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Il vit uniquement de la nature… dans une grande ville américaine

Rob Greenfield nature déchets

Rob Greenfield. | © TIMOTHY A. CLARY / AFP

Environnement & Animaux

Depuis un an, un Américain vivant à Orlando n’a pas dépensé un centime pour de la nourriture. 

Rob Greenfield est Américain et se déplace beaucoup en auto-stop. C’est l’une des techniques qu’il a adoptées pour réduire son empreinte environnementale. Une autre est plus radicale : depuis un an, il n’a pas dépensé un centime pour de la nourriture. Il ne s’alimente que de ce qu’il peut faire pousser lui-même dans un jardin, pêcher – ou de ce qu’il récupère le long des routes. Car oui, les animaux morts retrouvés au bord de l’autoroute sont aussi une option pour cet activiste de 33 ans.

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Son défi prendra fin le 10 novembre: en résumé, ne vivre que de ce qu’il peut trouver dans la nature. Ou plutôt dans la ville d’Orlando, capitale des parcs d’attraction dont l’aire urbaine compte quelque 2,5 millions d’habitants, choisie par Rob Greenfield pour son climat tropical. « Cette année, j’ai fait pousser ou récupéré 100% de mon alimentation — pas de supermarché, pas de restaurant, pas de bière au comptoir d’un bar », a raconté Rob Greenfield à l’AFP. « La nature a été mon jardin, mon garde-manger et ma pharmacie. »

« Pour le sel ? Je récupère de l’eau de l’océan »

« Je veux inspirer les gens », explique celui qui a documenté toute son aventure dans des vidéos postées sur YouTube. « Les inciter à questionner leur nourriture, à changer leur régime alimentaire, à cultiver leurs propres aliments, à soutenir les agriculteurs locaux et à manger d’une façon qui soit meilleure pour la planète, nos communautés et nous-mêmes. »  Pendant une année, lui qui vit pieds nus (« Je pense que les pieds fonctionnent tout à fait bien », dit-il) a habité une petite maison dans le jardin d’un propriétaire l’ayant autorisé à y vivre pour mener à bien son projet. Autrefois bien taillé, cet espace est aujourd’hui transformé en ferme urbaine où poussent papayes, bananes, patates douces, aubergines et concombres. Il s’y est construit une cuisine à l’air libre, où il conserve le miel produit par ses quatre ruches.

 

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Today is day 347 of growing and foraging 100% of my food. It comes with some disbelief on my part when I say I have just 2.5 weeks left! Since before this year began, the most common question I receive is, “what will be the first thing you eat when the year is over?” I have thought about this a lot. The answer is that I just don’t know. To be honest I have not been craving any foods over the last couple months that I haven’t been able to grow or forage. I have grown over 100 different foods and foraged over 200. That’s some real diversity there! I feel comfortable and complete. I feel healthy and happy. Because of this I am not finding myself with many cravings. I did earlier on in the year, but I have found my flow in this grand experiment. More than any individual foods, I have great excitement to join the community of food. I am excited to eat fresh food from my friends gardens, local small farmers and community gardens. I’m excited to make healthy meals with friends. I’m excited to have other people cook for me after cooking almost every one of the last 1,000 meals on my own. I’m excited to try friends homemade and foraged foods. I’m excited to share food with others more, with less of a focus on my own sustenance. I’m also excited to no longer log nearly everything I eat, every single day. I do yearn for some convenience and I will find some of that through buying bulk unpackaged foods like grains, herbs, teas and oil. I will relieved to no longer have to travel with giant duffle bags full of food. I will soon return to traveling with just a backpack of basic possessions. But that freedom will not come without some burden. I do not intend to dive deeply into the globalized food system. I am not excited for grocery stores. I am not excited for monetized food. I am not excited to wonder about the true impact or source of the food I’m eating. But with long travels ahead, this will become a part of my life again. However, I intend to seek out local food in my travels more than I ever have in the past. I will still set an example for a more just food system, but it won’t be 100%. Lessons are ahead to be learned by me, and shared to you. – Photo: @livewonderful_

