Paris Match Belgique

Inondations meurtrières en Wallonie : Chronique d’une catastrophe annoncée

15 juillet 2021, la tragique réalité. Aux dires des témoins, une même remarque : la force terrifiante de l’eau et sa quantité ont tout balayé sur son passage. 
Le dérèglement climatique n’est pas le seul en cause. | © Bruno Liesse

Environnement & Animaux

Les inondations meurtrières qui ont frappé la Belgique à la mi-juillet resteront longtemps dans les mémoires. Une commission d’enquête parlementaire vient de commencer ses travaux pour faire la lumière sur les conditions qui les ont rendues possibles. Une instruction a également été ouverte pour « homicides involontaires ». Car si le dérèglement climatique est, à l’évidence, à l’origine du drame, celui-ci a incontestablement été aggravé par un défaut d’anticipation et par une mauvaise gestion de la crise. Il ne s’agit pas d’un « accident » mais d’un enchaînement de mauvaises décisions qui a conduit à l’irréparable : la mort de 38 personnes.

 

Une enquête de Hugues Krasner

De mémoire humaine, l’été 2021 a été le plus « pourri » des dernières décennies, voire du siècle écoulé : tandis qu’une moitié de l’Europe brûlait, l’autre était sous les eaux. La conjonction des phénomènes naturels et de leur aggravation du fait du réchauffement climatique semble bien réelle dans cette catastrophe. Peut-on pour autant se contenter de dire, en haussant les épaules : « C’est bien malheureux, mais c’est la faute à pas-de-chance. Nul ne peut rien quand les forces de la nature se déchaînent… » ?

Assurément non : quand le moment de sidération qui a suivi la catastrophe est passé, les questions ont commencé à fuser, alimentées par de nombreux témoignages. Le tableau général qui s’en dégage est éloquent. Oui, bien entendu, au départ de tout, il y a ces pluies interminables qui ont fait gonfler les cours d’eau et les ont fait sortir de leurs lits naturels. Mais l’absence d’anticipation, la mauvaise gestion de la crise et des décisions irréfléchies ont considérablement amplifié les effets de la colère de la nature.

Voici donc, presque heure par heure, le récit de ces journées où tout a basculé mais où il était encore possible de limiter les dégâts. Notre enquête se base sur des dizaines de témoignages, certains anonymes (beaucoup ne peuvent parler ouvertement, du fait de leurs positions, d’autres craignent de payer au prix fort leur recherche de vérité dans un dossier extrêmement sensible, puisqu’il est en partie politique et que les pressions sont parfois très fortes). Un document pour comprendre. Et tirer les leçons qui doivent l’être.

 

Les grilles entourant ce restaurant se sont abattues sans pouvoir résister à un véritable mur d’eau. Même s’il a plu énormément, 
les précipitations n’expliquent pas le carnage. ©Bruno Liesse

Samedi 10 juillet

L’European Flood Aware-ness System (EFAS), une agence européenne de prévention des inondations, émet un premier bulletin d’alerte avertissant d’un risque « d’inondations extrêmes » sur l’Allemagne et l’est de la Belgique. Depuis la veille, elle sait que le Rhin menace de sortir de son lit. Les experts européens sont satisfaits. Et ils ont de quoi l’être : appuyés par de l’imagerie satellitaire et le travail de supercalculateurs, les modèles sur lesquels ils travaillent vont permettre d’éviter une catastrophe.

Comme l’explique Laurent Eschenauer, un créateur de software qui s’est livré à un remarquable travail d’analyse sur les circonstances ayant précédé la catastrophe, l’EFAS est née d’un constat : les dramatiques inondations d’août 2002, qui avaient causé la mort de 110 personnes et fait plus de 10 milliards d’euros de dégâts dans les bassins du Danube et de l’Elbe, s’expliquaient très largement par « un manque de cohérence et de collaboration entre les différentes agences météorologiques nationales ». L’EFAS a été créée pour y remédier. En 2011, elle a été intégrée au programme de gestion des situations d’urgence Copernicus EMS (emergency management service).

