Paris Match Belgique

Pourquoi les humains préfèrent sauver les espèces qui leur ressemblent ?

Pourquoi l'humain a plus d'empathie pour les animaux qui lui ressemblent

Une étude intéressante du Muséum national d'histoire naturelle et l'Université de Montpellier vient d'être publiée le 20 décembre dernier. | © Unsplash / Andre Mouton

Environnement & Animaux

Qu’est-ce qui fait que vous avez tendance à éprouver plus de sympathie pour un écureuil que pour une étoile de mer ? La ressemblance entre lui et vous, selon des scientifiques. 

 

Une étude intéressante du Muséum national d’histoire naturelle et l’Université de Montpellier vient d’être publiée le 20 décembre dernier.

Elle part du constat suivant : « Actuellement, la planète est habitée par plusieurs millions d’espèces extrêmement diversifiées. Toutes ne suscitent pas chez l’homme des émotions de même nature ou de même intensité. On sait peu de choses sur l’ampleur de nos réactions affectives à leur égard et sur les facteurs qui peuvent expliquer ces différences. »

Lire aussi > Les animaux mascottes d’internet, porte-étendards de nobles causes

Dans leur abstract, les chercheurs développent leur intuition : « plus une espèce est proche de nous sur le plan phylogénétique (N.D.L.R. relation de parenté/génétique entre les vivants), plus elle partage des traits communs avec nous ».

Selon les scientifiques, la ressemblance que nous observons entre un autre être vivant et nous mobilise des circuits cognitifs qui déclenchent des comportements d’aide et de solidarité habituellement à l’oeuvre dans les relations humaines. 

 

Scientific Reports

Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont demandé à 35 000 internautes de choisir entre deux animaux, celui qu’ils souhaiteraient sauver en premier. Les combinaisons de photos étaient sélectionnées au hasard. Parallèlement, deux questions étaient posées. La première pour calculer l’empathie : « Je me sens plus apte à comprendre les sentiments ou les émotions de… », la seconde pour mesurer le degré de compassion : « Si ces deux personnes étaient en danger de mort, j’épargnerai en priorité la vie de… ».

Lira aussi > Pourquoi vos animaux de compagnie sont un désastre écologique et comment faire pour y remédier

La conclusion est assez injuste, mais les différentes espèces n’affectent pas tous les humains de la même façon. Cette réalité a d’ailleurs des conséquences directes sur l’orientation des recherches scientifiques et des efforts de conservation. Ces dernières sont irrévocablement influencées par nos inclinations sociétales pour certaines espèces en particulier.

Cette inclination s’explique inévitablement par l’esthétique, la taille du corps ou encore le sentiment de vulnérabilité de l’animal en question. Mais notre perception émotionnelle reste grandement liée à la capacité d’un animal à susciter des projections humaines. Autrement dit, notre capacité à leur attribuer des traits, des émotions ou des intentions propres à l’Homme.

 

Scientific Reports

La carte qui ressort de cette étude est sans appel. Parmi les espèces qui attirent le moins d’empathie et donc de compassion, on peut citer le cactus < l’oursin de mer < le poisson clown < le lézard < la grenouille. Parmi les plus appréciées et donc les plus susceptibles d’être sauvées : l’antilope < le koala < le renard < le gorille/le chimpanzé/l’orang-outan jusqu’à l’homme.

Lire aussi > L’activité humaine menacerait jusqu’à un million d’espèces animales dans les prochaines décennies

En conclusion, les chercheurs précisent les limites de leur étude. « Nos interactions avec d’autres organismes sont très diversifiées et on sait peu de choses sur l’impact réel que nos émotions à leur égard ont pu avoir sur l’évolution humaine. » L’une des questions qui reste ouverte concerne par exemple les multiples épisodes de domestication dans le développement à long terme entre les humains et les animaux.

Qu’est-ce qui a poussé nos ancêtres à secourir des animaux blessés ou affamés, ou à adopter de jeunes animaux orphelins ? Que savons-nous, par exemple, des prédispositions/motivations qui ont pu permettre à l’homme de faire du chien le tout premier de l’espèce domestiquée ?

CIM Internet