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Donald Trump s’apprêterait à retirer les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat

Donald Trump le 29 mai à Arlington, en Virginie. | © BELGA/AFP PHOTO/ NICHOLAS KAMM

Environnement & Animaux

Plusieurs médias américains indiquent que Donald Trump a l’intention d’annoncer le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Pour Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie à l’Université catholique de Louvain (UCL), cela serait « symbolique » et « pas très malin ».

 

Le 12 décembre 2015, c’est une exigence américaine de dernière minute qui avait retardé de plusieurs heures l’annonce officielle de la conclusion d’un accord sur le climat à Paris, à l’occasion de la COP21. Le gouvernement de Barack Obama redoutait alors que la tournure d’une des phrases du projet d’accord n’exige l’approbation du congrès américain, dominé par les républicains et soumis à l’influence des climato-sceptiques. Pour contourner cet obstacle, des corrections avaient été apportées à la rédaction du document. Et Laurent Fabius, président de la COP21, avait pu annoncer sous les applaudissement l’aboutissement du processus. À l’époque, nul n’osait envisager sérieusement le triomphe électoral de Donald Trump, farouche adversaire de toute politique climatique. C’est pourtant lui qui s’apprête à annoncer que les États-Unis vont se retirer de l’historique accord de Paris. Plusieurs médias américains, dont le New York Times et Politico, ont annoncé mercredi que des sources à la Maison Blanche indiquaient que le président américain allait prochainement faire une annonce en ce sens, tout en précisant que la décision définitive n’était pas encore prise. Sur Twitter, Donald Trump s’est montré plutôt évasif : « J’annoncerai ma décision sur l’accord de Paris dans les prochains jours. RENDRE A L’AMERIQUE SA GRANDEUR ».

Le retrait des États-Unis n’entraînerait pas la dissolution de l’accord de Paris pour toutes les parties, mais pourrait encourager d’autres défections. Le succès de l’accord de Paris reposait notamment sur l’engagement commun de la Chine et des États-Unis autour d’un objectif : limiter le réchauffement climatique à 2 degrés, une limite considérée par ailleurs comme insuffisante par nombre d’ONG ou par les États insulaires les plus menacés par l’élévation du niveau des océans. Mais l’accord issu de la COP21 est déjà bien trop ambitieux pour Donald Trump. Lui qui avait expliqué en 2012 que « le concept du réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois pour affaiblir la compétitivité de l’industrie américaine » n’a jamais fait mystère de ses vues.

Des gestes contre l’environnement

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, le président Trump a multiplié les gestes favorables aux énergies fossiles. Il espère notamment séduire les électeurs des régions productrices de charbon en leur promettant le retour d’emplois disparus. À cet effet, il a assoupli les réglementations sur l’exploitation des mines de charbon et autorisé la construction du « Keystone Pipeline », un oléoduc qui a notamment vocation à acheminer le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta, au Canada, jusqu’à des raffineries américaines. Deux mesures en opposition frontale avec la politique menée par Barack Obama et d’autant plus symboliques que le charbon et les pétroles tirés des sables bitumineux sont parmi les énergies fossiles les plus nocives pour l’environnement. Pour accompagner cette offensive, Donald Trump a nommé à la tête de l’EPA, l’agence de protection de l’environnement, un homme critiqué pour ses liens avec le lobby du gaz de schiste, Scott Pruitt. En mars, cet ancien procureur général de l’Oklahoma avait même mis en doute le rôle du dioxyde de carbone dans le réchauffement climatique. « Non, je ne dirais pas que c’est un des premiers contributeurs au réchauffement climatique que nous constatons », avait-il déclaré dans une interview télévisée.

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Le GIEC, qui publie régulièrement l’état du consensus scientifique mondial sur la question climatique, est pourtant formel : les émissions de gaz à effet de serre liées à l’homme « ont augmenté depuis l’ère pré-industrielle, sous l’influence principalement de la croissance économique et de l’augmentation de la population ». Les effets de trois gaz -dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d’azote- sont de manière « extrêmement probable la cause principale du réchauffement observé depuis les années 1950 ».

Quitter l’accord de Paris serait « symbolique » et « pas très malin », analyse van Ypersele

Il ne faut pas dramatiser un éventuel retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, analyse Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie à l’Université catholique de Louvain (UCL) et ancien vice-président du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). « 147 pays ont ratifié cet accord, dont les États-Unis. S’ils se retirent, cela ne fait qu’un pays en moins sur 147. Les États-Unis représentent 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est beaucoup mais 85% ne sont donc pas concernées », observe-t-il.

« C’est sa force, car c’est ce qui a permis sa conclusion, mais aussi sa faiblesse. Un État peut réviser ses engagements et il n’y a pas de sanction pour ceux qui ne les respectent pas » poursuit-t-il. Dès lors, « ce n’est pas très malin d’en sortir », estime celui qui est aussi expert pour l’ONU. « Si les Etats-Unis ne font plus partie de l’accord de Paris, ils ne seront plus dans les discussions où les règles sont définies. Ils se couperaient de la possibilité d’influencer les débats ».

S’il veut revenir au 20e siècle, c’est son droit. Mais le reste du monde avance vers une décarbonation de l’économie.

« Quand Donald Trump dit que c’est un mauvais accord, c’est une réaction épidermique. La portée d’une sortie serait surtout symbolique. S’il veut revenir au 20e siècle, c’est son droit. Mais le reste du monde avance vers une décarbonation de l’économie. Et les opportunités économiques sont du côté de la décarbonation, un mouvement inéluctable », affirme le spécialiste de l’UCL. Certains dans l’administration Trump ont bien compris que les avantages de l’accord de Paris dépassaient ses inconvénients. De nombreuses entreprises américaines, dont le pétrolier ExxonMobil, demandent d’ailleurs un maintien au sein de l’accord de Paris.

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« La Chine, l’Inde, l’Europe ont annoncé qu’ils allaient de l’avant ». D’autres pays significatifs pourraient-ils se retirer de l’accord ? Seuls la Syrie et le Nicaragua ne l’ont pas signé, tandis qu’un pays comme la Russie ne l’a toujours pas ratifié. Mais en s’opposant à l’évolution du monde, les États-Unis risquent surtout de livrer « un combat qu’ils vont perdre et qui va leur coûter cher », conclut Jean-Pascal van Ypersele.

 

(Avec Belga)

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