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Tchernobyl, 31 ans après : quelles leçons ?

31 ans après la catastrophe, ses effets se font toujours sentir | © Belga

Environnement & Animaux

Le 26 avril 1986, l’explosion de la centrale nucléaire de Lénine, à Tchernobyl, donnait lieu à la plus grande catastrophe nucléaire du 20e siècle. Contamination à des centaines de kilomètres à la ronde, déplacement de centaines de milliers d’habitants : les retombées avaient atomisé la région. Pourtant, 31 ans plus tard, peu de leçons semblent avoir été retenues de l’accident. 

 

Aachen, 2017. Un enchevêtrement d’enseignes internationales et de petites boutiques, des ruelles pavées, des reliques historiques. Si ces rues sont atteintes d’un maladie, il ne s’agit de rien de plus grave que l’ennui. Mais les habitants se méfient, et se préparent au pire. En levant la tête pour admirer les façades ouvragées, impossible d’échapper au jaune des affiches, et à leur message sans équivoque : « Stop Tihange & Doel ». Située à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau de Tihange, Aachen tremble à l’évocation de la réouverture de la centrale. Et pour tenter d’empêcher l’inéluctable, ses habitants se mobilisent, emmenés par un collectif de citoyens et de médecins. Le 25 juin prochain, une chaîne humaine de 90 km s’étendra de Tihange à Aix-la-Chapelle via Liège et Maastricht pour protester contre la relance de Tihange 2 et Doel 3. En attendant, Aachen se prépare : la ville a fait l’acquisition de près de 40000 masques de protection et 300.000 comprimés d’iode afin de réagir rapidement en cas d’accident nucléaire d el’autre côté de la frontière.

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En Allemagne, les activistes se mobilisent pour éviter la relance de Tihange – Belga

Pollution atomique

Un scénario catastrophe qu’ont vécu les habitants d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie après l’explosion de la centrale de Lénine. Car la pollution atomique ne s’embarasse pas des frontières, et des traces de rayonnement radioactif ont été retrouvées jusque dans la région de Kalouga, en Russie centrale, à 500 kilomètres du lieu de l’accident. Selon un rapport diffusé par Greenpeace en 2006, la catastrophe aurait entraîné 200 000 décès supplémentaires, avec plus d’un quart de million de cancers à venir, dont environ 100 000 cancers mortels radio-induits, sur ces territoires. Depuis mai 1990, l’association Enfants de Tchernobyl accueille en Belgique des jeunes habitant à proximité du site de l’accident. Objectif : « éloigner les enfants de leur milieu contaminé pour une période de un ou deux mois car ces enfants, en pleine période de croissance, captent quatre fois plus les particules radioactives que les adultes ». En 2017, les enfants contemporains de la catastrophe ont grandi, mais Enfants de Tchernobyl continue d’accueillir des jeunes en Belgique. En attendant de lancer une antenne pour les enfants de Fukushima ?

Des centaines de milliers de victimes

Japon, mars 2011 : 25 ans après Tchernobyl, le niveau 7 est à nouveau atteint sur l’échelle des accidents nucléaires. Suite à un séisme et au tsunami qu’il entraîne,  le système de refroidissement principal de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi est mis hors-service, et les réacteurs 1, 2 et 3 entrent en fusion. D’après une étude de l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire, en termes de gaz rares, les rejets ont été équivalents pour les deux événements. « Pour les iodes et les tellures à vie courte, il y a eu 10 fois plus de rejets lors de l’accident de Tchernobyl. Pour les césiums, il y a eu trois fois plus de rejets dans l’atmosphère pour Tchernobyl. Cependant, à Fukushima, il y a également eu 27 PBq de rejets liquides de césium radioactifs. Dans les deux cas, on se retrouve avec des territoires durablement contaminés, des conséquences sociales et économiques importantes avec le bouleversement de la vie de nombreuses personnes, environ 150 000 au Japon, et environ 270 000 personnes autour de Tchernobyl ».

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En cas d’accident, la densité de population de Tihange compliquerait l’évacuation – Belga

« On n’a pas retenu les leçons »

Malgré les conséquences des deux accidents, peu de changements semblent avoir été apportés. Ainsi que l’a confié le physicien français David Boilley aux équipes de Moustique, « on n’a absolument pas retenu les leçons de Tchernobyl et de Fukushima. On pense toujours que cela ne pourrait pas se reproduire ici, que le premier accident était lié au système soviétique et que le second a été causé par un tsunami. En 1999, la centrale française du Blayais a pourtant été noyée sous l’effet d’une tempête. Alors oui, un accident grave est possible ici et il faut s’y préparer! ». D’autant qu’une catastrophe nucléaire dans une de nos centrales pourrait avoir des retombées catastrophiques : selon une étude réalisée par la Columbia University de New York, avec ses neuf millions d’habitants dans un rayon de 75 km, Doel est la centrale européenne qui compte le plus de riverains. Soit dix fois plus qu’à Fukushima. La solution selon David Boilley : « si on ne peut pas garantir un plan, ce qui est le cas dans une zone aussi densément peuplée, il faut fermer ces réacteurs, estime le physicien. En attendant, il faut élargir les zones d’urgence, informer les gens et distribuer des pastilles d’iode (qui permet de se protéger contre le cancer de la thyroïde)à tout le monde. Sinon, c’est de l’abstention coupable! ».

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