Paris Match Belgique

Angela Merkel fait volte-face sur l’accord UE-Mercosur face à la « menace écologique »

Angela Merkel fait volte-face sur l'accord UE-Mercosur face à la "menace écologique"

Angela Merkel, le 21 mars 2019. | © BELGA PHOTO / THIERRY ROGE

Environnement & Animaux

L’élevage est responsable de 80 % de la déforestation en Amazonie, selon WWF.

La chancelière allemande Angela Merkel a pour la première fois émis vendredi de « sérieux doutes » sur l’avenir du vaste accord commercial entre l’UE et les pays sud-américains du Mercosur, face à la menace écologique pesant sur la forêt amazonienne au Brésil. « Nous avons de sérieux doutes sur le fait que l’accord pourra être appliqué comme prévu, lorsque l’on voit la situation » en Amazonie, a affirmé le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert.

Ce vaste accord de libre échange a été signé l’an passé entre l’UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), mais pour pouvoir définitivement être validé, il doit encore être ratifié par tous les parlements nationaux, ce qui n’est pas le cas. Le parlement autrichien, et très récemment le Parlement néerlandais, ont rejeté l’accord sous sa forme actuelle. D’autres pays comme la Belgique, la France, l’Irlande ou le Luxembourg se sont montrés récalcitrants.

Lire aussi > Macron accuse Bolsonaro d’avoir « menti » sur le climat, la France s’oppose à l’accord UE-Mercosur

Jusqu’ici, l’Allemagne figurait parmi les grands promoteurs de cet accord. Les propos tenus par son gouvernement vendredi ajoutent à l’irritation côté européen. Car le texte concentre les attaques des écologistes, qui craignent son impact sur l’environnement. Dans leur viseur : la plus grande ouverture des marchés européens à la viande sud-américaine, alors que l’élevage est responsable de 80 % de la déforestation en Amazonie, selon l’association WWF. Pour répondre à ces critiques, un chapitre couvrant notamment la « conservation des forêts » avait été intégré au texte final.

Rétropédalage allemand

Mais la chancelière allemande a désormais de « fortes inquiétudes » concernant la « déforestation continue » et « les incendies », qui se sont multipliés ces dernières semaines en Amazonie. « Nous sommes sceptiques », a affirmé M. Seibert. « Dans ce contexte », Berlin se « pose de sérieuses questions sur l’application comme prévue » de l’accord, et notamment de cette clause. « L’Amazonie concerne le monde entier », a-t-il ajouté. C’est la première fois qu’Angela Merkel émet de telles critiques sur cet accord.

L’été dernier, la multiplication des feux dans la plus grande forêt tropicale du monde avait suscité l’émotion de la communauté internationale. Le président français Emmanuel Macron avait menacé de ne pas ratifier l’accord, si le gouvernement brésilien de Jair Bolsonaro ne prenait pas les mesures nécessaires pour protéger la forêt. Or, les incendies ont progressé de 28 % en juillet, par rapport à juillet 2019. La prise de position de Mme Merkel intervient au lendemain d’une rencontre de la chancelière avec les responsables du mouvement Fridays for future, notamment Greta Thunberg, à Berlin.
« Angela Merkel a approuvé nos critiques de l’accord avec le Mercosur, et ne compte pas le signer », a aussi affirmé sur Twitter Luisa Neubauer, figure de proue du mouvement en Allemagne, qui a participé à la réunion.

Lire aussi > Les incendies en Amazonie se poursuivent dans l’indifférence générale

L’accord avait été à l’origine soutenu par l’Allemagne et sa puissante industrie exportatrice, notamment automobile, qui y voyait l’opportunité de nouveaux débouchés. Réagissant aux propos de la chancelière, l’organisation des chambres de commerce et de l’industrie (DIHK) a ainsi défendu un accord « qui pourrait donner l’impulsion dont a besoin urgemment l’économie, pendant la crise actuelle ». Mais les préoccupations écologiques, largement partagées dans l’opinion allemande, prennent un poids de plus en plus important dans le pays, où des manifestations rassemblent régulièrement des milliers de jeunes militants.

Avec Belga

CIM Internet