À la suite de sa première « notification » du 10 juillet, l’EFAS, par le biais de Copernicus, émettra vingt-quatre autres bulletins. Sur ces vingt-quatre bulletins, dix-neuf sont consacrés à la Belgique dans son ensemble, mais nous pouvons affirmer que pas moins de cinq concernent la région de Liège. Ils sont extrêmement précis : on y trouve le nom des cours d’eau menacés et « un niveau de sévérité exprimé comme la probabilité d’avoir un événement plus important que les cinq ou vingt-cinq dernières années ».

Mais, comme le souligne Laurent Eschenauer, « une notification n’est envoyée qu’une seule fois. Ensuite, il revient à l’autorité compétente de se rendre sur la plate-forme en ligne Copernicus afin d’observer les données en “temps réel”. Celles-ci sont un ensemble de cartes et prévisions mises à jour toutes les six heures, avec une précision d’un à cinq kilomètres suivant les modèles. On y retrouve des prévisions de zones inondables, des estimations de risques, et plusieurs indices météorologiques basés sur des modèles hydrologiques. »

« Ce n’est plus une inondation à laquelle nous avons dû faire face, mais à un véritable tsunami. Ceci ne peut s’expliquer que par des délestages massifs du barrage d’Eupen »

Les opérateurs des barrages de la région belge concernée vont réagir de manière très différente à la situation et aux alertes qui leur parviennent. Le fournisseur d’électricité Engie, qui gère les retenues de Robertville et de Butgenbach, commence à délester en douceur. Au barrage d’Eupen, durant le week-end, on hésite, puis on décide de ne rien faire. « Les informations étaient imprécises. Nous aurions pu délester, mais le risque était d’inonder la ville basse d’Eupen, qui est en situation de risque à partir de 40 m³ par seconde. Ceci dit, à aucun moment on a pris en considération le fait qu’il était possible de tempérer ce risque en relâchant 5, 10 ou même 30 m³ par seconde, ce qui n’aurait pas mis Eupen en danger », nous avoue un responsable qui était sur place au moment où la situation était discutée.

 

Bruno Liesse l’un de nos témoins.

Lundi 12 juillet

Depuis plusieurs jours, la pluie tombe presque sans discontinuer sur la Belgique, le Luxembourg et une partie de l’Allemagne et de la France. Peu à peu, les terres se sont gorgées d’eau et sont devenues incapables d’en absorber davantage. L’asphaltage et le bétonnage massifs de certaines zones empêchent par ailleurs les précipitations de pénétrer le sol. Elles ruissellent, ne sont même pas arrêtées par les haies dont beaucoup ont disparu de longue date et vont gonfler les voies d’eau.

Peu à peu, des niveaux inquiétants puis les seuils d’alerte sont atteints. Ce même jour, à 11 h 27, les autorités belges, alertées depuis samedi, reçoivent la première notification concernant spécifiquement la Wallonie et l’Ourthe. « Elle indique », dit Eschenauer, « une probabilité de 49 % de dépasser la période de retour de vingt ans et de 55 % une période de retour de cinq ans (ce qui signifie qu’il y a entre 49 et 55 % de risques d’assister à une catastrophe sans équivalent depuis cinq à vingt ans, NDLR). L’autorité est invitée à se connecter au site web pour suivre l’évolution des modèles et analyser les cartes prévisionnelles. »

Plus tard dans la journée, une nouvelle prévision indique une probabilité de 150 à 230 mm d’eau par m² (ce qui signifie que 150 à 230 litres d’eau tomberont sur chaque mètre carré de la zone concernée) dans les jours à venir. Cette prévision ne variera plus. Une telle situation ne se produit que tous les 50 à 200 ans. Une autre manière de souligner le caractère inédit de la crise qui s’annonce est de se reporter aux données de l’IRM : les précipitations annuelles en province de Liège sont en moyenne de 880 mm. Donc les autorités sont averties qu’un quart des précipitations annuelles vont tomber en trois jours. C’est ce qui permet à Xavier Fettweiss de déclarer à la commission d’enquête du Parlement wallon : « Lundi 12 juillet à 0 heure, tous les modèles de prévisions étaient d’accord pour suggérer un événement extrême. On était certain d’avoir des inondations. »

Mais personne ne bouge. Le SPW est aux abonnés absents. Pire, une source interne au système d’information Copernicus nous affirme que « malgré les emails reçus et les invitations répétées à se connecter à la plate-forme européenne, aucun abonné belge ne jugera utile de le faire, et ce durant plusieurs jours. Ce fait est aisément vérifiable, la plate-forme gardant évidemment en mémoire chaque connexion et sa durée. »

L’IRM, cependant, émet une alerte jaune pour la province de Liège.

