Paris Match Belgique

Les résidus de médicaments ont-ils un impact sur la qualité des eaux de nos fleuves ?

Dans la Meuse, la pêche aux médicaments est ouverte. | © BELGA PHOTO NICOLAS LAMBERT

Environnement

Des milliers de substances chimiques d’origine pharmaceutique se déversent dans nos cours d’eau. Une concentration très faible qui pose tout de même des questions quant aux conséquences sur les organismes aquatiques. Une étude est en cours dans la Meuse.

Nature et évacuation sanitaire obligent. Les médicaments que nous prenons ne sont pas complètement absorbés par notre organisme, sont rejetées dans notre urine dans les eaux usées et, après un passage dans les stations d’épuration, se retrouvent finalement dans les cours d’eau. Sur plus de 100 000 substances chimiques déversées, environ 3 000 sont d’origine pharmaceutique, selon le Daily Science.

Lire aussi : 400 Belges en excursion aux Pays-Bas avec le PTB pour acheter des médicaments

Des substances dites émergentes, dont « on ne connaît pas encore les impacts« , qui font l’objet d’un projet européen, le DIADeM. Ce dernier réunit quinze partenaires belges et français, dont l’Université de Namur. Pendant les trois prochaines années, ils vont étudier les effets potentiels des rejets d’origine médicamenteuse dans la Meuse, la Sambre et la Semois.

Cinq molécules visées

« Nous partons du constat que l’on détecte dans le fleuve une multitude de substances. Ce projet cherche à savoir si elles ont un impact sur le vivant », explique le Pr Patrick Kestemont, partenaire belge du projet et chef du laboratoire de physiologie et toxicologie environnementales de l’Université de Namur.

Leur étude se focalise sur cinq molécules pharmaceutiques particulières, dont le paracétamol. « Ce n’est pas uniquement des molécules qui sont spécialement les plus abondantes, on s’est plutôt focalisé sur des molécules pour lesquelles on sait qu’elles sont présentes de manière régulière à des concentrations disons supérieures à toute une série d’autres molécules médicamenteuses », précise le professeur, au micro de la Première.

Lire aussi : Boire deux pintes de bière serait plus efficace qu’un paracétamol

Les quatre autres molécules visées sont le naproxen et le diclofenac, deux anti-inflammatoires, l’irbesartan, un régulateur de tension et la carbamazépine, un neuroleptique. Si ces cinq molécules ont des effets sur l’homme, pourraient-elles en avoir sur l’organisme marin ?

Cocktail molotov

Dans un premier temps, le projet consiste à tester en laboratoire des mélanges de ces médicaments sur des organismes marins bien différents : une mousse, un mollusque, un crustacé et deux espèces de poissons. Cette première phase est en cours et durera 6 semaines, au cours desquelles ils testeront différents cocktails à des doses environnementales moyennes, puis multipliées par 10 et 100.

Lire aussi : Photovoltaïque, le hic : Le « tout solaire » coûterait plus cher que le réseau traditionnel

« À la fin de l’expérience, on réalisera des prélèvements sur divers organes et on analysera les biomarqueurs d’effets et d’expositions, explique le Pr Kestemont. On notera de cette façon si des effets sont observés et sur quels systèmes : reproducteur, immunitaire, nerveux ou énergétique ».

L’autre conclusion possible

En plus de constater l’effet potentiel sur les organismes, ce projet pourrait permettre de revoir le fonctionnement des stations d’épuration. Conçues déjà pour retenir le carbone, l’azote et le phosphore, elles ne filtrent pas encore efficacement les résidus médicamenteux. « En fait, quand vous regardez une station d’épuration, elles sont largement constituées de ce qu’on va appeler les boues activées. Les boues activées, ce sont des boues dans lesquelles il y a énormément de bactéries en mouvement et ces bactéries se nourrissent du carbone, de l’azote et du phosphore. Mais ces bactéries ne se nourrissent pas évidemment de substances médicamenteuses ». Si ces dernières posent réellement problème, la Belgique devra revoir ses modes d’épuration.

CIM Internet