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Walking the concrete jungle of Chicago, a city packed with millions of people, it’s the likely first impression that these are dirty feet. But they aren’t dirty at all, rather they are stained purple by mulberries! This is the color that signifies I’ve come across a bounty of fruit falling to the ground going uneaten. The color that shows that I’ve found an overlooked source of excellent nutrition. Basically, the color of successful foraging! Right here in the middle of the third largest city in the USA, I am finding food growing abundantly. So far I have found mulberries, serviceberries, apples, lambsquarter, plantago, sorrel, dandelion, clover, chestnuts and walnuts. That is just scratching the surface! I am not familiar with most of the edibles here yet and I have plenty of food with me from Florida, so I’ve just barely been out foraging since arriving here. One of the first things I did when arriving was log into @fallingfruit to see what edible plants people might have been added to the database. I was amazed that there are thousands of entries for the area, including more fruit trees than I could ever visit while here. It was so easy, it almost felt like cheating. I also visited a local farmers market to learn what is growing right now at the farms. I learned a lot walking around the booths and talking to some of the farmers. (Growing and foraging 100% of my food means no food from local farmers or gardeners even). Next steps include checking out some regional foraging books at the library or purchasing them at a local book store and meeting up with some local foragers. I am from this region, so many of these plants are familiar, but when I lived here I didn’t do any foraging beyond the basics. So this is an amazing learning experience for me. I’m feeling a very strong desire to learn and connect to the plants that I lived with for the first two decades of my life. I am staying on the 23rd story of an apartment building for a week, in the city center and still eating 100% food that I have grown and foraged.

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À côté des toilettes, il range les feuilles veloutées d’une plante, qui font office de papier hygiénique : « C’est plus doux que tout ce que vous pouvez acheter en magasin », affirme-t-il. Pendant l’interview, il déguste du cerf dans un bol, assaisonné à l’ail, poivre, coriandre, aneth et cuit dans du lait de coco. Il a trouvé l’animal sur une route du Wisconsin, où il a passé des vacances. Et il termine son repas avec des feuilles de moringa, aux nombreux bienfaits médicinaux. Et pour le sel ? « Je récupère de l’eau de l’océan. Je remplis un pot ou une carafe, puis je la mets sur un réchaud pour la faire bouillir et s’évaporer. Cela donne du bon sel », explique-t-il.

« J’ai inventé un système pour m’aider à ne jamais perdre mes bonnes intentions »

Sa décision de mener « une vie simple », il l’a prise en 2011. Avant cela, il vivait « une vie d’Américain plutôt classique (…) avec l’objectif d’être millionnaire à 30 ans ». En 2014, il a dissous son entreprise de marketing. Il s’est ensuite fait connaître en 2016 avec un autre projet choc : marcher à travers New York en portant toutes les ordures qu’il produisait, afin de sensibiliser les Américains à la quantité de déchets générés. Visant toujours à inciter les gens à vivre de manière durable, il ne sait pas quel sera son prochain défi. Il souhaite en tout cas voyager à travers le monde. Il vit aujourd’hui uniquement de ce que lui rapportent ses livres ou ses conférences – même s’il participe souvent à des événements sans réclamer d’argent. Cette année, il a gagné 9 760 dollars. L’année précédente, c’était 8 000. Le seuil de pauvreté pour un individu seul est de 13 000 dollars aux États-Unis.

Rob Greenfield dit qu’il reverse la plupart de ce qu’il gagne à des ONG, car il ne souhaite pas que sa popularité – acquise notamment grâce à de nombreux articles de presse – le rende riche. « J’ai inventé un système pour m’aider à ne jamais perdre mes bonnes intentions. Je crois en une vie humble et je ne pense pas qu’il soit possible de vivre humblement avec beaucoup d’argent. »

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