Du côté du barrage d’Eupen, les choses bougent. Car si aucune mesure n’y a encore été prise, il ne semble pas qu’on puisse incriminer sa direction elle-même. De sources sûres, nous sommes en mesure de révéler qu’entre lundi matin et mercredi, ceux qui ont la responsabilité de l’ouvrage n’enverront pas moins de neuf emails vers la Région wallonne (administration ou cabinet du ministre) pour attirer l’attention sur la gravité de la situation et demander des instructions précises. Mais du côté de la Région, c’est le silence radio.

Mardi 13 juillet

Les pluies continuent à tomber sans interruption. L’IRM émet une alerte orange.

Mercredi 14 juillet

À 9 heures du matin, l’IRM passe, enfin, en alerte rouge. Pourquoi avoir tellement tardé ? Ce n’est pas tant l’IRM qui est en cause que le cadre légal qui le régit : « L’institut ne peut émettre une alerte jaune que 48 heures avant l’événement attendu, une alerte orange 24 heures avant et une alerte rouge 12 heures avant », souligne Bruno Liesse, un consultant habitant la région qui a créé un groupe Facebook (« People Against Flows ») pour recueillir les témoignages des victimes et organiser leur défense. « Il s’agit d’éviter la panique. Mais évidemment, une alerte orange, ça ne veut rien dire, et une alerte jaune encore moins. On perd donc un temps précieux, car l’évacuation de plusieurs milliers ou dizaines de milliers de personnes ne peut s’improviser en quelques heures. Et quand l’alerte rouge arrive, il est donc bien trop tard. »

Cette alerte rouge, toutefois, ne mentionne aucun risque d’inondation et ne suggère aucune évacuation. Dans le complexe système belge, en effet, l’IRM se voit purement et simplement interdire d’évoquer de possibles inondations : seules les Régions ont autorité pour émettre un tel avertissement. Et seules les Régions ou le fédéral – via les gouverneurs de province – peuvent conseiller ou ordonner une évacuation.

Mais les Régions ne se réfèrent, pour toute prise de décision, qu’aux prévisions de l’IRM et ignorent les avis en temps réel de l’EFAS. Et l’IRM – des dires mêmes de David Denehauw, son directeur – n’est pas abonné à l’EFAS, dont les avis et rapports sont directement envoyés aux Régions. Le Centre de crise fédéral et la Direction de la gestion hydrologique wallonne les recevront, mais, on l’a vu, sans susciter beaucoup d’émotion. Une organisation kafkaïenne.

D’initiative et passant outre l’absence de consignes, plusieurs bourgmestres décideront d’évacuer leurs administrés les plus exposés, comme à Chaudfontaine (voir en pages suivantes), mais sans aucune aide de la Région ni du fédéral et donc avec peu de moyens, sans matériel adéquat, et en s’en remettant le plus souvent aux seules équipes communales ainsi qu’à la solidarité et au courage de leurs concitoyens.

Au moment où cette alerte est enfin déclenchée, la situation est déjà gravissime en province de Liège et, singulièrement, dans la vallée de la Vesdre. Ceci s’explique par la topographie locale : cette vallée, qui s’étend sur quatre kilomètres de longueur, n’est large que de 150 mètres à peu près et ses versants sont raides. Un véritable couloir, dans lequel les flots qui ont déjà débordé se concentrent et prennent de la vitesse.

Tout est en place. Et le drame va maintenant se nouer. Tout va désormais aller très vite.

