoir, savent très bien comment nous vivons en Occident et veulent émigrer. Nous fuirions tous si nous étions à leur place ! Alors, que va-t-on faire ? Soyons solidaires.

 

Sur les toits de Bruxelles, sur la terrasse du renommé MIM, le musée des instruments de Bruxelles avec Esmeralda de Belgique. ©Ronald Dersin

Que vous inspire la photo digitale et le fait qu’aujourd’hui, tout le monde peut publier des photos à partir de son smartphone ? N’est-ce pas frustrant pour un artiste comme vous ?
La qualité des photos des smartphones est parfaite et, franchement, il n’y a plus grande différence avec un appareil de photo classique. Personnellement, je n’ai pas d’attachement particulier à mes boîtiers. Je m’en fiche. Mais je suis comme tout le monde, je vais au Salon de la photo et j’essaie d’acheter le meilleur matériel ! Je déteste le príncipe de devoir sans cesse changer de modèle et jeter le précédent, mais je suis otage du système ! Je combats quelque chose dont je suis moi-même acteur. Et finalement, on ne demande pas au peintre quelle est la marque de son pinceau. Pour le photographe, c’est la même chose, c’est le talent qui prime.

Quels sont vos projets ?
Après Woman, nous allons réaliser un documentaire pour la télévision qui s’intitulera Legacy  et sera une sorte de témoignage, au travers de ma vie, de ce qui s’est passé sur notre Terre, de l’incohérence environnementale. Il faut avoir le courage de la vérité mais, en même temps, il faut s’engager. Nous continuons à nous soigner en dépit du fait que nous savons que nous allons mourir. C’est un peu la même chose pour la planète : il faut continuer à prendre soin d’elle jusqu’à la dernière minute.

Vous demeurez tout de même optimiste ?
Il est trop tard pour être pessimiste ! Je suis un amoureux de la vie et du monde, et je suis convaincu que seule cette conscience amoureuse nous permettra de nous en sortir. Etre bienveillant envers ceux qui ont moins que nous. Partager. Apprendre à vivre mieux avec moins et arrêter cette surabondance ridicule. J’ai été à Tahiti dans un supermarché et j’y ai trouvé des produits du monde entier. Le menu d’un restaurant proposait du saumon de Norvège ! A-t-on vraiment besoin de cela ? Il faut apprendre à consommer les produits locaux, ne pas gâcher, récupérer. Mais pour avoir toutes les chances d’éviter la catastrophe qui se profile, nous devrons être des millions à descendre dans la rue. Le pouvoir de la rue est mon dernier espoir.

 

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Yann Arthus-Bertrand et la princesse Esmeralda. ©Ronald Dersin

 

 

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