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Comment les carbonnades flamandes contribuent aux incendies au Brésil

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Le Cerrado est de plus en plus exploité par l’agrobusiness pour produire notamment du soja. | © © Marizilda Cruppe / Greenpeace

Environnement & Animaux

Mordue de viande, la Belgique, et plus particulièrement la Flandre, dépend largement du soja importé d’Amérique du Sud pour l’alimentation animale. Ce qui rend la « viande de chez nous » complice de la déforestation qui sévit chaque année au Brésil.

Bien que la sécheresse ait joué un rôle dans le développement des incendies qui ravagent l’Amazonie depuis des semaines, de nombreux chercheurs s’accordent à dire que la déforestation liée à l’agriculture intensive en est la principale raison. L’élevage bovin et la culture de soja pour nourrir ces animaux sont pointés du doigt.

Si la Belgique n’est pas un client majeur de la viande bovine brésilienne, elle est en revanche une destination importante pour le soja du pays sud-américain. Entre 2013 et 2017, le plat pays a importé en moyenne 2,5 millions de tonnes de soja par an, dont 39% au départ du Brésil, indique un rapport de Greenpeace.

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75% du soja importé est destiné à l’élevage, principalement en Flandre, révèle Greenpeace, puisque la grande majorité du porc, du poulet, des œufs et du lait y est produite. Même si les compléments alimentaires à base de soja trouvent également le chemin des élevages wallons. « La viande flamande a un réel impact sur la déforestation au Brésil, déclare ainsi Sébastien Snoeck, expert en Agriculture et Élevage durables chez Greenpeace Belgique. La large majorité de notre cheptel est nourrie avec du soja importé en garde partie d’Amérique du Sud. C’est l’un des problèmes de la concentration croissante des élevages dans des fermes-usines et du manque de subsides dont bénéficient les éleveurs familiaux respectueux de l’environnement. »

Le reste de nos importations va à la production de biocarburants (19%) et très peu à la consommation humaine directe (à peine 3%).

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Un Belge adulte mange en moyenne 114 grammes de viande par jour, principalement du porc. © INA FASSBENDER / AFP

Il faut presque toute une Belgique pour cultiver le soja que l’on consomme

Pour répondre à cette demande belge de soja, la superficie agricole nécessaire est passée de 1,5 million d’hectares à 2,7 millions d’hectares en quatre ans, soit une augmentation de plus de 80%. Selon Greenpeace, près de la moitié de cette surface entraîne un risque élevé à très élevé de déforestation au Brésil, en Argentine et au Paraguay. Les trois quarts de nos importations de soja sont destinés à l’élevage.

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Outre les risques élevés de déforestation sur plus de la moitié de ce territoire, cette surface nécessaire pour répondre à notre demande de soja représente presque la taille de la Belgique elle-même, qui est environ de 3 millions d’hectares.

« C’est ridicule, dénonce Sébastien Snoeck, pour produire le soja que nous importons, nous avons besoin d’une surface agricole presque aussi grande que le territoire belge tout entier. Et son impact est immense. En prenant en compte les émissions des aliments importés pour nourrir nos animaux, le total des émissions de gaz à effet de serre dû au seul secteur de l’élevage serait presque 2x supérieur aux chiffres officiels et atteindrait 12% des émissions belges totales ».

L’Europe accro au soja

L’Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja, proclamait Greenpeace en juin dernier. Bien avant que les feux en Amazonie ne fassent la une des journaux, l’organisation alertait déjà sur la destruction d’écosystèmes uniques en Amérique du Sud au profit de la culture du soja, qui a plus que quadruplé au cours des deux dernières décennies au Brésil.

La production de cette légumineuse se développe principalement dans deux régions brésiliennes : le Gran Chaco, la deuxième plus grande forêt en Amérique du Sud, qui s’étend sur le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et la Bolivie, ainsi que le Cerrado, la savane tropicale la plus biodiversifiée du monde, selon Greenpeace. Plus de 30% des feux qui ont été détectés au Brésil depuis le début de l’année y sont situés, alors que le Gran Chaco déjà perdu 23 % de sa superficie.

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Des régions riches en biodiversité, telles que le Cerrado, sont dévastées pour nourrir le cheptel belge. © Fernanda Ligabue / Greenpeace

Solutions ?

Avec ce rapport, Greenpeace appelle les autorités belges à « mettre fin à la déforestation importée ». À l’échelon européen, l’organisation réclame une loi pour interdire les importations de produits liés à la déforestation. Elle plaide également en faveur d’un changement de modèle agricole, vers un élevage écologique, en accordant l’attention nécessaire à la situation précaire dans laquelle se trouvent de nombreux éleveurs belges.

Afin de réduire l’importation de soja, la solution est simple : consommer beaucoup moins de viande mais de meilleure qualité, répète depuis de nombreuses années Greenpeace. Un Belge adulte mange en moyenne 114 grammes de viande par jour, rappelle l’organisation, alors que la quantité de viande recommandée est de 57g par jour.

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