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Bœuf, avocat, amandes : Ces aliments qui demandent un max d’eau pour être cultivés

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Carnivore ou végétarien, le tout est de manger intelligemment. | © Irene Kredenets/Unsplash

Environnement & Animaux

Pour réduire notre empreinte écologique et réduire le changement climatique, les experts du Giec appellent à changer nos habitudes alimentaires.

 

Déforestation, gaz à effet de serre, épuisement des ressources en eau, l’impact de la production de notre alimentation sur les ressources de la Terre est de plus en plus important. Après un premier rapport sur les conséquences d’une hausse globale de la température de 2°C, ce jeudi 8 août les experts du Giec ont sorti leur deuxième « rapport spécial » sur l’impact du réchauffement climatique causé par l’Homme sur les cultures, l’élevage et les forêts et comment nos pratiques agricoles et notre gestion des forêts influencent le climat. À l’heure où la forêt amazonienne a vu sa déforestation s’accélérer de manière catastrophique depuis que Bolsonaro est arrivé à la tête du pays et où un tiers de la nourriture produite dans le monde est toujours jetée, les experts de l’ONU appellent à un changement radical de notre alimentation et de notre gestion de l’agriculture.

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Pour changer nos habitudes alimentaires et adopter un régime qui sera plus respectueux de l’environnement, il faut opter pour une manière de manger plus raisonnée. Pas la peine de devenir des végétariens vivant en autosuffisance, de passer au zéro déchet du jour au lendemain et de partir en vacances systématiquement à vélo. Le tout, c’est d’adapter nos habitudes en connaissant les conséquences de nos actions. Nos habitudes alimentaires, par exemple, ont un impact sur l’environnement à plusieurs niveaux : émissions de CO2, pesticides, quantité d’eau utilisée pour la production, etc. En fonction du paramètre étudié et de l’endroit du monde où on se trouve, avec ses particularités liées à l’agriculture, son climat, etc, les produits n’auront pas le même impact sur l’environnement.

Selon un rapport du WRI (World Resources Institute) sorti cette semaine, près d’un quart de la population mondiale se trouverait en situation de stress hydrique intense (c’est-à-dire proche du moment où l’eau ne sortira plus du tout du robinet). Il est donc temps de réfléchir aux conséquences que peut avoir notre alimentation sur les ressources mondiales en eau. Afin de se faire une idée de ce que notre assiette nécessite comme eau pour nous nourrir, l’organisation Water Footprint Network a calculé « l’empreinte eau » de différents aliments selon une technique de calcul qui ne fait pas l’unanimité puisqu’elle prend en compte l’eau de pluie, mais qui constitue à l’heure actuelle l’unité de mesure la plus répandue lorsqu’on parle d' »empreinte eau ».

La viande

Le débat infini. La viande émet du CO2, consomme un max d’eau, fait souffrir les animaux, fait vivre les agriculteurs et fait l’objet d’affrontements inlassables entre les omnivores et les végétaliens. Entre les deux, les flexitariens et les végétariens apportent également leur grain de sel et le débat semble infini. Et pourtant, le rapport du Giec ne préconise pas de transformer tous les habitants de la terre en végétariens endurcis mais il a appelé à une réduction drastique de notre consommation de viande. Dans le collimateur des experts du climat : l’élevage intensif, notamment.

Il est vrai qu’en matière de consommation d’eau, la viande de bœuf est l’une des pires élèves. Selon Water Footprint Network, il faudrait près de 15 500 litres d’eau pour produire un kilo de viande de bœuf, dont 94% provient de l’eau de pluie stockée dans le sol. Un chiffre exorbitant dont la majorité provient de l’eau utilisée pour produire la nourriture que l’animal ingérera au cours de sa vie comme le tempère la RTBF. Il faut rappeler que c’est un chiffre global à travers le monde et que le steak argentin qui est produit dans une région déforestée, qui doit être irriguée et dont la bête nécessite beaucoup de céréales pour se nourrir n’aura pas le même impact sur l’environnement qu’un bon vieux blanc bleu belge, élevé dans des prairies vertes dans un pays où il pleut régulièrement.

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Image d’illustration. ©Jez Timms/Unsplash

Chez nous, la Cellule d’information agriculture (Celagri) rappelle par exemple que les terres sur lesquelles se trouvent les animaux n’ont pas besoin d’être irriguées, que leur alimentation provient à presque 80% de l’herbe sur laquelle ils se trouvent et bondit à l’écoute de ce chiffre de 15 500 litres d’eau en avançant le chiffre de 50 litres d’eau par kilo de viande produite. La solution ne réside donc pas dans le fait d’abandonner radicalement la viande mais bien de la réduire au maximum : en manger une ou deux fois par semaine, faire attention qu’elle vienne bien de Belgique et l’acheter en circuit-court. D’autant plus qu’au vu de l’empreinte eau de certains végétaux, il vaut mieux parfois manger de la viande de chez nous que des tomates cultivées en serre ou des avocats mexicains.

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À titre de comparaison, il faut environ 5988 litres d’eau pour produire un kilo de porc, 10 412 pour un kilo de mouton et 4 325 pour le poulet.

Les avocats

La culture des avocats est souvent remise en cause lorsqu’on parle de son impact écologique. Rien qu’au niveau de sa consommation d’eau, une enquête du Zeit, relayée par l’Obs estime qu’il faut environ 1 000 litres d’eau pour produire un kilo d’avocats, soit deux avocats et demi. Autrement dit, ce fruit prisé pour ses vertus nutritionnelles est un désastre environnemental. Tout comme le régime carnivore, le régime végétarien doit lui aussi être réfléchi pour limiter notre impact sur l’environnement.

Une tomate produite en France sous serre chauffée émet quatre fois plus de gaz à effet de serre qu’une tomate importée d’Espagne.

Et s’il faut favoriser la consommation locale de fruits et légumes, il ne faut pas non plus oublier de consommer de saison. Comme l’explique le chef étoilé cancalais Olivier Roellinger, qui appelle à la vigilance concernant les légumes produits sous serres chauffées. « Une tomate produite en France sous serre chauffée émet huit fois plus de gaz à effet de serre qu’une tomate cultivée en France en saison, et quatre fois plus qu’une tomate importée d’Espagne (où elles sont cultivées sous serre non chauffée, ndlr) », expliquait-il à nos confrères de Libération le mois passé. Pourtant, elles ne nécessitent que 214 litres d’eau par kilo pour être produites.

Les noix

Les noix, et particulièrement les amandes, nécessitent elles aussi une grande quantité d’eau. Rien que pour une amande, il faut compte 4 litres tandis que les noix affichent 9 000 litres d’eau par kilo produit. Pourtant, elles représentent une excellente alternative à la viande rouge pour l’apport de protéines, comme le rapportait une étude en janvier.

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Image d’illustration. ©Maksim Shutov/Unsplash

Le chocolat

Le chocolat a lui aussi un lourd impact sur l’environnement. Non seulement, il mène à la déforestation des forêts tropicales autour desquelles il est produit, mais en plus il ne faut pas moins de 17 000 litres d’eau pour produire 1 kilo de chocolat, soit bien plus que la viande. Le fromage, quant à lui nécessite 3 178 litres par kilo et 3 266 pour les œufs.

Pas seulement des aliments

Les ressources qui nécessitent beaucoup d’eau pour être produites ne concernent pas seulement l’alimentation. Water Footprint Network a également calculé l’empreinte eau du coton : il faut ainsi 2 495 litres d’eau pour un t-shirt de 250 grammes par exemple et 17 093 litres d’eau pour un kilo de cuir qui créera peut-être votre prochain sac.

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