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Bien avant l’extinction des dinosaures, la Terre était déjà au plus mal

Bien avant l'extinction des dinosaures, la planète était déjà au plus mal

Il y a plus de 220 millions d'années, la planète était déjà victime d'un réchauffement climatique. | © EPA / GEORG HOCHMUTH

Environnement & Animaux

Grâce à des coquillages fossilisés, des scientifiques ont trouvé des signes de réchauffement de la planète et une augmentation de CO2 dans les océans, bien avant que l’astéroïde ne percute la Terre.

 

Présents sur Terre il y a des milliards d’années, les dinosaures ont toujours beaucoup fasciné les humains. La plupart des espèces de dinosaures ont disparu il y a 220 millions d’années en partie à cause d’une météorite qui a percuté la Terre, créant un énorme nuage de fumé et impactant graduellement les végétaux, les dinosaures herbivores puis les dinosaures carnivores.

Une étude américaine, dirigée par des chercheurs de l’Université Northwestern (banlieue de Chicago), a mesuré pour la première fois la composition chimique des coquilles de palourdes et d’escargots fossilisés. Les scientifiques ont découvert que durant la période avant la chute de la météorite, la composition chimique des coquillages avait déjà été modifiée à cause du fort taux de carbone dans les océans.

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Ce surplus de carbone était probablement dû aux éruptions volcaniques dans la région de l’Inde actuelle. Cette activité volcanique a rejeté beaucoup de quantités de CO2 dans l’atmosphère, ce qui a acidifié les océans, affectant par la même occasion les organismes qui y vivaient. « Nos données suggèrent que l’environnement changeait avant même l’impact de l’astéroïde », a déclaré Benjamin Linzmeier, un des auteurs de l’étude. « Ces changements semblent liés à l’éruption des trapps du Deccan. » « Il est clair que la Terre était sous pression avant la grande extinction massive », affirme de son côté Andrew D. Jacobson, un autre auteur de l’étude.

Le CO2 affecte la composition des coquillages

« Les coquillages grandissent rapidement et changent avec la chimie de l’eau », explique Benjamin Linzmeier. « Parce qu’ils vivent si peu de temps, chaque coquille est un court arrêt sur image de la chimie de l’océan. »

Les coquillages sont principalement composés de carbonate de calcium, le même minéral que l’on retrouve dans la craie ou le calcaire. Le dioxyde de carbone dans l’eau dissout le carbonate de calcium. Lors de la formation des coquilles, le CO2 affecte probablement la composition de la coquille même sans les dissoudre.

Exemple de fossiles à l'Université du Manitoba au Canada
Exemple de fossiles à l’Université du Manitoba au Canada. © Flickr / Mike Beauregard

« Nous pouvons mesurer les variations des isotopes du calcium avec une grande précision », assure Andrew D. Jacobson. « Et ces variations isotopiques sont comme des empreintes digitales pour nous aider à comprendre ce qui s’est passé. »

En utilisant cette méthode, l’équipe a trouvé des informations surprenantes. « Nous nous attendions à voir des changements dans la composition des coquilles, mais nous avons été surpris par la rapidité avec laquelle ces changements se sont produits », affirme M. Linzmeier.

Une étude qui pourrait aider à faire face au réchauffement climatique ?

Selon les chercheurs, comprendre comment la Terre a réagi au réchauffement extrême passé et aux données de CO2 peut nous aider à nous préparer à la façon dont la planète réagira aux changements climatiques actuels causés par l’homme.

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« Dans une certaine mesure, nous pensons que les anciens phénomènes d’acidification des océans sont de bons analogues à ce qui se passe actuellement avec les émissions anthropiques de CO2 », explique M. Jacobson. « Peut-être pouvons-nous utiliser ce travail comme un outil pour mieux prédire ce qui pourrait se passer à l’avenir. On ne peut pas ignorer l’histoire des roches. Le système terrestre est sensible aux ajouts importants et rapides de CO2. Les émissions actuelles auront des conséquences environnementales. »

L’étude sera publiée dans le numéro de janvier 2020 de la revue Geology, qui paraîtra plus tard ce mois-ci.

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