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La crise environnementale touche principalement les ménages les plus pauvres

La crise environnementale touche principalement les ménages les plus pauvres

En parlant d’écologie, nous pensons à la préservation de la nature, mais rarement aux enjeux sociaux. | © Pexels / Min An

Environnement & Animaux

Que ce soit l’accès aux ressources naturelles, ou une sous-représentation dans les décisions environnementales, les inégalités sociales se retrouvent également en matière environnementale.

 

Dans son rapport annuel de 2019, la Ligue des droits humains (LDH) met en avant le lien étroit qui existe entre la justice sociale et les questions environnementales. En parlant d’écologie, nous pensons à la préservation de la nature, à la sauvegarde de la biodiversité, ou encore aux émissions de CO2, mais rarement à l’aspect humain et aux enjeux sociaux. Depuis les années 1980, des citoyens réclament une justice environnementale et « luttent contre le racisme environnemental, à savoir la mise à l’écart des minorités des processus de décision et leur inégale exposition aux dégradations environnementales », explique le rapport. Afin d’apporter des solutions, la Ligue des droits humains a créé l’année dernière une Commission Environnement. La LDH liste dans son rapport cinq points à améliorer pour lutter contre les injustices environnementales.

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Accès inégalitaire aux ressources naturelles

Premier élément, la LDH note « un accès inégalitaire aux ressources naturelles, comme l’eau, l’énergie, une alimentation de qualité, la biodiversité et les espaces verts ». En 2017, une personne sur trois dans le monde n’avait pas accès à l’eau potable. Les ménages les plus pauvres sont défavorisés, et dépensent jusqu’à 30 % de leurs revenus pour acheter de l’eau potable en bouteille. Dans notre propre pays, les inégalités sociales sont aussi visibles : « une famille sur cinq à Bruxelles n’a pas accès à une eau de qualité ou en quantité suffisante pour répondre à ses besoins de base », détaille le rapport. Conséquence : les disparités sociales ne permettent pas à la population d’avoir accès à un environnement sain de la même manière.

Responsabilité inégale dans la crise écologique actuelle

Deuxième élément, les personnes les plus pauvres ne sont pas les personnes qui polluent le plus. Selon un rapport d’Oxfam, 10 % des habitants les plus riches de la population mondiale sont responsables de près de la moitié des émissions de CO2 dans l’atmosphère (49 %). Bien que les États en voie de développement soient plus polluants que les pays industrialisés, les études n’analysent pas la différence au sein même de la population. « Chaque pays est vu comme une entité homogène, où chaque habitant consommerait de la même manière. Or, à l’intérieur d’un même pays, on retrouve le même déséquilibre : les individus avec les revenus les plus faibles ont une consommation – et donc une empreinte écologique – inférieure à la moyenne », dénonce la LDH. Selon une étude de l’université d’Anvers, les 10 % les plus riches dans notre pays pollueraient environ 4 fois plus que les 10 % les plus pauvres.

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Les personnes plus pauvres sont les premières victimes du changement climatique

En plus d’avoir une responsabilité inégale dans les causes de la crise écologique actuelle, les conséquences de ces changements sont également plus importantes pour les ménages les plus pauvres. « Philip Alston, rapporteur des Nations Unies pour l’extrême pauvreté, parle d’un « apartheid climatique » où les mieux lotis pourront payer pour échapper aux conséquences du réchauffement, tandis que les autres devront les subir », synthétise le rapport de la LDH.

En Belgique, les personnes âgées, les enfants en bas âge, les personnes en situation de pauvreté ou sans domicile fixe sont les premières victimes des effets du réchauffement climatique. « Les quartiers les plus pauvres sont souvent les plus exposés à la pollution, tant sonore, thermique, qu’atmosphérique », détaille la LDH. Cette exposition directe à la pollution a des effets néfastes notamment sur la santé. À Bruxelles, la LDH constate « une concordance presque parfaite de la carte des disparités de santé et de celle des disparités sociales ».

Les aides gouvernementales bénéficient aux plus riches

Les mesures conçues pour combattre le changement climatique impactent différemment les ménages et les individus selon leur niveau de vie, indique la Ligue des droits humains. Les subsides qui visent à encourager des comportements dits « durables » bénéficient rarement aux ménages les plus pauvres. Sachant que les déductions fiscales sont en général accordées pour l’installation de panneaux solaires ou l’achat de voitures électriques, par exemple, cela nécessite un capital relativement élevé. Et de la même manière, les taxes ont aussi tendance à bien plus impacter les ménages les plus pauvres. Selon des études, la taxe carbone représenterait 3 à 5 fois moins « dans le budget des personnes riches que pour les personnes plus pauvres ».

Une sous-représentation dans les décisions politiques

Dans son rapport, la Ligue des droits humains souligne la sous-représentation des personnes les plus pauvres dans l’élaboration des politiques environnementales. « La voix des personnes en situation de pauvreté est rarement entendue en ce qui concerne les décisions politiques liées à l’environnement. » Il existe dans notre société un accès inégal à des alternatives plus respectueuses de l’environnement, comme les énergies vertes, les initiatives citoyennes de quartier, les pratiques de consommation éthique et durable, l’alimentation issue de l’agriculture biologique… « Bien souvent, l’accès à ces lieux, biens et services demande un investissement en temps, en argent et de bénéficier d’un certain volume de capital social et culturel. »

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