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Comment créer une micro-forêt selon la méthode Miyawaki

micro foret

Image d'illustration. | © Unsplash / David Vig.

Environnement & Animaux

Nicolas de Brabandère est biologiste et naturaliste belge spécialisé dans la création de forêts urbaines et fondateur d’Urban forests. Voici ses conseils pour se lancer et planter une forêt à petite échelle.

 

D’après un article Paris Match France de Mariana Grépinet

Paris Match. Qu’est ce qu’une micro-forêt et en quoi consiste la méthode Miyawaki ?
Nicolas de Brabandère. On parle de forêts urbaines Miyawaki ou de micro-forêts pour désigner ces écosystèmes diversifiés qui ont la complexité d’une forêt à petite échelle. La technique vient du Japon et a été mise au point dans les années 1970 par le botaniste Akira Miyawaki. Grâce à une sorte de modélisation de la forêt, on arrive à accélérer les successions végétales pour arriver à un écosystème fonctionnel très rapidement. Alors qu’on estime qu’il faut 200 ans pour laisser une forêt se reconstituer elle-même, avec cette technique, on y parvient dix fois plus rapidement. Cela permet de se reconnecter à une nature fonctionnelle de proximité.

De quelle surface minimum faut-il disposer ?
On plante ce type de forêt sur des surfaces allant de 100 à 3000m2. Il faut une zone de pleine terre, sans réseau souterrain et accessible. Cela ne peut pas se faire sur une toiture ou au dessus d’un parking. Il faut aussi laisser cinq mètres de distance entre la limite de la forêt et les infrastructures urbaines. Car les branches latérales vont prendre de l’ampleur et les racines s’étendre…

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Quelles espèces sélectionner ?
On va essayer de trouver la communauté d’espèces la plus représentative de la forêt spontanée dans l’espace où on se situe. Pour cela, il faut observer ce qui nous entoure… On utilise uniquement des espèces indigènes, une trentaine environ, adaptées aux sols et aux climats locaux. Cela peut varier d’un kilomètre à l’autre, selon que l’on se trouve sur un plateau ou dans le bas d’une vallée, dans une zone plus ou moins exposée au soleil ou au vent. Et il faut observer aussi la proportion de chaque espèce dans l’espace concerné. On peut se faire accompagner dans cette étape.

Comment les planter ?
On va planter trois arbres au m2 ce qui est très dense et permet le développement d’une structure en étages dans laquelle on trouvera différents niveaux de végétation. Mais au préalable, il faut améliorer la qualité du sol, l’ameublir en y apportant des amendements, du fumier, du compost, des écorces… L’idée, c’est aussi que la plantation des arbres, tout comme le travail de recherche ou de préparation du terrain ait lieu en groupe, de façon participative, ce qui rend le projet d’autant plus motivant.

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2000 micro-forêts Miyawaki

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Faut-il entretenir cette micro-forêt ? Et comment ?
Elle devient complètement autonome à partir de la troisième année. Pendant les deux premières années, pendant qu’elle est encore vulnérable, un entretien –assez rapide- est nécessaire, deux fois par an, autour d’avril-mai puis fin août-début septembre. Pour limiter les plantes invasives qui vont empêcher la croissance des arbres, on va venir les arracher à la main. On les laisse sur place, ce qui permet d’alimenter la litière.

Combien coûte ce type de projet ?
Si on le fait réaliser par une entreprise comme la nôtre, il faut compter entre 25 et 50 euros du m2. Bien sûr, c’est plus cher que les techniques forestières sylvicoles traditionnelles n’est pas le même. Cette technique n’est pas adaptée au milieu forestier classique, elle ne concerne que de petites surfaces.

Pourquoi ces forêts sont-elles plus résistantes ?
Plus un écosystème est complexe, plus il est stable et résilient. Sur une monoculture, un parasite est comme au restaurant… Dans un écosystème complexe, Par ex un parasite, si vous êtes en monoculture, il est dans un restaurant. Dans un écosystème complexe, il est vite arrêté par ses prédateurs. Avec la méthode Miyawaki, la forêt est aussi plus résiliente aux aléas. La densité des espèces créé un micro-climat qui les protège mieux des variations de température, un peu comme les pingouins qui se serrent sur la banquise quand il fait froid. Et grâce à toutes ces interactions entre les arbres, avec les champignons, les bactéries, le vivant trouve plus facilement des solutions.

Y a t-il un phénomène de mode autour de cette méthode ?
Il existe plus de 2000 micro-forêts Miyawaki de part le monde. En Europe, le développement a commencé il y a cinq ans. Avec Urban forest, société que j’ai créée en 2016, nous avons accompagné déjà 27 projets. Le terme Miyawaki devient à la mode et les projets se multiplient, notamment en France. Mais attention, ce n’est pas n’importe quoi. Et toutes les forêts urbaines ne sont pas des forêts de type Miyawaki. Certains plantent par exemple des arbres qui vont produire des fruits et sont dans une approche « alimentaire ». Il ne faut pas dénaturer ce mot. Dans la méthode Miyawaki, il y a cette dimension du sauvage dans un milieu où on ne s’y attend pas.

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