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Bois de Hal : Les touristes mettent en danger le tapis violet

Le Bois de Hal et son tapis violet, à voir (à partir des sentiers) jusque début mai. | © AFP PHOTO / JOHN THYS

Ils sont chaque année des milliers à profiter de la floraison des jacinthes sauvages du Bois de Hal. Mais tous ne respectent pas sa fragilité, voulant capturer au plus près ce phénomène aux allures féeriques. Résultat : le tapis violet, la source même de leur venue, diminue et ne reviendra plus. 

Les jacinthes sauvages du printemps sont visibles dans plusieurs bois de Belgique, mais c’est au Bois de Hal que tout le monde se donne rendez-vous. Grand de 555 hectares, il laisse place, durant trois semaines, à un magnifique spectacle violet. De quoi ravir petits et grands, promeneurs, cyclistes mais aussi et surtout photographes. « Il y a plus de 40 kilomètres de sentiers officiels, en principe assez pour accueillir tout le monde », précise Pierre Kestemont, garde forestier.

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Officiels car de nombreux chemins se sont formés sous les pas des touristes. Malgré les pancartes d’interdiction, ils sortent des sentiers battus et piétinent les fameuses fleurs, curieux de voir le phénomène d’un peu plus près. « Presque chaque visiteur est devenu un photographe. Avec leurs smartphones, ils vont 3 à 6 mètres hors du sentier, dans les fleurs, pour prendre des photos », explique le garde forestier. « Le matin, il n’y a pas de sentier. Le soir, il y en a un qui s’est formé ».

Pour les photographes « classiques », c’est encore différent. « Ils endommagent environ un ou deux mètres carré le long du sentier. Ils se mettent à genoux ou à plat ventre pour prendre des photos. Il y en a chaque année de plus en plus et au final, tout est parti ».

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Des conséquences contre nature

Cette course à la plus belle photo et aux likes n’est pas sans danger pour la nature. À ces endroits piétinés, les fleurs ne reviendront plus. « Il suffit de passer 25 fois sur la jacinthe pendant sa végétation pour ne plus avoir de fleurs et créer un sentier », contre 500 et 450 passages pour la fougère-aigle et la ronce, explique Pierre Kestemont, reprenant les résultats d’une étude menée sur les Îles Britanniques.

« Après 25 passages, le sol est tellement compacté que les nouvelles graines ne peuvent pas enraciner à cet endroit. C’est ça le problème. On ne peut pas réparer cela », avant de se reprendre : « Non, ce qui peut rétablir ce problème, c’est une longue période de gel. Cela rendra le sol apte à une nouvelle végétation. Mais on n’a pas ces hivers-là, avec du gel pendant plusieurs semaines… »

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« Juste une photo »

« Les gens ne se rendent pas compte que c’est une végétation fragile, qui ne se rétablit pas facilement ou pas du tout. Ce n’est pas une plante comme les pissenlits, qu’on peut piétiner et trois semaines après, on a une nouvelle plante. C’est le contraire », précise Kestemont. Les traces laissées par des touristes il y a quelques années sont devenues aujourd’hui des sentiers qui « se forment à 10,15, 20 mètres dans le bois ».

Les passages recouverts de feuilles mortes peuvent parfois porter à confusion mais le garde forestier est clair à ce sujet : ce ne sont pas des sentiers. « Même à cette période de l’année, ça ne l’est pas. En automne, c’est une autre histoire… »

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Pris sur le fait par les gardes ou d’autres visiteurs, les touristes qui ne respectent pas les délimitations ont tous le même discours. « C’est chaque fois la même réponse : ‘oh mais c’est seulement pour prendre une photo’. (…) Dès qu’on a le dos tourné, un autre groupe de visiteurs sort des sentiers ».

Gardes permanents et volontaires

Pour surveiller ces 40 kilomètres de sentier, une quarantaine de personnes se sont portés volontaires ce printemps. Mais ils ne sont pas tous présents en même temps. « Le week-end dernier, on avait 22 volontaires et on était quatre de l’agence pour aider les visiteurs », se souvient Kestemont. En effet, il n’est pas rare de devoir guider les visiteurs perdus dans ce véritable labyrinthe. « J’ai eu un couple récemment qui était perdu à 19 heures, ils ne trouvaient plus leur voiture. Ils l’ont cherchée pendant quatre heures ».

Les gardes forestiers doivent parfois même anticiper le comportement, la plupart du temps inconscient, certes, mais irrespectueux, des touristes. Par exemple, lorsqu’il y a un arbre mort à 10 mètres du sentier. « En principe, on doit laisser le bois mort dans la forêt. Mais, pendant l’hiver, on les enlève parce qu’on sait que pendant cette période de trois semaines, cela devient une table de pique-nique ou un banc de repos. C’est contraire à toute bonne gestion forestière mais on est obligé ».

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Le problème s’aggrave. C’est difficile à suivre.

Et pourquoi pas mettre des barrières ? Ce n’est pas la solution idéale. Cela gâcherait l’expérience du visiteur qui veut être proche de la nature mais cela serait également inutile. « Il y a déjà des endroits où nous avons mis des clôtures mais les gens les contournent ». D’autres ont également été placées il y a plus longtemps, sans résultats. « Aujourd’hui, dans ces sentiers, il ne pousse rien… après 9 ans ». Preuve que les pas des touristes ont des conséquences néfastes pour la flore.

Pierre Kestemont et les autres gardes placent également des petites pancartes sur les nouvelles pistes qui se forment, pour interdire leur accès. « Le problème s’aggrave. C’est difficile à suivre, parce que 10 mètres plus long, il y a un nouveau petit chemin », explique-t-il.

« Tout le monde est le bienvenu »

Chaque année, des dizaines de milliers de visiteurs se pressent durant le mois de floraison pour admirer le phénomène. Un nombre impossible à obtenir précisément, le bois étant ouvert jour et nuit et ayant plusieurs entrées. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il augmente à chaque printemps.

Pierre Kestemont tient à préciser que la majeure partie d’entre eux respecte les interdictions. « Mais si le nombre de visiteurs augmente, le nombre de visiteurs qui piétinent les fleurs augmente, lui aussi ». Après des explications, ceux-ci comprennent que la végétation est fragile.

Ces informations ne signifient pas que le nombre de visiteurs doit diminuer. « Tout le monde est le bienvenu, c’est très beau », rappelle le garde, souhaitant que les gens viennent admirer la magnifique nature belge. « Mais c’est dommage que la floraison soit gâchée par les visiteurs ».

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