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En février, et si on désertait les supermarchés ?

défi sans supermarché

Après le mois sans viande, sans alcool ou sans emballage, et si on tentait un mois sans supermarché ? | © Sina Schuldt/DPA

Environnement

Lancé en 2017 par un collectif suisse, le défi « Février sans supermarché » invite les citoyens à déserter les grandes surfaces pour se tourner vers les marchés locaux, les fermes ou les épiceries de quartier.

 

28 jours sans faire une seule course au Carrefour, au Colruyt ou au Delhaize. Le défi peut paraître fou, voire impossible, car on a tous ses petites (même minimes) habitudes au supermarché.

Face aux géants de l’agroalimentaire qui multiplient les scandales et piétinent le commerce local et indépendant, certains font le choix de s’approvisionner autrement ; au marché, chez les artisans, à la ferme… Partout, sauf au supermarché. C’est le cas de En Vert Et Contre Tout, un collectif suisse qui – après avoir lancé l’opération « Février sans supermarché » dans sa région (la Suisse romande) – a décidé de mettre les citoyens français et belges au défi. L’objectif : « Encourager les commerces indépendants (…), favoriser la vente en vrac et le commerce local, repeupler les marchés et réapprendre à n’acheter que l’essentiel ». Une manière de dire « non » au sur-emballage, au kilomètre alimentaire ainsi qu’aux « politiques de prix qui écrasent les petits producteurs ».

Bruxelles, Liège, Namur… sans supermarché

Comme l’explique à Paris Match Belgique Leïla Rölli, fondatrice de la plateforme En Vert Et Contre Tout, « il s’agit de donner un coup de pouce aux commerces indépendants, mis à mal par la concurrence de la grande distribution et des géants de la vente en ligne », mais aussi de « réapprendre à consommer local et de saison, de redécouvrir les marchés, les petite épiceries, aider les artisans ». Fort du succès de son défi écolo à Neuchâtel, la journaliste suisse a choisi de passer le relais à d’autres villes comme Genève ou Lausanne, avant de porter son message jusqu’à Paris, Strasbourg… Puis Bruxelles, Liège et même Charleroi.

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Pour gérer l’antenne « Bruxelles sans supermarché », Leïla a fait appel à Jean-Christophe Caron, administrateur du groupe « Vivons bien, Vivons Belge » et spécialiste en adresses locales. « Ensemble, on donne des adresses, on motive les participants à interagir en posant des questions du genre : Où acheter des croquettes pour chat dans la ville ? », explique-t-on. « On partage aussi des témoignages de participants ou des vidéos pour initier les membres au zéro déchet. » Tant à Bruxelles qu’à Liège, qu’à Namur ou Charleroi, les Belges curieux de tenter le défi peuvent ainsi suggérer les meilleures adresses de leurs quartiers. « C’est avant tout un défi solidaire », souligne Leïla Rölli.

février sans supermarché
Le défi « Février sans supermarché » fait de plus en plus de bruit, séduisant des villes comme Genève, Paris, Bruxelles… © En Vert Et Contre Tout

À chacun son rythme

« Il ne s’agit pas d’un boycott », insistent les initiateurs de l’opération qui préfèrent parler de « réapprentissage » sur la manière dont on consomme et sur la diversité des sources d’approvisionnement. Acheter son fromage chez le fromager, aller chercher ses œufs à la ferme ou faire ses provisions de céréales dans une épicerie au vrac ; l’initiative peut faire peur et même en décourager plus d’un, notamment ceux qui craignent de payer plus cher. Pourtant, ceux qui ont participé aux premières éditions du défi assurent avoir « dépensé moins et mieux », déclare-t-on. Des témoignages qui viennent « briser le cliché que seuls les supermarchés pratiquent des prix abordables ».

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Pour les plus frileux, Leïla conseille d’y aller petit à petit. « Il y a des régions où le défi peut être difficile, car les petites épiceries ont du mettre la clé sous la porte lorsque des supermarchés se sont implantés », admet-elle. « Mais même en faisant des entorses plus ou moins régulières au défi, on peut aussi participer de manière plus légère, en décidant simplement d’aller chez le boulanger ou en allant au marché une fois par semaine. En général les gens sont conquis et font même des économies. »

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À l’heure où la Belgique – portée par la jeunesse – élève la voix et brandit les pancartes au rythme effréné des Marches pour le Climat, « ce défi apparaît clairement comme un appel », conclut Jean-Christophe Caron. « Je pense qu’il y aura encore plus de gens qui vont participer cette année alors que nous étions déjà nombreux les années précédentes », s’enthousiasme-t-il. « À force, les gens changent véritablement leurs habitudes et reviennent à la simplicité. » Alors après le mois sans viande, sans alcool ou sans emballage, et si on tentait un mois sans supermarché ?

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