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#PrayforAmazonas : Pourquoi et comment la communauté internationale doit agir (vite) contre Bolsonaro

incendies forêt amazonienne

Image alarmante : les intenses fumées qui émanent du poumon de la Terre ont été détéctées par un satellite de la NASA. | © NASA.

Environnement & Animaux

La forêt amazonienne brûle depuis des semaines dans une inquiétante indifférence. Le monde tourne enfin les yeux sur le drame environnemental qui est en train de se jouer mais, au-delà de la catastrophe, c’est surtout la politique du président brésilien Jair Bolsonaro qui est à pointer du doigt. Les dirigeants du monde entier se doivent de prendre leurs responsabilités.

La forêt amazonienne en feu. Depuis 24 heures, les médias du monde entier se réveillent face à un désastre qui touche le coeur de notre planète depuis des mois. Des gigantesques incendies ravagent la plus grande forêt tropicale du monde depuis des semaines, générés par des feux de forêt qui n’ont jamais été si nombreux au Brésil : selon l’Institut national de recherche spatiale brésilien, 72 843 départs de feu ont été enregistrés dans le pays depuis janvier, contre 39 759 sur la totalité de l’année 2018. Il aura fallu qu’un gigantesque nuage de fumée d’environ 1,2 million de km² atteigne Sao Paulo ce lundi (celui-ci provient des États d’Amazonas et de Rondonia, distants de plus de 2700 kilomètres) pour réveiller les consciences et donner une image bien réelle de la catastrophe.

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Poumon essentiel de la Terre

Depuis, le hashtag #PrayforAmazonas s’est emparé des réseaux sociaux et des citoyens du monde entier partagent leur consternation. Quand certains fustigent les médias de se réveiller trop tard et de ne pas nous informer correctement, d’autres partagent des images qui sont le plus souvent des clichés anciens, comme le relève Libération. Au-delà de l’emballement des réseaux et du bruit médiatique, il est plus que nécessaire de prendre l’ampleur du phénomène, dont la seule issue est politique. Si les dirigeants du monde entier, dont certains des plus puissants se réunissent à Nice dans trois jours, ne prennent pas leurs reponsabilités, le poumon de la planète ne sera plus en mesure d’absorber les 14% du CO2 atmosphérique mondial qu’elle pompe chaque année. Un rôle essentiel au bon fonctionnement de la biodiversité.

Une déforestation en bond de 80% par rapport à l’année passée

Comme nous l’indiquait le New York Times dans une enquête fouillée, depuis janvier ce sont près de 3 500 km² de forêt amazonienne qui sont partis en fumée, de manière légale comme illégale. Il s’agit d’une augmentation de 39% par rapport à la même période en 2018. Rien que sur le mois de juin, qui marque le début d’une saison moins chaude et moins humide et donc plus propice au travail en forêt, la déforestation a bondi de 80% par rapport à l’année passée.

Les feux qui sévissent en Amazonie sont notamment provoqués par la sécheresse et, surtout, les défrichements par brûlis utilisés pour transformer des aires forestières en zones de culture et d’élevage ou pour nettoyer des zones déjà déforestées, généralement pendant la saison sèche qui s’achève dans deux mois. Autrement dit, on nettoie des zones au moyen de feux pour cultiver du soja ou éléver du bétail. Mais pas seulement. L’exploitation minière intensive voulue et promise par Jair Bolsonaro ravage également ce patrimoine sacré.

Des incendies qui sonnent comme une ultime alerte face à Bolsonaro

Il y a deux semaines déjà, l’État d’Amazonas, dans le nord-ouest du pays, déclarait l’état d’urgence en raison de l’augmentation du nombre d’incendies dans la région, rapportait Euronews. Selon les images satellites, d’autres incendies se sont également déclarés dans l’État du Mato Grosso. Le 13 août dernier, le chercheur de la Nasa Santiago Gasso soulignait que les incendies successifs ont généré une couche de fumée couvrant une superficie d’environ 1,2 million de km², soit près de deux fois la superficie de la France. Ce sont ces épaisses fumées qui seraient, selon les météorologues, à l’origine de l’obscurité observée en pleine journée à Sao Paulo lundi. « La fumée ne provenait pas des incendies de l’État de Sao Paulo, mais de feux de forêts très denses et très étendus qui sont à l’oeuvre depuis plusieurs jours dans l’État de Rondonia et en Bolivie », a déclaré à O Globo Joselia Pegorim, une météorologue de Climatempo. « À Sao Paulo, il y a eu une combinaison d’un excès d’humidité et de l’arrivée de ces fumées qui a donné cette apparence au ciel », a-t-elle ajouté.

En Amérique du Sud, le Brésil est le pays le plus touché par les feux de forêt en 2019 (72 843), suivi par le Venezuela (26 453) et la Bolivie (16 101). Si l’on veut éviter le désastre que représente la déforestation du poumon de la Terre, une pression intense de la communauté internationale doit être insuflée sur Jair Bolsonaro. Soutenu par les lobbys miniers et de l’agricuclture, le président brésilien semble déterminé à démanteler ce qui constitue le plus bel écosystème de la planète. Au détriment de l’essentiel « pompage » de CO2, mais aussi en ravageant faune, flore et tribus ancestrales.

Des outils à la portée des puissants

Bolsonaro semble ne pas s’en préocupper et quiconque ose se dresser devant lui est immédiatement accusé de colporter des fake news, le leader populiste balayant les chiffres et statistiques. En mai dernier, huit anciens ministres de l’environnement du pays avaient appelé le président à revenir sur ses promesses concernant l’exploitation intensive du bassin amazonien, chiffres à l’appui. Des critiques qualifiées de « mensonges » par l’intéressé, contestant ainsi les données émises par son propre gouvernement. Il est d’ailleurs allé jusqu’à limoger le président de l’INPE (Institut national de recherche spatiale), Ricardo Galvao, l’accusant de mentir et de nuire à l’image du Brésil.

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Alors que l’Allemagne puis la Norvège ont suspendu leurs contributions au Fonds de préservation de la forêt amazonienne, d’autres pays doivent leur emboîter le pas. Et aller encore plus loin. La communauté internationale a des options disponibles pour peser sur le Brésil : elle pourrait notamment lui infliger des sanctions, ne plus accepter l’import venant d’entreprises qui participent à ce fiasco, stopper les investissements de ses entreprises nationales. Et, surtout, appeller au boycott des produits provenant de la zone et mettre en place des campagnes luttant contre la déforestation. Le désastre est en cours, et les dirigeants du monde entier ont les clés en main pour l’enrayer. Espérons qu’ils soient à la hauteur.

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