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Everest : Son manteau blanc fond toujours plus vite et dévoile cadavres et déchets à la pelle

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Le camp de base IV du mont Everest, devenu décharge et cimetière à ciel ouvert. | © Doma SHERPA / AFP.

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Des tonnes de déchets mais aussi des centaines de cadavres apparaissent alors que la fonte des glaces s’accentue. 

« Green boots » (« des bottines vertes »), c’est le surnom en anglais donné à la dépouille non identifiée d’un alpiniste, devenue un repère visuel pour les expéditions qui s’attaquent à l’ascension du mont Everest par la voie d’accès Nord. Le cadavre de cet homme, non identifié et figé à seulement quelques centaines de mètres du plus haut sommet du monde, repose « collé » à la glace tel le symbole du manque de solidarité qui sévit parfois en alpinisme. Mais « Green Boots » n’est pas le seul à servir de « balise » servant à mesurer les distances et l’altitude pour les aventuriers qui attaquent le plus haut sommet du monde.

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L’ascension de la mort (et d’une planète à l’abandon)

Ils seraient près de 200 corps, comme nous l’explique Vice US, à joncher les chemins escarpés et ô combien dangereux qui mènent au graal des alpinistes, qui s’est forgé ces dernières une mauvaise réputation. C’est pourquoi en 2015 le guide de montagne Mingma David Sherpa a créé une équipe de secours bénévole composée de sherpas, des guides de montagne appartenant majoritairement à la communauté ethnique népalaise du même nom. Son groupe a sauvé et récupéré les corps de cinquante-deux personnes mortes sur l’Everest et le Makalu, le cinquième plus haut sommet du monde.

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Beau de loin et immonde de près. © Unsplash.

Sur ce terrain naturellement hostile, le changement climatique rend le travail encore plus risqué qu’à l’accoutumée : en 2014, une température exceptionnellement chaude avait provoqué une avalanche sur le glacier du Khumbu, près du camp de base de l’Everest, faisant seize victimes.

Et à côté de ce cimetière effarant, ce sont des tonnes de déchets qui se dévoilent également alors que la glace se noie. Tentes fluorescentes, équipement d’escalade jeté, bouteilles d’oxygènes vides et même excréments, la « plus haute poubelle du monde » porte bien son nom. Jusque sur le toit de la Terre, l’Homme laisse donc sa trace et pollue toujours plus.

« Un spectacle répugnant »

« C’est dégoûtant, un spectacle répugnant », décrivait en juin dernier Pemba Dorje Sherpa, un guide népalais qui a conquis 18 fois l’Everest. « La montagne a des tonnes de déchets ». Depuis l’émergence des expéditions commerciales dans les années 1990, la fréquentation du sommet de 8 848 mètres d’altitude a explosé. Rien que pour la haute saison de printemps cette année, au moins 600 personnes s’y sont hissées. Un triste record.

Une étude de long terme réalisée par le Centre international pour le développement intégré en montagne (ICIMOD) a prouvé que les glaciers de l’Hindou Kouch et de l’Himalaya fondaient rapidement et menaçaient d’être réduits à un tiers de leur taille si les émissions de CO2 n’étaient pas maîtrisées.

La popularité de l’ascension a beau avoir un coût élévé, 4000 dollars, l’empreinte écologique des alpinistes reste préoccupante. Petit à petit, cordée après cordée, les détritus viennent consteller l’Everest. Des efforts ont pourtant été faits. Depuis cinq ans, le Népal requiert cette fameuse caution de 4 000 dollars par expédition, qui est remboursée si chaque alpiniste redescend au moins huit kilos de déchets.

Côté tibétain – l’Everest étant à cheval sur la frontière Chine-Népal -, moins fréquenté, les autorités requièrent la même quantité et infligent une amende de 100 dollars par kilogramme manquant. En 2017, les alpinistes sur le versant népalais ont ainsi rapporté près de 25 tonnes de déchets solides et 15 tonnes de déchets humains, selon le Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC). Cette saison, des quantités encore plus grandes ont été redescendues mais ne représentent toujours qu’une fraction de la pollution produite.

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Le gouvernement népalais a récemment instauré des mesures pour préserver l’Everest, mais les opérations de nettoyage sont encore souvent financées par des fonds privés ou effectuées par des bénévoles. Selon une estimation de l’Everest Summiters Association, il resterait encore environ 30 tonnes de déchets sur la montagne.

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