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Les animaux « moches » discriminés par leur image

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L'image d'un animal peut aussi être influencée par la culture populaire, notamment le cinéma. | © Unsplash/Dev Leigh

Environnement & Animaux

L’image d’un animal influence largement l’intérêt qu’il suscite. Mais les vers de terre méritent-ils moins d’être protégés que les pandas aux yeux tristes ?

Taille, rareté, ressemblance avec l’être humain ou forme étrange, intelligence, comportement, danger… De multiples facteurs influencent notre réaction face un animal. « Mais l’un des plus importants, c’est s’il est mignon : des caractéristiques physiques comme des grands yeux et des traits doux éveillent nos instincts parentaux parce qu’ils nous rappellent un bébé humain », explique Hal Herzog, professeur de psychologie à l’université américaine West Carolina.

Comme le panda avec son masque noir. Mais comparez-le avec une autre espèce asiatique encore plus en danger : la salamandre géante de Chine, suggère le spécialiste des relations hommes-animaux : « Elle ressemble à un gros sac de 65 kilos de bave brune avec de petits yeux perçants »

vers de terre
© Flickr/Virginia State Parks

Quant aux vers de terre sans yeux ni jambes, « ils ressemblent plus à une vie extraterrestre primitive qu’à un animal avec lequel un humain peut s’identifier », poursuit-il. Ils sont pourtant essentiels à la vie des sols, mais comme les asticots, rats ou serpents, ils inspirent souvent le dégoût. Un sentiment « probablement transmis socialement, culturellement et au sein des familles », relève Graham Davey, spécialiste des phobies à l’Université de Sussex.

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De manière générale, les gens ont moins tendance à se préoccuper de ce qui peut leur « poser problème », note Jean-François Silvain, président de la Fondation française pour la recherche sur la biodiversité. Ainsi, « une blatte a une espérance de vie très courte si elle n’est pas cachée au fond d’une armoire ! », commente l’entomologiste. Il se réjouit toutefois d’une « prise de conscience » provoquée par de récentes études montrant le déclin sans précédent de populations d’insectes, espèces essentielles aux écosystèmes et aux économies.

Impact de leur présence « virtuelle »

Mais l’image d’un animal peut aussi être influencée par la culture populaire, notamment le cinéma. Si Sauvez Willy a pu créer une vague de sympathie pour les orques, Arachnophobia n’a pas aidé les araignées, ni Les dents de la mer les requins.

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dents de la mer
© Universal Pictures

Selon une étude publiée en avril dans PLOS Biology, la présence « virtuelle » massive des espèces charismatiques (pandas, lions, etc) sur nos écrans, dans les livres pour enfants, sur les T-shirts ou les boîtes de céréales fait croire à la population qu’ils sont tout aussi répandus dans la nature. Or, la plupart sont en danger. Et plus elles sont rares, « plus leur valeur est accrue pour la médecine traditionnelle, pour la chasse aux trophées, et donc elles sont d’autant plus chassées, comme le rhinocéros », commente l’auteur principal Franck Courchamp, écologue au CNRS.

Alors belle ou moche, célèbre ou pas, pour éviter de laisser de côté une bestiole, une seule solution, concluent les scientifiques : les protéger toutes.

Avec Belga

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