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Février sans supermarché : Comment j’ai craqué après seulement 10 jours

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Les premiers jours, on s'était dit : "Les doigts dans le nez !". | © DR. 99 Francs, Jan Kounen (2007).

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Sortir de la zone confortable des grandes surfaces avait au départ ce petit goût de victoire, rapidement rattrapé par le parfum désagréable de la défaite.

 

On était pourtant parti plein de bonne volonté, paré à relever le défi de l’année : tenir 28 jours sans mettre les pieds au Delhaize, ni au Carrefour et encore moins au Aldi. On avait déjà passé, sans trop de difficultés, un mois sans viande et même sans alcool. Alors on s’était dit qu’un mois sans supermarché, ça ne devait pas être si sorcier.

Il aura seulement suffi de dix jours, dix malheureux petits jours, pour rendre les armes et craquer le temps d’une pause déjeuner. C’en était trop. Trop de déplacements, trop de temps, trop de budget, trop de privation… Sortir de la zone confortable des grandes surfaces avait au départ ce petit goût de victoire, rapidement rattrapé par le parfum désagréable de la défaite.

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On rêvait tellement d’en finir une bonne fois pour toute avec ces affreux de la grande distribution. De soutenir à 100% les petits commerçants, de privilégier les épiceries bio, de manger sain, local et de saison. De fabriquer son shampoing, sa lessive ou son dentifrice, de supprimer ses emballages, d’aller au boulot à vélo… Découragé (voire un poil surmené) par cet idéal qu’on s’était fixé, on s’est rendu à l’évidence : pas facile, la vie sans supermarché.

Premières difficultés

Les premiers jours, on s’était dit : « Les doigts dans le nez ! ». Boucher, buraliste, traiteur, fromager ; on avait profité du week-end pour faire le tour des commerces du quartier, narguant fièrement les vitrines des supérettes express. Une fois le frigo rempli, modestement mais avec de bons produits, c’est en regardant la montre qu’on a commencé à déchanter. L’expédition pour acheter un panier de légumes, un peu de fromage, deux steaks de viande et des cigarettes nous avait pris près de deux heures. Sans compter l’aller-retour chez le boulanger, plus tard dans la journée. Une sacrée poignée de minutes comparée à celles qu’on aurait passé dans la file de l’hypermarché.

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Fini les courses de dernière minute en fin de journée. Désormais, parce qu’il faut bien s’organiser, on anticipe la liste de courses en fonction des différents endroits où elle nous mènera et du temps que cela prendra. Les poireaux, au marché. Les coquillettes, en vrac (et bio) chez l’épicier. Les lardons, chez le boucher et le papier toilette… Sapristi ! Le papier toilette.

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Unsplash / Rawpixel

Les produits compliqués

Comme pour notre confrère du Soir qui s’est essayée au défi, certains produits nous ont mis dans l’impasse. En rade de papier toilette, de produit lessive, de croquettes pour chien ou de serviettes hygiéniques, on s’est soudainement retrouvé paumé, sans savoir où s’approvisionner. Certes, on aurait pu opter pour les épiceries bio ou autres commerces spécialisés (citons Tom&Co pour les animaux ou la pharmacie pour les préservatifs), mais à condition d’y mettre le prix. Car un tube de dentifrice ou un paquet d’essuie-tout y coûte souvent le double qu’au supermarché. Même en s’adonnant aux joies du DIY et du zéro-déchet, on a parfois eu du mal à s’y retrouver.

Du bio ou rien

Afin de boycotter les grandes surfaces, les coopératives et autres magasins biologiques apparaissent comme l’alternative numéro un. Ces derniers mois, des dizaines ont fleuri dans la capitale au point de faire exploser l’offre (et la demande) en bio et c’est tant mieux. Seul problème, « 42% des Belges n’ont pas de magasin bio à dix minutes de chez eux », relevait une étude en octobre dernier, précisant que « les points de vente spécialisés se trouvent principalement dans les villes et centres-villes, laissant de nombreux Belges avec un choix limité ».

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Sans supermarchés, ni magasins biologiques (comme The Barn, Färm, Belgomarkt ou BioVrac), que reste-t-il pour ceux qui ne veulent pas d’une alimentation exclusivement étiquetée « bio » ? Pas grand chose, mise à part les petits commerçants – véritables survivants – du quartier, chez qui on ne peut malheureusement pas tout trouver. Du reste, il faudra alors faire le choix de renoncer à certains produits, même ceux dont on raffolait.

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Unplash / Tim Mossholder

Le supermarché, temple de la tentation

Depuis qu’on ne va plus au supermarché, nos placards se sont considérablement vidés. Adieu bonbons au chocolat, pizzas surgelées, chips au sel et autres crasses industrielles. Nos péchés mignons ont disparu de la circulation et le distributeur à friandises de la rédaction est devenu notre unique consolation. Ok, on exagère un peu. N’empêche que dix jours sans supermarché et au diable les tentations !

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C’est peut-être l’un des points positifs de ce défi raté : réaliser à quel point les grandes surfaces nous appâtent avec des dizaines de produits sans goût, sans intérêt, qui s’incrustent fatalement dans nos caddies. Prendre conscience que sans ces kilomètres d’étalages éclairés aux néons blafards, on savoure davantage les vrais bons produits d’ailleurs : un fromage fermier affiné, une pâtisserie artisanale ou un pain au levain tout frais. Puis on savoure aussi le fait de moins (et mieux) manger.

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Si pour nous, l’aventure « Février sans supermarché » est bel et bien terminée, ce n’est ni par manque de volonté, ni par faute de budget et encore moins par intérêt pour les grandes marques dont on ne saurait plus se passer. Avec un arrière-goût de culpabilité dans la bouche, on se dit que c’est surtout la vie d’aujourd’hui qui nous a fait botter en touche. Pris dans une course effrénée contre la montre, la ville, le travail, les enfants dont il faut s’occuper, le chien à promener, les repas à cuisiner, les activités à s’octroyer, le supermarché nous offre une denrée devenue rare : le temps. Choisir d’y faire ses courses nous garantit facilité, rapidité et sécurité ; trois ingrédients auxquels on n’a pas su résister et sans lesquels on aurait fini par exploser.

On était pourtant parti plein de bonne volonté, paré à relever le défi de l’année…

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