Paris Match Belgique

Oui, la terre reverdit. Mais non, ce n’est pas qu’une bonne nouvelle

Forêt

Le nord aussi devient plus vert. | © veeterzy/Unsplash

Environnement & Animaux

Il y a quelques mois, la Nasa annonçait que la surface de la planète recouverte de végétation avait augmenté de 5% entre 2000 et 2017. À l’époque, on accueillait l’information comme une très bonne nouvelle. À présent, Le Monde lève un coin du voile sur ce qui se cache réellement derrière les chiffres.

On parle de plus en plus du réchauffement climatique, de la déforestation, de la pollution de l’air et des déchets en plastique. Au milieu de tout cela, la Nasa a révélé il y a quelques mois que la terre tendait à devenir de plus en plus verte, c’est-à-dire de plus en plus boisée. Face à la déforestation massive et aux incendies destructeurs, la nouvelle pouvait paraître excellente et pourtant, elle cache des réalités qui n’ont pas été exposées très ouvertement par les médias. Les Décodeurs du Monde révèlent même les mauvaises nouvelles qui sont cachées là derrière.

Lire aussi > L’Aus­tra­lie va plan­ter un milliard d’arbres pour lutter contre le réchauf­fe­ment clima­tique

La forêt grandit …

Entre 2000 et 2017, la végétation a augmenté de 5% à travers la surface du globe, révèle l’étude de la Nasa, publiée en février dernier. En grande partie grâce aux politiques de l’Inde et de la Chine qui ont multiplié leurs efforts pour verdir le territoire. « La Chine à elle seule représente 25% de l’augmentation nette globale de la superficie foliaire avec seulement 6,6% de la superficie végétalisée mondiale. En Chine, le verdissement provient des forêts (42%) et des terres cultivées (32%), mais en Inde, il provient principalement des terres cultivées (82%) avec une contribution mineure des forêts (4,4%) », indique l’étude.

Ces informations, la Nasa les a récoltées grâce aux données satellitaires. Et elle en tire plusieurs conclusions. D’un côté la végétalisation de notre planète bleue est en partie due à la gestion de l’utilisation des terres par l’homme. D’un autre côté, les changements dus au climat et l’augmentation du CO2 favorisent le développement de végétation à des endroits où il n’y a pas lieu d’être.

forêt
Sebastian Unrau/Unsplash

… mais sans sa biodiversité

La bonne nouvelle donc ? L’homme se bouge. L’étude estime qu’un tiers de l’augmentation nette des espaces végétalisés est dû à l’utilisation des terres faite par l’homme. Mais il faut tempérer. « Il est important de noter que le gain de verdure, qui s’est principalement produit dans les régions tempérées septentrionales du Nord, ne compense pas les dommages causés par la perte de végétation naturelle tropicale (par exemple au Brésil, en République démocratique du Congo, ou en Indonésie) », note l’étude. Cela pose inévitablement des problèmes pour les écosystèmes et la biodiversité. En effet, une étude scientifique menée au Brésil et relayée par Le Monde estime qu’une jungle met en moyenne 66 ans pour redévelopper un écosystème durable. Mais pour restaurer complètement la biodiversité qui s’y trouve, on devrait encore attendre « entre 1 000 et 4 000 ans ».

Sans parler qu’entre les jungles qui apparaissent là où il n’y en avait pas avant et l’activité humaine qui prend toujours plus de place, certaines espèces qui ne vivent pas dans les forêts peuvent aussi souffrir de leur élargissement.

Lire aussi > Testez l’impact de votre consommation sur la biodiversité

Au nord, la terre devient aussi plus verte. Là où il n’y avait avant que de la neige, de la glace, et des températures trop rudes pour laisser pousser quoi que ce soit, la Nasa trouve maintenant des terres plus végétalisées qu’auparavant. Les climats chauds ne cessent de se propager toujours plus au nord. Ainsi, dans une autre étude de la Nasa, on apprend que la végétalisation qui se propage maintenant au nord est comparable à ce qu’on trouvait entre 400 et 750 kilomètres plus au sud, en 1982.

nasa
En bleu et vert, l’évolution de la croissance de plantes durant ces 30 dernières années. ©Nasa Climate 365

D’après la Nasa, toujours, le verdissement du nord est inévitablement lié à l’augmentation de la présence de CO2 dans l’atmosphère. « Le dioxyde de carbone explique 70% de l’effet de verdissement », a déclaré le coauteur Ranga Myneni, professeur au département Terre et environnement de l’Université de Boston. « Le deuxième facteur le plus important est l’azote, à 9%. Nous voyons donc quel rôle démesuré le CO2 joue dans ce processus ». Et ce CO2, il est principalement émis par les activités humaines, comme le confirme au Monde la chercheuse Doris Barboni. « On peut considérer le verdissement comme une bonne nouvelleCela montre bien la capacité de résilience de notre planète, comme on peut le constater plusieurs fois en remontant des millions d’années en arrière. Mais cette fois, l’homme est le principal responsable de ce changement ».

CIM Internet