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Les chiffres ahurissants de la pollution produite par les terrasses chauffées

terrasses chauffées

Ces petits radiateurs extérieurs sont extrêmement énergivores. Les chiffres sont même extrêmement interpellants. | © Belga Images /AFP photo Patrick Hertzog

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Quel fumeur n’as pas profité allègrement des chaufferettes pour prolonger ses heures en terrasses l’été terminé ?

 

Pourtant, ces petits radiateurs extérieurs sont extrêmement énergivores. Les chiffres sont plus qu’interpellants. Et c’est Paris qui est le plus souvent pris en exemple, connu pour la multiplicité de ses terrasses. 60% d’entre elles seraient équipées d’un système de chauffage électrique ou à gaz (soit 13 500 terrasses), selon Marcel Benezet, président de la branche cafés, bars, brasseries du syndicat GNI-Synhorcat.

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Il faut dire qu’elles représentent une part significative du chiffre d’affaire (environ 30%) des commerçants, depuis la loi de 2008 qui interdit de fumer dans tous les lieux publics en France. À partir de là, les Échos se sont « amusés » à faire un calcul qui fait froid dans le dos : si une terrasse fait en moyenne 5 m de large sur 15 m de long, et qu’un brasero chauffe en moyenne 5 mètres carrés, on obtient la jolie somme de 40 000 braseros !

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Belga Images / PHOTOPQR/LE PARISIEN/LAVIEILLE Philippe

Si l’annonce de l’installation d’une climatisation dans les rues de Dubaï avait fait crier au scandale, chauffer les trottoirs en hiver est sans doute du même acabit. Les Échos vont encore plus loin puisqu’ils comparent l’utilisation de 7 minutes d’un chauffage extérieur, c’est à dire 1 kWh, à une foule d’activités beaucoup plus utiles et intéressantes. Ainsi 1 kWh permet de regarder la télé pendant 3 à 5h, de faire fonctionner son réfrigérateur pendant une journée, de s’éclairer pendant toute une journée ou encore travailler une journée et demi sur son ordinateur portable.

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Mais c’est sans doute la seconde étape du calcul qui aura fini de nous achever. Ces 40 000 braseros parisiens sont généralement allumés de mi-novembre à mi-mars, environ 14h par jour, pendant 120 jours. Résultat ? 403 millions de kWh, l’équivalent de 110 000 tonnes de CO2 par hiver pour toutes les terrasses parisiennes. Les Échos résument ainsi : 

« 110 000 tonnes de CO2. C’est 110 000 fois Paris-New York en avion aller-retour. C’est 4 millions de tonnes de viande de boeuf. C’est 240 tours du monde en voiture. C’est 110 000 ans de chauffage pour un 3 pièces. »

Rennes, première ville à lancer le mouvement

Depuis le 1er janvier, Rennes interdit le chauffage des terrasses, des bars et des restaurants. Pendant ce temps, la Mairie de Paris s’est seulement engagée à intégrer la question à la concertation qu’elle promet de lancer entre 2020 et 2021. L’argument consiste à rétorquer que les terrasses et cafés parisiens participent à l’image de la capitale dans le monde entier…

D’autres villes comme Angers, Bordeaux ou Lille s’apprêtent à entamer une concertation avec les commerçants. Mais tout cela ne se fera bien sûr pas du jour au lendemain.

Quid de la Belgique ?

À Namur, l’interdiction des terrasses chauffées a été votée pour le 1er juin 2021, histoire de s’adapter. Depuis 2012, c’était déjà le cas dans l’artère commerciale de Woluwe-Saint-Lambert (pour des raisons principalement architecturales) mais la commune envisage d’étendre l’interdiction. À Liège, le groupe Vega demande que l’interdiction du chauffage des terrasses soit d’application dès le 1er janvier 2021. Sa proposition sera examinée lors du prochain conseil communal.

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Est-ce que les terrasses chauffées risquent de devenir le prochain « flygskam » (honte de prendre l’avion) ou « köpskam » (honte de faire du shopping) ? À l’avenir, il va falloir s’adapter; prendre un gros pull et un bonnet et fumer sous les plaids des cafés, en tout cas on l’espère. 

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