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Chauve-souris : Menace ou victime du coronavirus ? On démêle le vrai du faux

Chauve-souris : Menace ou victime du coronavirus ? On démêle le vrai du faux

Les chauves-souris sont essentielles d’un point de vue écologique. | © Unsplash / Peter Neumann

Environnement & Animaux

Beaucoup d’informations circulent depuis le début de la crise sanitaire, l’occasion de faire le point clairement.

Accusée depuis le début de la pandémie d’avoir transmis le Covid-19 aux humains, de nombreuses informations circulent au sujet de la chauve-souris. Grâce à l’association Natagora, qui se consacre à la protection de la nature en Belgique, on démêle le vrai du faux.

Le virus a été transmis à l’Homme par un animal

Vrai. Les scientifiques sont d’accord sur le fait que le Covid-19 est une zoonose, c’est-à-dire une maladie humaine d’origine animale. Cependant, la source animale du SARS-CoV-2, le virus à l’origine de la pandémie de Covid-19, n’a pas encore été confirmée.

La chauve-souris a directement transmis le virus à l’homme

Faux. Bien que l’on ait retrouvé une espèce de chauve-souris au sud-ouest de la Chine avec un virus qui ressemble au SARS-CoV-2, ce virus n’est pas capable d’infecter directement les humains. La contamination à l’homme semble provenir d’une succession de facteurs, non confirmés actuellement. Le virus aurait ainsi échangé du matériel génétique avec un autre virus inconnu (créant ainsi un nouveau virus), ce qui lui aurait procuré la capacité d’infecter l’homme. Ce virus aurait été transmis de la chauve-souris vers un hôte intermédiaire, qu’on présume être le pangolin. Il aurait été transmis du pangolin vers l’homme sur un marché d’animaux sauvages de Wuhan.

Chauve-souris : Menace ou victime du coronavirus ? On démêle le vrai du faux
Un pangolin aurait transmis le Covid-19 à l’homme. © Isaac Kasamani / AFP

La transmission du virus de l’animal à l’homme est une « faute » humaine

Vrai. À cause de l’action de l’Homme, comme la déforestation ou l’urbanisation, les animaux sont contraints de vivre plus proches des humains. « La transmission d’un virus d’un animal sauvage à l’homme résulte souvent d’une altération de l’environnement par l’homme », confirme Frédéric Forget, coordinateur volontaire du pôle chauves-souris de Natagora. Ainsi, la destruction de leur habitat naturel et l’intensification de l’élevage de bétail « poussent les chauves-souris à vivre bien plus près de l’homme, de son bétail et de ses animaux domestiques ». « Ce contact plus proche peut conduire à un « débordement » d’un virus depuis son réservoir naturel (un animal sauvage) vers la population humaine, soit directement, soit par un hôte intermédiaire (un animal domestique) », explique Frédéric Forget.

Les hommes augmentent le risque de transmission de virus entre les espèces lorsqu’ils empiètent sur leurs habitats ou en les capturant pour la médecine ou la nourriture. En particulier, lorsqu’ils entreposent ces animaux vivants dans des conditions insalubres avec d’autres espèces sauvages qui peuvent servir d’hôtes intermédiaires (ce qui s’est produit sur le marché humide de Wuhan, où de nombreux experts pensent que le Covid-19 a émergé). Enrayer les épidémies impliquera nécessairement la réduction du commerce illégal d’espèces sauvages, la fermeture des marchés d’animaux sauvages non réglementés ainsi que la préservation des écosystèmes et la restauration de ceux qui ont été dégradés, affirme Natagora.

Lire aussi > Face au coronavirus, la Chine interdit le commerce et la consommation d’animaux sauvages

Les chauves-souris en Belgique sont une menace

Faux. Les scientifiques n’ont, à ce jour, pas trouvé le virus de Covid-19 chez les chauves-souris dans notre pays. Il faut cependant savoir que le SARS-CoV-2 n’est qu’une sorte de coronavirus parmi de nombreuses autres. Certains coronavirus nous infectent et provoquent tout simplement des rhumes (on estime que 30 % des rhumes hivernaux sont provoqués par ces différentes espèces de coronavirus). La majorité des animaux qui nous entourent sont porteurs d’autres types de coronavirus inoffensifs pour l’homme. De plus, la probabilité d’entrer en contact direct avec une chauve-souris est infime, celles-ci évitant tout contact avec les humains. Aujourd’hui, la transmission du Covid-19 se fait d’homme à homme et non pas via les animaux.

Chauve-souris : Menace ou victime du coronavirus ? On démêle le vrai du faux
Oreillard roux. © Natagora / René Janssen

Les chauves-souris peuvent contaminer mon chat

Pas tout à fait. Le communiqué de Natagora, basé sur de multiples parutions scientifiques, précise bien que les chauves-souris ne transmettent pas non plus le Covid-19 aux animaux de compagnie. La menace de contamination des animaux de compagnie (principalement les chats) au Covid-19 vient de l’homme et non pas des chauves-souris. Il faut tout de même préciser que les cas de contamination de l’Homme vers leur animal domestique restent extrêmement rares.

Il faudrait éliminer les chauves-souris pour éviter tout danger

Faux. Détruire les chauves-souris n’éliminerait certainement pas les coronavirus, transportés par de nombreux animaux. De plus, beaucoup de pandémies ont été provoquées par d’autres types de virus qui ne sont pas présents chez les chauves-souris (comme la grippe). Au contraire, éliminer les chauves-souris serait catastrophique d’un point de vue écologique. Dans le monde entier, les chauves-souris jouent un rôle majeur dans la pollinisation de certaines espèces végétales, la dispersion de nombreuses graines des fruits et surtout pour la régularisation des populations d’insectes. Elles consomment par exemple des quantités importantes de moustiques porteurs de maladies comme la fièvre Zika, la dengue et le paludisme. Sans la présence des chauves-souris, l’agriculture aurait recours de manière plus intensive aux pesticides.

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