 

Les images d’un habitant d’Eupen venu filmer le délestage au barrage le 14 juillet. ©DR

Nuit du 14 au 15 juillet

Un Verviétois riverain de la Vesdre témoigne : « Mercredi soir (le 14 juillet, NDLR), la Vesdre débordait, mais on pouvait marcher. Douze heures plus tard, il y avait trois mètres d’eau au même endroit. »

Sarah Viroux, de Trooz (sur Facebook) : « Le 15 juillet, à 3 heures du matin, je n’avais plus d’eau dans ma maison et à 5 h 44, l’eau était remontée de 1,50 m dans la rue. La pluie ne peut clairement pas expliquer à elle seule ce phénomène. »

Louis Maraite habite sur les hauteurs de Liège. Depuis des années, ce communicant de profession et conseiller communal anime un groupe de solidarité avec les agriculteurs. Il raconte : « Je connais très bien un cultivateur qui habite Chaudfontaine. Sa maison date de 1534. Comme nombre de constructions anciennes, on y accède par quatre marches en pierre de taille. De mémoire familiale, le niveau de la quatrième marche n’a jamais été atteint par l’eau lors des inondations passées, et Dieu sait qu’elles n’ont pas manqué. Dans la soirée du 14, m’a-t-il confié, il y a eu une accalmie et même une légère baisse des eaux. Puis, dans la nuit, le niveau a recommencé à monter. À 2 h 30, il y avait un mètre de plus et à 3 h 30, deux mètres. »

Tous les témoignages que nous avons recueillis vont dans le même sens : les choses s’étaient un peu calmées en fin de journée du mercredi, puis la catastrophe s’est déchaînée.
Bruno Liesse : « Il y a d’abord eu l’inondation, due aux intempéries et très classique, d’un modèle auquel nous sommes habitués dans la région : un débordement de la Vesdre et une montée progressive des eaux, avec, certes, un certain courant dû au relief local. Mais dans un deuxième temps, ce n’est plus à une inondation que nous avons dû faire face, mais à un véritable tsunami. Le mot n’est pas trop fort : en une heure, le niveau d’eau a monté de plusieurs mètres et, à certains endroits, des gens ont vu déferler un véritable mur d’eau de deux mètres de haut sur une centaine de mètres de largeur. Ceci ne peut s’expliquer que par des délestages massifs du barrage d’Eupen entre le début de la soirée de mercredi et le milieu de la nuit. »

Ces délestages constituent, après le manque d’anticipation des pouvoirs publics, la deuxième grande question qui se pose si l’on veut trouver une explication à l’ampleur de ce drame et aux pertes humaines qu’il a provoquées.

Pour le moment, du côté officiel et de celui des gestionnaires de la retenue, on est relativement évasif sur ce point et on nie en tout cas un lien de causalité entre ces « relâchements » et l’ampleur du sinistre. Contre toute évidence. Outre la brusque montée des eaux – en certains endroits, elle sera de 2 à 2,50 m en une heure de temps, ceci venant s’ajouter au premier mètre explicable par les seules conditions météorologiques –, il existe au moins une preuve directe que des délestages ont bien eu lieu.

Le 14 juillet, à 19 h 40, un habitant d’Eupen qui se fait identifier sur Facebook sous le nom de « Hbo Chris » se rend au barrage et le filme : on voit clairement, sur les trois vidéos qu’il mettra en ligne ce soir-là en temps réel, que l’une des portes de délestage est ouverte. Le débit est impressionnant, extrêmement violent et, écrit l’internaute, « provoque un brouillard épais ».

Il y aura d’autres délestages dans la nuit. Du reste, fin juillet, dans une interview à Sudpresse, répondant aux questions de Luc Gochel, le ministre Philippe Henry l’admettra : mercredi soir, « on a commencé à libérer progressivement de l’eau à raison de 5 m³ par seconde, le temps de permettre l’évacuation des zones concernées dans les différentes communes. Puis 5 m³ en plus toutes les vingt minutes, jusqu’à arriver à 45 m³ à 23 heures. À ce moment, le barrage était plein et tout ce qui entrait en plus était relâché. Au plus fort, à 3 heures du matin, jeudi, on était à 150 m³ par seconde. » Et lorsque le journaliste lui répond « C’est énorme », il rétorque : « Oui. (…) Mais que vouliez-vous faire ? »

 

Les poteaux de signalisation disloqués confirment la force inouïe de l’eau : le mot « tsunami  » n’est pas excessif. ©DR

Notre source au barrage d’Eupen, déjà citée, commente, lapidaire : « Voilà. Telle est la conséquence de décisions qui n’ont pas été prises à temps, puis l’ont été dans l’urgence et beaucoup trop tard. Pour ne pas menacer le bas d’Eupen, ce que l’on pouvait de toute façon éviter en procédant à des délestages moins importants mais réguliers à partir du lundi, nous nous sommes retrouvés dans une situation où des relâchements massifs en quelques heures de temps ont provoqué une catastrophe. En cherchant à limiter une inondation certes gênante mais à laquelle les riverains sont habitués, on a provoqué un tsunami aux conséquences catastrophiques. »

