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Au Canada, les touristes se bousculent dans le « couloir des icebergs »

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Chaque année, 500 000 touristes se rendent dans la province de Terre-Neuve, au Canada. | © Johannes EISELE / AFP

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Des milliers de touristes s’émerveillent chaque année devant des icebergs finissant leur voyage du Groenland vers Terre-Neuve, une île canadienne aux premières loges de la fonte des glaces de l’Arctique. Bien qu’il soit lié au réchauffement climatique, ce tourisme fait le bonheur de ses habitants. 

 

Autrefois haut-lieu de la pêche à la morue, la province de Terre-Neuve-et-Labrador voit désormais ses villages côtiers moroses revigorés par les hordes de photographes amateurs venus immortaliser ces morceaux de glaciers toujours plus nombreux à converger vers l’est du Canada à la sortie de l’hiver.

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Des touristes admirent un iceberg à King’s Point, Terre-Neuve, Canada. © Johannes EISELE / AFP
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© Johannes EISELE / AFP

Cette abondance des icebergs s’aventurant vers le sud a ainsi engendré une nouvelle forme de tourisme liée à l’accélération du réchauffement climatique. « C’est de mieux en mieux d’une année à l’autre. Environ 140 cars de touristes viennent chaque saison dans le village, c’est bon pour l’économie », se réjouit Barry Strickland, ancien pêcheur de 58 ans reconverti en guide touristique à King’s Point, dans le nord de Terre-Neuve. Depuis quatre ans, il organise des excursions autour de ces géants de glace millénaires pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres de haut et peser des centaines de milliers de tonnes.

Au gré des vents et des courants, les joyaux polaires éphémères achèvent, à proximité des rives canadiennes, un périple de plusieurs milliers de kilomètres vers le sud. En quelques semaines, leur eau douce, congelée bien avant la pollution de la Révolution industrielle, retournera à l’océan.

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Barry Strickland emmène les touristes au plus près des icebergs. © Johannes EISELE / AFP

Les expéditions du petit bateau de Barry affichent souvent complet pendant la haute saison des icebergs, de mai à juillet, et attirent dans ce village de 600 habitants des visiteurs du monde entier. Ceux-ci traquent les moindres mouvements des colossaux blocs de glace grâce à une carte satellite interactive mise en ligne par le gouvernement provincial. « Il n’y a plus grand-chose à faire pour les habitants de ces petites villes portuaires isolées, donc le tourisme est une grande partie de notre économie », explique Devon Chaulk, employé d’une boutique de souvenirs à Elliston, bourgade de 300 habitants située sur la trajectoire du « couloir des icebergs ». « J’ai vécu ici toute ma vie, et l’augmentation du tourisme dans les 10, 15 dernières années a été incroyable », s’enthousiasme M. Chaulk, 28 ans.

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Des icebergs de plus en plus vers le sud

L’année dernière, plus de 500 000 touristes au total ont visité la province de Terre-Neuve, soit autant que sa population, contribuant à l’économie locale à hauteur de près de 570 millions de dollars canadiens (389 millions d’euros), selon les estimations du gouvernement provincial. Le tourisme a ainsi supplanté en partie les revenus en berne de l’industrie de la pêche, en crise en raison de la surexploitation de l’océan à la fin du vingtième siècle. Mais derrière cet engouement autour des icebergs se cache une réalité plus sombre : l’accélération du réchauffement climatique dans le grand Nord, qui favorise l’apparition d’icebergs mais rend aussi leur saison de plus en plus imprévisible, accentuant ainsi la précarité des industries qui en tirent profit.

L’industrie de la pêche a fait place à un tourisme de masse pour cette région du Canada, représentant 389 millions d’euros. © Johannes EISELE / AFP

À Twillingate, village touristique prisé par les amateurs d’icebergs, les visiteurs ne désemplissent pas dans la petite boutique d’Auk Island Winery, qui fabrique des spiritueux de baies sauvages à base d’eau d’iceberg. « Les gens viennent pour voir les icebergs, nous voyons la variation du nombre de touristes d’une année à l’autre en fonction du nombre d’icebergs dans les environs », explique Elizabeth Gleason, employée de la boutique. « Nous avons une bonne année, mais l’année dernière, nous n’en avions presque aucun », raconte-t-elle, observant en première ligne la précarité d’un tourisme fondé sur des phénomènes naturels imprévisibles. Et pour cause : l’Arctique se réchauffe trois fois plus rapidement que le reste du monde. En juin, le Groenland a connu un épisode de fonte des glaces inédit à cette période de l’année, et des températures record ont été enregistrées près du pôle Nord à la mi-juillet.

L’iceberg se commercialise aussi en bouteille. Son eau, réputée pour être pure, est un très bon argument marketing. « Nous essayons de cibler le marché de niche pour les aliments et les produits sains », explique le vendeur. © Johannes EISELE / AFP

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Au fil des années, les icebergs s’aventurent de plus en plus vers le sud, créant également un risque pour la navigation commerciale dans cet axe maritime majeur reliant le Vieux continent et l’Amérique du Nord. C’est à environ 600 km au large des côtes de Terre-Neuve que le Titanic avait sombré après avoir percuté un iceberg en 1912.

« C’est une image concrète du réchauffement climatique, de voir des icebergs dans des endroits où les eaux sont aussi chaudes »

Mais derrière le chant du cygne majestueux de ces colosses de glace, certains perçoivent un témoignage criant des dérèglements climatiques à l’oeuvre. « Je n’avais jamais vu d’iceberg avant, et j’ai cru comprendre qu’il y a quelques temps, on n’en voyait pas ici. C’est une image concrète du réchauffement climatique, de voir des icebergs dans des endroits où les eaux sont aussi chaudes », confie Laurent Lucazeau, touriste français de 34 ans, de retour d’une excursion en mer. « Ça a quelque chose de mystérieux et d’impressionnant, mais en plus, le fait de savoir qu’ils ne sont pas censés être là, ça fait encore plus se questionner. Ça fait un peu peur. »

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© Johannes EISELE / AFP

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Avec Belga

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