Paris Match Belgique

Oui, un vortex comme aux États-Unis est théoriquement possible en Europe

Vortex

Tout ça, c'est de la faute du jet stream (mais pas que). | © Pexels

Environnement & Animaux

Depuis plus d’une semaine, une vague de froid polaire s’est abattue sur les États-Unis, faisant chuter les températures jusqu’à -40° celsius. Avec nos quelques flocons ces derniers jours, on est bien loin de la situation catastrophique que connaissent les Américains, et pourtant, il n’y a aucune raison que l’Europe ne connaissent jamais un vortex d’une telle ampleur. Explications.

Les images qui nous parviennent des États-Unis depuis la semaine passée sont impressionnantes. Du froid, du vent, de la neige, du givre, même les chutes du Niagara gelées ont offert de beaux paysages, certes pas inédits, mais tout de même spectaculaires. Cela n’a pas pu vous échapper, le vortex polaire a bel et bien touché les États-Unis et on a du mal à les envier, même si la neige qui se fait de plus en plus rare chez nous a du mal à tenir au sol, on se passe volontiers de leurs températures négatives. Et pourtant, il n’y a pas de quoi se réjouir trop vite car, théoriquement, ce genre de vague de froid pourrait très bien se produire en Europe, de plus en plus souvent et de manière pire encore que ce que nous avons connu en Belgique l’année passée.

Lire aussi > En plein vortex polaire, elle réserve 30 chambres d’hôtel pour les SDF

Pour comprendre, il faut regarder vers le ciel (et vers le pôle nord). Là-haut, dans la première couche de l’atmosphère, celle dans laquelle nous vivons et qui s’appelle la troposphère, se trouve le jet stream, un courant d’air rapide allant d’ouest en est. Il est là, présent toute l’année et tire sa force de la différence de température entre le pôle nord et les tropiques, maintenant l’énorme vague de froid qui se trouve au-dessus de la banquise là où elle est. Au-dessus de lui, dans la stratosphère (entre 10 et 50 km), se trouve le vortex polaire, une très grosse masse d’air froid qui se forme en hiver qui est maintenue bien haut et bien loin de nous et qui n’est pas censée descendre à notre rencontre. Dans cet air-là, les températures plongent sous la barre des -70°.

Lorsque les températures se réchauffent au-dessus du pôle nord, la différence de température avec le reste du monde est moins marquée. Résultat ? Le jet stream n’est plus aussi vigoureux et commence à faire des méandres de plus en plus importants. « Le fait que le courant du jet stream commence à faire des méandres déstabilise la masse d’air très froide qui se trouve en haute altitude et la sépare en plusieurs morceaux. Ce qui s’est passé avec la vague de froid qui s’est abattue sur les États-Unis, c’est qu’un de ces morceaux est descendu vers le sud et a atteint l’Amérique du nord », explique Frank Pattyn, glaciologue et professeur à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). « Ces méandres ont toujours existé, mais avec le réchauffement climatique, l’Arctique qui se réchauffe et la glace qui fond dans la mer (ce qui engendre que davantage de chaleur est absorbé par les océans), les instabilités du jet stream se font de plus en plus régulières », continue-t-il. Cette fois, c’est l’amérique du nord qui a été victime de cette vague de froid, mais théoriquement, et en suivant ce principe, la prochaine pourrait tout aussi bien se produire chez nous. « Mais cela se produirait plutôt à l’est de l’Europe, ou en Sibérie ».

vortex
Plusieurs théories existent pour expliquer ce phénomène encore très récent. © Warren Wong/Unsplash

Réchauffement climatique ou pas ?

Cette théorie, ce n’en est qu’une parmi tant d’autres et c’est surtout l’une des nombreuses explications des vagues de froid qui s’abattent sur différents pays dans le monde. « Tout les scientifiques ne sont pas d’accord avec le fait que ce genre d’événement est dû au changement climatique car à la base, il s’agit d’un phénomène naturel et notre temps d’observation du climat est trop court. C’est certainement facilité par le réchauffement climatique, mais il n’en est pas responsable. Cependant, ce qui est sûr c’est que les températures sont réellement anormales« , temporise le professeur de l’ULB. Et si les climatosceptiques (Trump en tête) aiment profiter de ces températures polaires pour revendiquer que le dérèglement climatique n’est qu’un mythe, Frank Pattyn insiste : « les gens confondent le temps et le climat. Avoir des températures basses en hiver, c’est normal et ce n’est pas parce qu’il fait froid que l’année 2019 sera la plus froide jamais enregistrée au niveau mondial. S’il fait froid aux États-Unis pour le moment, il faut se rendre compte qu’il fait plus chaud que la normale au pôle nord, sans parler de l’Australie, qui connait pour le moment une vague de chaleur anormale ».

Lire aussi > Les marches étudiantes sur le climat seraient le fruit d’un complot selon la ministre flamande Joke Schauvliege, qui finit par se rétracter

Des étés plus chauds

L’apparence de plus en plus régulière de vagues de froid intense est récente et il faudra du temps pour comprendre exactement ce phénomène. Ce qui est certain, c’est que chez nous, en été, les vagues de chaud vont devenir de plus en plus communes et nos hivers vont se réchauffer graduellement également. Le professeur Pattyn observe aussi des changements dans notre climat. « Normalement, nous sommes dans un type de climat où le temps change vite. Environ tous les trois jours. Or, on remarque de plus en plus de persistance. Maintenant, on peut avoir le même temps pendant deux ou trois semaines alors que normalement en hiver le temps est plutôt instable. À cause de cette persistance, on peut avoir de la neige pendant plusieurs semaines d’affilée ».

 

CIM Internet