Le mot « tsunami » peut sembler excessif. Il revient pourtant dans la bouche de tous nos interlocuteurs. Et comme en témoignent les photos prises par les riverains, ce n’est pas une « simple » inondation mais bien un tsunami qui peut provoquer les dégâts constatés : poteaux de signalisation pliés en deux à angle droit comme des fétus de paille, maisons emportées, façades arrachées, véhicules lourds charriés sur des centaines de mètres avec une force inouïe…

La question à laquelle le ministre Philippe Henry devra bien répondre à un moment ou l’autre est donc celle-ci : pourquoi avoir tellement tardé ? Pourquoi son administration a-t-elle laissé les gestionnaires du barrage sans consignes alors que les opérateurs privés d’Engie – dont le bourgmestre de Malmedy, Jean-Paul Bastin, saluera le « très haut professionnalisme » – avaient commencé à délester progressivement dès le week-end précédent, évitant ainsi une autre catastrophe ? Du directeur des barrages concernés, Jean-Paul Bastin pourra dire : « M. Locht n’est ni un héros, ni un homme providentiel, mais un professionnel qui a fait son boulot de manière exemplaire le jour J et à l’heure H. Il a préservé notre ville. » Malmedy sera en grande partie sauvée. Mais à Eupen, on a attendu la dernière seconde, en dépit des neuf messages reçus par l’administration que nous évoquions plus tôt. Pourquoi ?

Le 28 juillet, le parquet de Liège faisait ouvrir une instruction – confiée au juge Jean-Marc Mottet – pour « 33 homicides involontaires et des coups et blessures involontaires ». Des perquisitions ont déjà eu lieu, dans ce cadre, à l’IRM et à l’EFAS, pour y saisir des documents et des emails éclairant le processus de décision défaillant pendant les 72 heures critiques qui ont précédé la tragédie.

Mais ce que veulent les sinistrés, c’est la vérité. Ils veulent comprendre ce qui s’est réellement passé et pourquoi on les a laissés seuls face à la catastrophe qui s’annonçait. Et ce qu’ils craignent par-dessus tout, c’est qu’on fasse payer des lampistes, par exemple le technicien anonyme qui, à 19 h 40, le 14 juillet, a appuyé pour la première fois sur le bouton qui déclenchait l’ouverture des portes de délestage du barrage d’Eupen.

Car au-delà des personnes, la responsabilité est clairement politique et systémique, comme le souligne Bruno Liesse : « Finalement, le dérèglement climatique est clairement responsable à la base. Mais s’agissant de l’impact extrême dans la vallée de la Vesdre et des multiples dysfonctionnements, le coupable est plutôt systémique. Un ensemble de procédures aberrantes, comme l’interdiction de lancer une alerte rouge plus de 12 heures avant un drame, alors qu’il faut deux jours pour évacuer. Ou encore l’absence de règles claires en cas d’alerte, l’absence de communication entre les trop nombreux niveaux de pouvoir. L’absence de concertation entre l’IRM et l’EFAS. Et surtout l’absence de moyens en cas de plan catastrophe : ni l’armée, ni les pompiers, ni la police ne disposent du matériel ni même d’instructions claires pour faire face à ce que nous avons vécu mi-juillet. Rien n’est prévu, et d’ailleurs rien ne s’est passé pendant quasiment 48 heures : les communes et les habitants ont été totalement laissés à eux-mêmes, comme coupés du reste du monde, et ce malgré les appels des bourgmestres à qui on avait déjà dit le jour même qu’il ne fallait pas évacuer. Ce qui me semble surtout criminel est que deux mois plus tard, absolument rien n’ait été fait pour revoir ces procédures, pour lesquelles aucune enquête n’est nécessaire. »

Car ne nous y trompons pas : il y aura, dans un futur proche, d’autres désastres provoqués par les dérèglements climatiques. Et pour éviter qu’ils ne se transforment en cauchemars et coûtent à nouveau des dizaines de vies, c’est tout un système qu’il faut remettre à plat. Ni plus, ni moins.

 

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