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Ces îles paradisiaques sont plus radioactives que Tchernobyl ou Fukushima

Une partie des îles Marshall, vue du ciel. | © Flickr/BermudaMike

Environnement & Animaux

Plus de soixante ans après des tests d’armes nucléaires menés par les États-Unis, certaines parties des Îles Marshall, dans l’océan Pacifique, sont plus radioactives que Fukushima ou Tchernobyl.

Dans la minisérie HBO Chernobyl, applaudie par la critique et nommée aux Emmy Awards, des responsables soviétiques évaluent les dégâts causés par l’explosion de la centrale de Tchernobyl en 1986 en Ukraine, considérée comme la plus grande catastrophe nucléaire du 20e siècle. Selon eux, le toit de la centrale est devenu « le lieu le plus dangereux sur la planète » où deux minutes d’exposition suffisent à réduire de moitié l’espérance de vie d’une personne. Ces dernières années, ces dangers ont nettement diminué, permettant aux curieux de 18 ans et plus de visiter cette cité abandonnée où la nature a repris ses droits. Le 10 juillet dernier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a même annoncé que la zone interdite autour de la centrale serait bientôt transformée en site touristique officiel. Pour rassurer les perplexes, les autorités affirment que la radioactivité a largement chuté à la surface – les sols restent quant à eux contaminés en profondeur. S’aventurer durant deux jours dans la zone d’exclusion reviendrait à s’exposer à une dose similaire à celle d’un voyage en avion de quelques heures ou d’une radiographie des poumons.

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On ne peut pas en dire autant de certaines régions des îles Marshall, situées au cœur du Pacifique, à mi-chemin entre l’Australie et Hawaï, où les États-Unis ont mené 67 essais nucléaires de 1946 à 1958, durant la Guerre froide. Soixante ans plus tard, des chercheurs de l’université de Columbia ont détecté des niveaux alarmants d’éléments radioactifs comme l’amé­ri­cium, le césium et deux types de pluto­nium dans 38 échan­tillons de sol préle­vés sur 11 îles diffé­rentes, rapportent-ils dans une récente étude citée par CNN. Lors des tests de pluto­nium 239 et 240, ils ont constaté que certaines des îles présen­taient des taux dix fois supérieurs à ceux de la zone d’ex­clu­sion de Tcher­no­byl ou entre 10 et 1000 fois plus élevés que ceux de Fukushima où un tremblement de terre et un tsunami ont provoqué une catastrophe nucléaire en 2011.

Bikini Bottom

C’est sur l’île de Bikini que la situation est la plus critique. En 1946, après les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, les États-Unis ont procédé à d’autres essais de bombes radioactives, appelées Able et Baker, sur l’atoll de Bikini, ouvrant la voie à douze ans de tests nucléaires. C’est là aussi qu’il ont mené leur plus grand test à la bombe à hydrogène, 1000 fois plus puissante que Little Boy, celle larguée sur Hiroshima le 6 août 1945. Résultat : les fruits de l’île, tels que la noix de coco, contenaient plus de césium 137 que ne l’autorisent les normes internationales de sécurité, révèlent les chercheurs.

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Le « cercueil » des déchets radioactifs, sur l’île de Runit. © AFP PHOTO/Giff JOHNSON

Trois autres îles – Runit, Enjebi et Naen – sont citées dans cette étude, présentant elles aussi des niveaux de plutonium radioactif supérieurs à ceux relevés après les accidents de Fukushima et Tchernobyl. Bien que ces îles soient (presque) inhabitées, tentent de rassurer les chercheurs, les habitants des environs devraient être « avertis de ne pas passer du temps » sur ces sites.

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Danger

Les essais ont pris fin en 1958, après le lancement de bombe « Cactus » sur l’île de Runit. Relativement petite, son héritage est cependant un fardeau pour les îles Marshall, car son cratère fut rempli de déchets nucléaires et coiffé d’un dôme de béton désormais fragilisé, alertait l’AFP en mai dernier. Une situation qui inquiète fortement le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, qui qualifie ce cratère de « cercueil ». Alors que cette solution de stockage devait être temporaire, le fond du cratère ne fut pas isolé avec une couche de béton, faut de moyens financiers. Aujourd’hui, le risque de fuites de matières radioactives est bien présent. Des fissures sont également apparues sur le dôme lui-même. Sur cette île du Pacifique, une zone vulnérable aux tsunamis et aux tremblements de terre, la structure est en outre menacée par la montée des eaux provoquée par le réchauffement climatique.

Rhea Moss-Christian, présidente de la commission nucléaire nationale des îles Marshall, estime que le pays « a besoin du soutien de la communauté internationale pour s’attaquer aux défis sanitaires et environnementaux dans le Pacifique ».

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