Paris Match Belgique

Comment le FBI a enquêté sur des activistes environnementaux pour terrorisme intérieur

activistes

Cette surveillance est une forme de répression, pour Helen Yost, une militante de 62 ans classée comme menace potentielle à la sécurité nationale. | © Brendan Smialowski / AFP

Environnement & Animaux

Ces militants ont été qualifiés de menace à la sécurité nationale des États-Unis dans ce que The Guardian appelle une tentative criminaliser leurs actes.

L’ONU le déclarait en juillet dernier pour alerter sur le nombre d’activistes environnementaux tués chaque année : « Les défenseurs de l’environnement et des terres sont considérés comme des terroristes. » The Guardian vient de le confirmer. Selon des centaines de pages de dossiers du FBI obtenues par le journal britannique, plus d’une douzaine d’activistes écologistes en campagne contre l’extradition des combustibles fossiles en Amérique du Nord ont été identifiées dans des enquêtes liées au terrorisme intérieur. Les enquêtes, qui visaient des militants et certaines organisations environnementales, ont été ouvertes en 2013-2014, alors que l’opposition à l’oléoduc Keystone XL et à l’expansion de la production de combustibles fossiles en Amérique du Nord était à son comble.

Ces documents révèlent la motivation du bureau à enquêter sur un vaste échantillon du mouvement écologiste et à caractériser des manifestants non violents comme une menace potentielle à la sécurité nationale. Les citoyens américains visés par de telles enquêtes peuvent être placés sur des listes de surveillance du terrorisme et soumis à une surveillance et à des restrictions des voyages internationaux. La désignation peut également amener les forces de l’ordre locales à adopter une approche plus conflictuelle et brutale lorsqu’elles sont confrontées à des activistes non violents, analyse le journal cité par Slate, ajoutant que les enquêtes de 2013-2014 ont été closes après que le FBI eut conclu que les individus et les organisations n’avaient pas participé à des activités criminelles et ne constituaient pas une menace.

Lire aussi > Pourquoi notre consommation « assassine » les défenseurs de l’environnement

Une forme de répression

Helen Yost, militante âgée de 62 ans, a été arrêtée deux fois pour avoir participé à une désobéissance civile non violente. En 2014, le FBI l’a classée comme une menace potentielle pour la sécurité nationale, la qualifiant de femme animée par un « désir d’arrêter les combustibles fossiles qui, selon elle, détruisent des parties des États-Unis, en particulier du Montana, de l’Idaho et de Washington ». Dans son dossier, le bureau cite la législation fédérale antiterroriste interdisant les « attaques et autres actes de violence à l’encontre des transporteurs ferroviaires » comme principal motif d’ouverture de l’enquête. Cette dernière conclut finalement qu’« aucune violation criminelle potentielle ou menace prioritaire à la sécurité nationale justifiant une enquête plus approfondie n’a été identifiée ». Pour la militante, cette surveillance est une forme de répression, visant à criminaliser les actions de « gens normaux » qui travaillent pour protéger les ressources naturelles. Herb Goodwin a une philosophie similaire. « Nous sommes tous sous surveillance », a déclaré ce militant de 70 ans, l’un des douze écologistes, dont beaucoup étaient affiliés au groupe environnemental radical Deep Green Resistance (DGR) contactés par le FBI à l’automne 2014. « S’ils veulent regarder vos affaires, ils le feront. »

L’ancien agent du FBI Mike German a déclaré que le bureau fédéral n’avait pas tenu compte des avertissements présentés dans une enquête de l’inspecteur général du ministère de la Justice en 2010, qui critiquait les attaques de l’agence contre certains groupes nationaux. Selon lui, les dossiers d’Helen Yost et l’enquête sur le DGR montrent à quel point « ces mécanismes de contrôle interne sont inefficaces pour empêcher les enquêtes abusives et inutiles sur les manifestants non violents ».

CIM Internet