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Dans 100 jours, Le Cap tombera à court d’eau

« Nous sommes dans une réelle crise », a déclaré la maire de la ville. | © EPA/NIC BOTHMA

Environnement & Animaux

Le décompte est lancé. La ville sud-africaine n’a plus que 100 jours avant de connaitre une sécheresse totale.

Début mars, la maire du Cap, Patricia de Lille, tirait la sonnette d’alarme. La ville était officiellement déclarée comme « zone sinistrée » afin de gérer la sécheresse et l’approvisionnement d’eau de la ville. En effet, après deux ans de faibles pluies, le niveau d’eau des six barrages qui approvisionnent la ville de près de 4 millions d’habitants est descendu ce lundi 20 mars à 28,6%. Un record inquiétant. Pire, les 10 derniers pourcentages sont inutilisables. Les robinets risquent dès lors de cesser de couler avant le début de la saison pluvieuse en mai. Avec ces niveaux, la ville estime avoir encore 103 jours avant de tomber à court d’eau.

« Nous sommes dans une réelle crise », avertit la maire du Cap dans une interview à Bloomberg. « Les gens vont devoir changer leurs habitudes. On peut seulement économiser de l’eau lorsqu’on en a ».

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Restrictions

Le conseil municipal a imposé des restrictions d’eau depuis décembre dernier, comme l’interdiction d’utiliser des tuyaux pour arroser les jardins ou remplir les piscines. Il a également abaissé la pression de l’eau et intensifié les efforts pour lutter contre les fuites. Depuis cette décision, la consommation quotidienne moyenne estivale s’est réduite à 751 millions de litres. Un résultat optimiste comparé au 1,1 milliard de litres consommé l’année passée mais encore loin de la cible de 700 millions de litres.

Le Cap a également nommé publiquement 20 000 gaspilleurs d’eau, ce qui a incité la population à en faire de même.

Varier l’approvisionnement

Selon Kevin Winter, un expert en eau à l’Université du Cap, les autorités auraient du faire davantage pour diversifier son approvisionnement en eau et mettre en œuvre des projets visant à réutiliser les eaux usées et polluées. « 98% de notre eau vient des barrages, c’est aberrant », dénonce-t-il. « Nous utilisons de l’eau de très bonne qualité pour n’importe quoi ».

Pour faire face à cette crise, l’un des projets proposés est justement de recycler « en exploitant les eaux usées comme une ressource précieuse », a déclaré Le Cap dans un communiqué paru ce 22 mars, journée internationale de l’eau. Alors que seulement 6% des eaux usées sont actuellement recyclées pour des usages autres que la consommation humaine, un projet de recyclage plus durable doit encore dépasser la première phase de l’étape pilote, a indiqué le communiqué.

D’autres projets font également partie de ce plan sur cinq ans et consisteraient à s’approvisionner grâce au barrage de la Berg, à l’est du Cap, ou grâce aux nappes phréatiques de la Montagne de la Table. La construction d’infrastructures telle qu’une station de dessalement de l’eau est une autre proposition.

En attendant la concrétisation de ce plan, les services météorologiques craignent que la prochaine saison des pluies de juin/juillet arrivera trop tard. « La ville arrivera à survivre de justesse cette saison, mais ce ne sera pas le cas ces prochaines années », a déclaré Winter. « C’était prévu que les réserves d’eau soient épuisées d’ici 2019. Cette sécheresse a été un réveil pour la ville ».

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